La France fait-elle les bons choix face au virus ?

Pas de reconfinement immédiat : les raisons qui ont poussé Emmanuel Macron à faire ce choix

Vincent Michelon, avec le service politique
Publié le 1 février 2021 à 7h00
JT Perso

Source : TF1 Info

MESURES SANITAIRES - Jean Castex a repoussé vendredi le choix d'un troisième confinement, une décision qui émane directement d'Emmanuel Macron. Un choix guidé par plusieurs facteurs, sanitaire, politique et économique.

Dans la gestion de cette longue crise sanitaire, prendre une décision apparaît toujours risqué et sujet à caution. La dernière option prise par l'exécutif ne devrait pas déroger à la règle, avec ce choix d'Emmanuel Macron, communiqué vendredi soir par Jean Castex, de repousser un troisième confinement. 

En convoquant plus tôt que prévu un conseil de défense, et en décidant de donner sa chance à un couvre-feu - certes durci -, le chef de l'État a tenté de mettre fin à une semaine de communication chaotique au sein de l'exécutif. Mais sur quels critères s'est-il fondé pour faire cet arbitrage ?

L'argument sanitaire

Si de nombreux scientifiques ont poussé, ces derniers jours, à reconfiner le pays sans attendre, force est de constater que ce choix ne faisait pas l'unanimité, y compris chez ces experts. Certains médecins ont d'ailleurs suggéré de chercher des alternatives au confinement. Plusieurs scénarios bis étaient d'ailleurs sur la table ces derniers jours, comme un prolongement des vacances d'hiver, un confinement réduit au week-end ou encore des restrictions de déplacement entre régions. Autant de pistes  écartées pour l'heure. Une note du conseil scientifique a d'ailleurs précédé le dernier conseil de défense tenu vendredi. 

Face à la situation sanitaire et aux risques induits par les nouveaux variants, l'exécutif a pris une option. "Ils se sont appuyés sur des projections de vitesse de reproduction du variant qui montrent qu'à la mi-mars seulement, on peut atteindre une situation critique", a indiqué une source gouvernementale à LCI vendredi soir. "Pour l'instant, on ne voit pas les prémices du scénario d'un nouveau pic épidémique. On est encore sur un plateau, certes montant, mais un plateau quand même. Donc on se dit qu'on a encore un peu de temps, et qu'on peut essayer quelque chose."

Autre motif : l'exécutif n'a pas de visibilité complète sur le bilan du couvre-feu national dès 18 heures, décidé mi-janvier. S'il a constaté cette semaine que ces restrictions n'avaient pas suffisamment stoppé le virus, il souhaite avoir une vision plus complète de son effet. En octobre dernier, l'effet de l'instauration du couvre-feu n'avait pas pu être mesuré correctement, puisque l'exécutif avait dû reconfiner le pays très rapidement. "On vient de vivre une semaine où les chiffres étaient fluctuants", indique notre source. "On s'interroge. Peut-être est-on revenu sur un plateau avec l’effet du couvre-feu à 18 heures ? On va regarder les prochains jours voir si cela permettrait d’amorcer une baisse." 

L'argument de la cohérence politique

En accélérant un arbitrage initialement attendu dimanche ou lundi, Emmanuel Macron a semblé vouloir reprendre la main - et le calendrier - après une semaine de communication relativement chaotique de l'exécutif, sous pression du monde scientifique. Ces derniers jours, les messages subliminaux venant de Matignon indiquaient que le gouvernement se mettait en ordre de bataille pour un troisième confinement imminent, mais des sources gouvernementales multipliaient les conditionnels. Si l'exécutif assure qu'il n'y a pas "deux lignes" qui s'affrontent sur le sujet, il y a bien eu ces derniers jours une polarisation entre, d'un côté, les tenants d'un confinement immédiat (Matignon et le ministère de la Santé), et de l'autre des ministres qui poussaient pour un maintien de l'activité (Économie, Éducation nationale, Culture, Enseignement supérieur). De quoi entretenir le flou dans l'opinion. 

Revirement ou arbitrage ? Difficile à dire. L'Élysée se défendait vendredi soir de toute précipitation, arguant du fait que le chef de l'État avait demandé mercredi des données supplémentaires sur l'évolution du variant, et qu'il s'était donné 48 heures de réflexion supplémentaires. Il n'en est pas moins que Jean Castex n'a été informé du nouveau conseil de défense de vendredi que deux heures avant, apprenant du même coup qu'il prendrait la parole à son issue. Sur le plan purement politique, le pouvoir savait de toute manière que ses choix - confinement ou non - seraient durement critiqués par l'opposition, certaines voix l'accusant de sacrifier une partie de la population quand d'autres - ou parfois, les mêmes - fustigent des mesures sanitaires trop timides. 

L'argument de l'acceptabilité

Au cours de la semaine écoulée, l'exécutif a également gardé un œil inquiet sur les enquêtes d'opinion et les remontées faites par les élus locaux et les parlementaires. Tout porte à croire que si les Français se montrent toujours disciplinés face aux restrictions sanitaires, la part des réfractaires au confinement n'a cessé d'augmenter depuis le printemps 2020, notamment parmi les plus jeunes, faisant craindre des scénarios similaires aux manifestations et aux émeutes qui ont éclaté dans d'autres pays, notamment aux Pays-Bas. 

Inquiet des conséquences sociales mais également psychiques d'un nouveau confinement sur les plus jeunes, l'exécutif a d'ailleurs déjà été tenté ces derniers jours de lâcher du lest pour permettre aux étudiants de sortir de chez eux

"La vraie hésitation elle est liée à l’acceptabilité", reconnaissait une source gouvernementale en début de semaine. "Il y avait 95% d’acceptation au premier confinement. On a basculé à 60% au deuxième, là on est à 40%. On sent une forme d’exaspération." 

L'argument économique

Alors que la France a accusé en 2020 une chute de 8,3% de son PIB, l'idée de préserver le plus longtemps possible son activité en ce début d'année n'est pas le moindre des arguments plaidant contre le confinement immédiat. "En conciliant exigences sanitaires et économiques, le gouvernement tire les leçons des premiers confinements. Des mesures de freinage plutôt qu'un confinement trop dur qui aurait provoqué un effondrement de l'économie", s'est d'ailleurs réjoui le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, qui avait appelé l'exécutif, en début de semaine, à maintenir tous les commerces ouverts, ainsi que les écoles, afin de permettre aux Français de travailler. 

Avec l'expérience des deux premiers confinements, l'exécutif sait qu'un seul mois sous ce régime équivaut à 2 points de PIB, et près de 15 milliards d'euros de pertes. Soit, pour deux mois de confinement, 30 milliards d'euros, ce qui représente le tiers du plan de relance engagé par l'exécutif. Autant dire que, dans ces conditions, une semaine de gagnée sera particulièrement précieuse. 

En matière de Covid-19, rien n'est toutefois définitivement acquis. L'exécutif se donne la possibilité de changer son fusil d'épaule dans les jours qui viennent si l'épidémie venait à changer de visage. Selon nos informations, le Conseil scientifique planche sur un nouvel avis destiner à éclairer l'exécutif sur ses prochaines décisions. Une nouvelle échéance, celle du 8 février, se profile pour décider ou non d'un troisième confinement en France. 


Vincent Michelon, avec le service politique

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