Élection présidentielle 2022

Présidentielle : le PS risque-t-il la banqueroute si Anne Hidalgo n’atteint pas les 5% ?

Vincent Michelon
Publié le 26 mars 2022 à 17h39, mis à jour le 26 mars 2022 à 18h17
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Source : JT 20h Semaine

À 15 jours du premier tour, Anne Hidalgo reste cantonnée à 2% d'intentions de vote.
La candidate socialiste reste bien en deçà de la barre des 5% nécessaires pour obtenir le remboursement de ses frais de campagne.
Pour survivre, le Parti socialiste pourra toutefois miser sur d'autres ressources.

Le Parti socialiste peut-il survivre à un nouveau naufrage électoral ? Si la question est posée sur le plan politique, elle l'est également sur le plan financier. Une campagne électorale a un coût, dont le remboursement partiel par les deniers publics est étroitement lié au score réalisé par le ou la candidate. 

Selon nos derniers sondages Ifop Fiducial en vue du premier tour de l'élection présidentielle, prévu dans 15 jours, la candidate PS Anne Hidalgo est créditée de 2% des intentions de vote. Si ce score ne présume pas du verdict des urnes le 10 avril, le risque semble bien réel. La candidate reste loin de la barre des 5%, objectif désormais fixé, officieusement, par certains lieutenants. 

La condition pour un remboursement des frais de campagne

Pourquoi cet objectif des 5% de voix au premier tour ? S'il paraît modeste, il est financièrement impératif, surtout pour un parti engageant d'importants frais de campagne. 

Comme le rappelle la Commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP) dans son guide à destination des candidats, le remboursement des dépenses électorales est fixé à 47,5% du plafond des dépenses électorales pour les candidats ayant recueilli au moins 5% des suffrages exprimés au premier tour (près de 8 millions d'euros). Si un remboursement existe en dessous des 5%, il est réduit à 4,75% du plafond des dépenses électorales (près de 800.000 euros). 

Précision importante rappelée par la CNCCFP : le remboursement forfaitaire ne sera pas versé en cas de rejet des comptes de campagne en raison d'un dépassement de plafond ou d'une irrégularité. La Commission pourra également réduire le montant du remboursement "en fonction du nombre et de la gravité des irrégularités constatées", même si les comptes n'ont pas été rejetés. 

En 2017, le PS sauvé in extremis

Côté socialiste, la question s'était déjà posée il y a cinq ans, à l'aune de la campagne difficile de Benoît Hamon. D'autant que le PS, au pouvoir depuis 2012, avait vu large, avec un budget de campagne de 15,2 millions d'euros. 

À l'arrivée, Benoît Hamon était parvenu à engranger 6,3% des suffrages exprimés, un score historiquement faible pour le PS, mais au-dessus du seuil des 5%. Si le PS était sorti financièrement atteint par les deux scrutins de 2017, présidentiel et législatif, il avait ainsi évité le pire. 

La situation n'avait pas empêché des tensions sur le plan politique, certains responsables PS ayant réclamé des explications à Benoît Hamon pour sa campagne jugée trop gourmande. "Vous dépensez un argent qui ne vous appartient pas, qui appartient pour une part aux militants du PS, ou qui va être gagé sur le patrimoine du Parti socialiste. Donc, c'est la moindre des choses que de pouvoir venir s'expliquer en disant : 'Voilà ce que j'ai fait des sous'", critiquait Julien Dray, l'un des ténors socialistes.

Le PS a été contraint d'engager, après 2017, un vaste plan d'économies pour combler un déficit creusé, en l'occurrence, bien avant la candidature de Benoît Hamon. L'une des opérations les plus emblématiques fut la vente de son siège historique, rue de Solférino, en 2018. À l'exercice 2020, le parti a ainsi "limité" son déficit à 3,7 millions d'euros, selon les chiffres publiés en février 2022 par la CNCCFP. 

Vers un dépôt de bilan, vraiment ?

En 2022, le PS pourrait se retrouver dans une situation politique pire encore qu'en 2017, si l'on en croit les projections dans les sondages. Faut-il pour autant en déduire que le parti de Jaurès pourrait disparaître du fait de sa situation financière ? Pas forcément. 

Dans le cadre de la campagne, la fragilité des ressources a certes conduit la direction du PS à solliciter les fédérations, refroidies par les scores d'Anne Hidalgo dans les sondages, avec le spectre d'un non-remboursement à la clé. En outre, le PS est entré financièrement fragilisé dans cette présidentielle, prévoyant de financer la candidate via un emprunt de 800.000 euros d'une part, et via l'autofinancement d'autre part. 

Cependant, le PS pourrait avoir anticipé une situation délicate. Le prêt contracté auprès du Crédit coopératif, d'un montant de 800.000 euros, correspond au plafond de remboursement au cas où sa candidate n'atteint pas les 5%. En outre, la campagne devrait coûter moins cher que celle de 2017, même si le PS n'a pas dévoilé son budget. "Sincèrement, je ne sais pas ce que j'aurais fait de 15 millions", a assuré la sénatrice Marie-Pierre de la Gontrie, trésorière de la campagne, à Marianne, assurant qu'il s'agissait d'une "campagne sobre". "On dépense quand même plusieurs millions", a-t-elle simplement indiqué. 

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Ensuite, l'avenir financier du PS ne se joue pas seulement sur l'élection présidentielle. Les élections législatives seront également regardées de près. En effet, outre le mécanisme de remboursement des frais de campagne prévu pour l'échéance des 12 et 19 juin (remboursement forfaitaire pour tout candidat ayant obtenu plus de 5% des suffrages), il y a un enjeu vital pour chaque parti politique. La loi prévoit un financement public pour tout parti ayant, d'une part, obtenu au moins de 1% des voix dans au moins 50 circonscriptions, et d'autre part, au prorata du nombre de parlementaires élus. En 2022, le PS arrive en 3e position des aides publiques, derrière LaREM et LR, avec 5,94 millions d'euros prévus

Pour renflouer les caisses en cas d'échec aux élections nationales, le PS sait enfin qu'il peut compter sur son réseau d'élus locaux. En témoigne la répartition des ressources du mouvement donnée par la CNCCFP. En 2020, celles provenant des élus ont représenté 29% du total, contre 13% provenant des cotisations des adhérents et 32% de l'aide publique. 


Vincent Michelon

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