Crise agricole : la mise en pause du plan Ecophyto révolte associations et élus écologistes

par J.F. avec AFP
Publié le 2 février 2024 à 12h07

Source : JT 20h Semaine

Le gouvernement a annoncé jeudi une mise en "pause" du plan de réduction de l'usage des pesticides Ecophyto, que réclamait une partie du monde agricole en colère.
Pour les associations de défense de l'environnement et les députés écologistes, il s'agit d'un recul grave et inadmissible.
Ce vendredi, l'exécutif réaffirme sa volonté de "sortir de l'écologie punitive".

La colère des agriculteurs a été apaisée par les nouvelles annonces du gouvernement jeudi en milieu de journée. Parmi celles qui ont permis le retrait des tracteurs qui stationnaient près de la capitale : la mise sur pause du plan Ecophyto de réduction de l'usage des pesticides, que réclamait les principaux syndicats agricoles. Une concession grave pour les associations de défense de l'environnement et l'opposition de gauche, notamment les députés et eurodéputés écologistes. 

Le Premier ministre Gabriel Attal a annoncé une pause "le temps de mettre en place un nouvel indicateur" pour substituer l'actuel, le "Nodu", qui mesure l'usage des molécules par les exploitants ; un travail censé être mené en concertation avec les ONG.

Très vite après la prise de parole du gouvernement, celles-ci ont donc réagi. "Générations Futures dénonce ces mesures totalement rétrogrades nous ramenant plus de 15 années en arrière", a déclaré son porte-parole François Veillerette dans un communiqué. "Il s’agit d’une erreur politique majeure car si la question du revenu agricole est une vraie question pour un certain nombre d’agriculteurs, ce n’est pas en sacrifiant l'environnement et les ressources naturelles qu’on règlera ce problème, bien au contraire", a-t-il ajouté. "Nous rejetterons toute participation à une nouvelle dynamique Ecophyto dont l’indicateur serait biaisé et donnerait une vision tronquée de la dépendance de l’agriculture française aux pesticides."

Une décision "politique" qui va à l'encontre "de la science et du droit"

"Cette annonce est donc aussi un refus de se plier à une décision de justice", a fustigé auprès de l'AFP l'ONG Pollinis, une des cinq associations (avec Notre Affaire à tous, l'Association nationale de protection des eaux et rivières, Biodiversité sous nos pieds et ASPAS) à l'origine de cette procédure judiciaire.  C'"est une décision purement politique, qui va à l'encontre de la science et du droit et qui ne va pas résoudre les problèmes des agriculteurs", a-t-elle estimé, rappelant que "l'effondrement de la biodiversité ne connaît pas de pause".

"Tout ça n’a pas de sens", a déploré Sandrine Bélier, directrice de l'ONG Humanité et Biodiversité, jointe par l'AFP. "Certes il vaut mieux suspendre que d’avoir une stratégie au rabais, mais Ecophyto est le principal plan qui accompagne les agriculteurs dans leur transition économique", via le financement de la recherche et des expérimentations. "Mettre en cause ce mécanisme, ça veut dire renoncer à accompagner les agriculteurs dans leurs transitions écologiques", met-elle en garde.

"Make pesticides great again"

Même colère et même consternation chez les députés et eurodéputés de gauche défenseurs de l'écologie. "Le gouvernement peut décider de ne plus protéger l'eau, la terre, la biodiversité et même notre santé. Mais avec ça nos agriculteurs ne gagneront pas plus", a rapidement réagi jeudi sur X la patronne des Ecologistes Marine Tondelier. Pour la tête de liste écologiste pour les européennes Marie Toussaint, la mise sur pause du plan Ecophyto "est un recul inacceptable. Le gouvernement vient de faire un cadeau empoisonné au monde agricole"

"Jeter l’environnement en pâture pour éviter de s’attaquer aux véritables problèmes, c’est ajouter au malheur d’une filière et persister dans son sacrifice", a commenté l'eurodéputé David Cormand. "Finalement c'est Make pesticides great again", a ironisé le député EELV Julien Bayou. Ce vendredi sur franceinfo, la députée insoumise Clémentine Autain a regretté que le gouvernement réponde "à la logique de la FNSEA mais pas à l'intérêt de la majorité des paysans et pas à l'intérêt des Français pour leur santé"

Dans le même média ce vendredi, la porte-parole du gouvernement Prisca Thévenot a justifié la mise "en pause" du plan Ecophyto par la volonté du gouvernement de "sortir de l'écologie punitive". L'exécutif "travaille en ce moment sur le plan Ecophyto 2030" mais souhaite "se poser un mois de plus pour faire en sorte qu'il soit parfaitement compris, dans le cadre d'un accompagnement et pas d'une punition", a-t-elle expliqué.


J.F. avec AFP

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