Démographie : pour "sauver le modèle français", Bayrou préconise une hausse de la natalité et de l'immigration

MM avec AFP
Publié le 16 mai 2021 à 9h17, mis à jour le 17 mai 2021 à 11h04
JT Perso

Source : TF1 Info

PROPOSITIONS - Face aux signes "très préoccupants" d'un "dérèglement" de la dynamique démographique, le haut-commissaire au Plan plaide dans un note pour un "pacte national".

"Il manquerait 40 à 50.000 naissances par an pour assurer le renouvellement des générations", alerte François Bayrou, ce dimanche 16 mai. Dans une note transmise à l'AFP, le haut-commissaire au Plan dresse le constat d'une démographie française en berne, et propose un "pacte national pour la démographie" et plusieurs solutions. D'après lui, le pays doit "avoir plus d'enfants" mais aussi "accueillir des personnes d'autres pays".

Avec la crise du Covid-19, "l'impensable étant survenu, il ne devient plus impensable. Dès lors, un climat pessimiste pourrait peser sur le désir d'enfant de nos concitoyens" mais "il faut se ressaisir", explique l'ancien ministre.

Alors que la France connaissait depuis plusieurs années "une réelle dynamique démographique", des signes "très préoccupants" d'un "dérèglement" apparaissent. "L'indice de fécondité se tasse" - de 2,02 enfants par femme en 2010 à 1,83 en 2019 - et "le nombre de naissances baisse année après année" : 753.000 en 2019 contre 818.000 en 2014, peut-on aussi lire dans le document. Dans le contexte du Covid-19, "on constate une baisse tangible en 2020" des naissances (-7% par rapport à décembre 2019). En janvier 2021, la baisse a été de 13% par rapport à l'année précédente.

La démographie devient la clé même de la durabilité et de la générosité du contrat social

François Bayrou

Or, "la France a sans doute plus besoin encore que ses voisins d'une démographie dynamique, car son modèle social repose, pour beaucoup, sur la solidarité entre les générations", notamment à travers le système de financement par répartition des retraites et, au-delà, de l'action sociale et de tous les services publics.

Ce modèle est une "singularité française" fondée sur le principe du "tous pour chacun", et "la démographie devient la clé même de la durabilité et de la générosité du contrat social", écrit François Bayrou.

Natalité ou immigration

"Assurer notre avenir démographique" passe par "deux voies", juge le président du MoDem : "avoir plus d'enfants ou accueillir des personnes d'autres pays". D'après lui, "la France devra jouer des deux leviers dans des proportions raisonnables qui garantissent le maintien de la cohésion nationale".

Toutefois, note l'auteur de la note, l'apport migratoire n'est "pas une solution d'évidence". "D'abord parce que l'impact sur la démographie n'est pas immédiat et ensuite parce que cela présente des difficultés sociale et culturelle". Le document souligne qu'en 2019, 6,7 millions d'immigrés vivent en France, soit 9,9% de la population totale, parmi lesquels 37% (2,5 millions) ont acquis la nationalité française.

L'immigration n'est pas la cause de notre relative dynamique démographique

François Bayrou

"Pour 2020, le solde migratoire est estimé de manière provisoire (à) +87.000 personnes", un chiffre à comparer avec le solde naturel (les naissances moins les décès) qui était de 149.000 en 2018 et 140.000 en 2019. En 2020, année marquée par le Covid-19, le solde naturel est estimé à 67.000.

"Contrairement à une idée reçue ou véhiculée, l'immigration n'est pas la cause de notre relative dynamique démographique", écrit le haut-commissaire, qui s'appuie sur l'Institut national des études démographiques (Ined) pour noter que "la croissance démographique est due pour les trois quarts au solde naturel".

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"L'apport des migrations peut aider à améliorer le rapport actifs-retraités, et donc la capacité de financement de nos systèmes sociaux", ajoute François Bayrou, qui insiste : "Il faut accepter qu'elle y prenne sa part, mais celle-ci ne sera acceptée que si parallèlement les conditions sont réunies pour maintenir une ambition démographique dans notre pays".

Sur l'autre levier destiné à sauver la démographie française, la natalité, le maire de Pau préconise "une politique familiale qui permette aux gens d'avoir le nombre d'enfants qu'ils souhaitent". Il rappelle aussi que "la dégradation de la natalité en France a été concomitante des mesures fiscales touchant notamment le quotient familial".

Et de proposer quelques pistes à ce sujet, comme l'amélioration de l'accueil de la petite enfance, la politique du logement ou "le soutien aux mères de famille pour que leur carrière ne soit pas affectée par le fait qu'elles ont des enfants".

"La natalité se maintient en France"

Faut-il pour autant s'alarmer d'un déficit des naissances en France ? L'analyse défendue par François Bayrou peut être relativisée, à en croire Gilles Pison, chercheur à l'Ined, dont le Haut Commissariat au plan a puisé certains chiffres. 

"Pour ce qui est des naissances, il naît entre 700.000 et 800.000 bébés chaque année en France depuis la fin du baby boom, il y a 50 ans", a indiqué le chercheur dimanche sur LCI. "Il y a eu une baisse des naissances au cours des années 2010, mais une hausse dans les années 2000. Il y a des fluctuations, mais globalement, les femmes ont en moyenne deux enfants chacune en France. C'est le niveau le plus élevé d'Europe."

Pour Gilles Pison, "il n'y a pas à avoir de craintes pour les prochaines décennies, on devrait rester avec 700.000 naissances, voire plus, par an. La natalité se maintient en France".

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