Élection présidentielle 2022

Dynamique de Marine Le Pen : retour sur une campagne entre terrain et proximité

Maëlane Loaëc
Publié le 8 avril 2022 à 19h24
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

La candidate du RN, donnée deuxième au premier tour de l'élection selon les sondages, a misé dès le début de sa campagne sur des déplacements sur le terrain.
Elle a mis également à l'honneur le pouvoir d'achat et a tenté de se montrer bien plus accessible.

Visite d'un marché couvert, tournée de selfies et rencontre avec les commerçants : pour son dernier déplacement avant le premier tour du scrutin présidentiel, Marine Le Pen s'est présentée comme la candidate de "La France tranquille", face à la "fébrilité" de son adversaire Emmanuel Macron. Tout au long de cette semaine, pour le sprint final, la prétendante du Rassemblement national a continué les déplacements et misé sur les ingrédients qui ont fait le succès de sa campagne : apaisement et accessibilité. 

Elle dit avoir fait le choix de la "proximité" contre le "gigantisme" de ses concurrents dès le début, en multipliant les visites dans les territoires ruraux et en misant sur le pouvoir d'achat. Une décision qui semble avoir payé. Déjà finaliste en 2017, la candidate d'extrême droite est donnée deuxième au second tour, désormais créditée de 24% des voix selon notre dernier sondage"Les Français considèrent qu'elle mène la meilleure campagne", a estimé auprès de TF1info Frédéric Dabi, directeur général de l'Ifop.

Les thèmes : pouvoir d'achat au centre du programme, discours sécuritaire édulcoré

Dès le coup d'envoi de sa campagne, au mois de septembre, elle a en effet centré son programme sur le budget des Français, et a eu le nez creux : ce thème s'est imposé dans la campagne, d'autant plus depuis la guerre en Ukraine, qui a fait flamber le prix de l'énergie et des céréales. Marine Le Pen a ainsi laissé au second plan ses propositions sur la sécurité et l'immigration, tout en restant la candidate de la "priorité nationale". Ces choix auraient porté leurs fruits, selon un sondage Ifop publié à la mi-mars : elle est perçue comme connaissant plus la vie quotidienne des Français (34%) qu'Emmanuel Macron (27%).

En misant sur ce thème, Marine Le Pen creuse aussi l'écart avec son rival d'extrême droite Éric Zemmour, dont l'entrée en lice a permis d'accélérer sa dédiabolisation et l'a recentrée sur l'échiquier politique. Si le candidat de Reconquête! a réussi à rallier à lui des voix importantes comme celle de sa nièce Marion Maréchal et a talonné, à la mi-février, la candidate du RN dans les sondages, il s'est depuis effondré sous les 10%, quand la courbe de sa concurrente a décollé. 

Quant au conflit ukrainien, elle a soigneusement évité de s'embourber dans une polémique malgré des critiques sur ses accointances passées avec Vladimir Poutine, assurant par exemple sur LCI n'avoir "aucune reconnaissance particulière" pour la banque russe qui lui a octroyé un prêt pour sa campagne de 2017. Après les massacres découverts à Boutcha, elle a souhaité que l'ambassadeur français en Russie soit rappelé si la responsabilité du Kremlin dans ces crimes était en effet reconnue. 

La forme : des déambulations dans les villages plutôt que de grands meetings

Au fil des mois, la candidate s'est employée à sillonner la France sous les radars, mais avec efficacité. Après le revers cinglant des municipales en 2021, Marine Le Pen s'est faite discrète tout l'été, pour entamer sa campagne par des déplacements sur le terrain très peu médiatisés. L'objectif : "prendre le temps" d'expliquer son projet, "aller au plus près des Français" et en particulier ceux "qui n'intéressent plus la classe politique", avançait-elle déjà en septembre. Elle n'a pas quitté cette stratégie durant toute sa bataille pour l'Élysée, en se présentant comme une oreille attentive aux souffrances des Français.

Elle est même parvenue à se rendre aux Antilles, où son père Jean-Marie Le Pen n'avait jamais pu atterrir, malgré un passage chahutée en Guadeloupe le 27 mars, au cours duquel elle a été prise à partie par des militants nationalistes. 

Cette campagne de "terrain", d'abord imposée par des problèmes de financement, est devenue là aussi une manière de marquer sa différence face aux grands rendez-vous démonstratifs de ses adversaires, comme le meeting à l'Arena de Nanterre d'Emmanuel Macron ou celui au Trocadéro d'Éric Zemmour. "Au fur et à mesure que l'on pénètre dans la France rurale et périphérique, Marine Le Pen prend très clairement l'ascendant (en intentions de vote) sur Éric Zemmour", expliquait dans une récente étude la Fondation Jean Jaurès.

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L'attitude : tournées de selfies et confidences personnelles

Marine Le Pen a également tenté d'amener un ton bien plus posé et maîtrisé, qu'elle avait perdu lors du débat de l'entre-deux-tours en 2017, "raté" de son propre aveu. Elle assure elle-même avoir changé et tente de déjouer l'antipathie des électeurs lors de ses visites : la députée du Pas-de-Calais affiche toujours un large sourire, se plie avec plaisir à l'exercice des selfies, qu'elle prend parfois elle-même. Sur son affiche électorale, elle se fait seulement appeler par son prénom pour jouer la carte de la proximité, et essayer par la même occasion de gommer l'héritage encombrant de son père et du Front national.

En novembre dernier, dans l'émission "Une Ambition Intime" sur M6, elle a cherché à sortir de son image de candidate contestataire en levant le voile sur sa vie privée, bien plus qu'elle ne l'avait fait en 2017. Elle s'y montrait aux côtés de sa colocataire et de sa nièce Nolween, évoquait sa passion pour le jardinage et pour les chats. Lors d'un discours devant des militants à Reims en février, la prétendante d'extrême droite avait même évoqué son histoire familiale en détaillant les "épreuves" de sa vie, comme l'attentat de 1976 contre l'appartement parisien où elle vivait ou le divorce "ultramédiatisé" de ses parents. 

Une stratégie payante, à en croire les sondages : elle bénéficie d'une bonne image auprès de 35% des Français, ce qui la propulse deuxième personnalité politique préférée, d'après un baromètre Elabe pour Les Echos. Reste à noter qu'au-delà de sa campagne, son succès peut aussi s'expliquer par la montée d'un vote anti-Macron et l'affaiblissement du front républicain par rapport à 2017, lorsque le candidat marcheur l'avait emporté contre elle au second tour avec 66% des suffrages.


Maëlane Loaëc

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