La France fait-elle les bons choix face au virus ?

Port du masque : deux ans de revirements et de polémiques pour le gouvernement

Justine Faure
Publié le 14 mars 2022 à 12h57
JT Perso

Source : JT 20h WE

Ce lundi 14 mars, le port du masque n'est plus obligatoire dans les entreprises, les commerces et les écoles. Une liberté retrouvée qui vient conclure deux ans de tergiversations et de prises de décisions contradictoires au sein du gouvernement.
D'abord jugé "inutile" puis imposé jusque dans la rue, retour sur les arbitrages du gouvernement à propos du port du masque et les polémiques engendrées.

Faire ses courses le visage découvert, arpenter les couloirs de son entreprise ou des écoles sans morceau de tissu accroché à ses oreilles. Après les théâtres, cinémas, restaurants ou foires, à partir de ce lundi 14 mars, le port du masque n'est plus obligatoire dans les commerces et les établissements scolaires. Une mesure très symbolique dans la fin des restrictions liées au Covid-19, tant le masque représente depuis le début de l'épidémie l'objet le plus visible de son immersion dans nos vies. Et l'objet de toutes les polémiques pour le gouvernement.  

En mars 2020, après des semaines à répéter que le port du masque était "inutile", consigne avait été donnée de ne pas faire porter de masque à la population. Les stocks étant limités, les autorités sanitaires les réservaient aux soignants et malades. "C'est vraiment une denrée rare, une ressource précieuse pour les soignants, et totalement inutile pour toute personne dans la rue", déclarait le directeur général de la Santé Jérôme Salomon le 18 mars 2020, au début du premier confinement. Le 25 mars, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye estimait qu'il "n’y [avait] pas besoin d’un masque quand on respecte la distance de protection vis-à-vis des autres", après avoir assuré que son port pouvait être "contre-productif" s'il n'était pas bien utilisé. 

Mais très vite, ces injonctions se heurtent à la question des stocks et la polémique enfle. Le gouvernement donne-t-il ces consignes parce qu'il est convaincu de l'inefficacité des masques ou parce qu'il n'est pas en mesure d'en fournir à tous ? Les réserves sont passées de presque 2 milliards d'unités (masques chirurgicaux et FFP2) en 2009 à 100 millions à la veille de la crise sanitaire. Fin 2020, une commission d'enquête du Sénat l'imputera "directement à la décision, prise en 2018 par le directeur général de la Santé, de ne pas renouveler le stock de masques chirurgicaux".

Juillet 2020 : apparition de l'amende de 135 euros

Dans les semaines qui suivent, le gouvernement encourage finalement les Français à porter des masques alternatifs s'ils le souhaitent, notamment en tissu. Le 11 mai 2020, date du premier déconfinement, le masque devient obligatoire dans les transports en commun et les collèges, et il est recommandé dans les commerces. A partir du 20 juillet il devient obligatoire "dans tous les lieux publics clos". Une amende 135 euros est même instaurée pour sanctionner ceux qui ne respecteraient pas cette consigne.

Mais face aux mesures du gouvernement qu'elles jugent laxistes, de nombreuses municipalités (très majoritairement de droite) imposent le port du masque dans les rues de leurs centres villes. Parfois ce sont les préfets qui prennent le relais et imposent le masque dans les zones à forte densité de population, comme les marchés. A Paris, le masque devient obligatoire dans la totalité de l'espace public le 28 août. Outre les rues des grandes villes, le port du masque s'impose à la rentrée dans les collèges, lycées et les entreprises. Le masque devient le symbole de l'entrave à la liberté individuelle. Le 29 août 2020, quelques centaines de manifestants protestent à Paris aux cris de "liberté, liberté !".

Exit les masques en tissu, pas assez efficaces

Mais l'exécutif choisit d'aller plus loin face à la recrudescence de l'épidémie à l'automne 2020 en rendant obligatoire le port du masque aux enfants des écoles primaires. En janvier 2021, l'apparition de nouveaux variants pousse le Haut conseil de la santé publique (HCSP) à recommander d'éviter les masques en tissu de catégorie 2 (filtrant 70% des particules), jugés pas assez filtrants, et les masques artisanaux. 

Le port du masque à l'extérieur n'est plus obligatoire en France à compter du 17 juin, sauf exceptions, grâce à la baisse des contaminations. Un répit de courte durée puisqu'il fait son retour en juillet et en août dans plusieurs départements touristiques. Entre les département qui l'imposent et les autres, les villes qui le limitent à certaines zones bien délimitées de leur centre ville... il est devenu très compliqué de savoir où il est nécessaire de porter le masque. 

Dans les écoles aussi, le gouvernement multiplie les volte-face et les messages contradictoires qui usent parents, élèves et enseignants. L'obligation du port du masque est levée le 4 octobre 2021 dans les écoles primaires des départements les moins touchés, mais redevient obligatoire dans toutes les écoles primaires du pays le 15 novembre. 

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Début 2022, le reflux épidémique après la vague Omicron permet un certain relâchement. À partir du 2 février 2022, l'obligation de porter un masque à l'extérieur disparaît, puis le 28 février, il n'est plus obligatoire dans les lieux clos soumis au pass vaccinal, exception faite des transports. Ce 14 mars est la nouvelle étape de cet allègement. Mais le ministre de la Santé Olivier Véran a déjà mis en garde contre en rebond de l'épidémie et mis "en exergue", selon lui, "la nécessité que les personnes fragiles continuent de se protéger" et de porter le masque. Combien de temps la liberté de ne plus porter de masque au cinéma, au travail ou au supermarché durera-t-elle ?


Justine Faure

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