Élection présidentielle 2022
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Présidentielle : est-il vrai que "les sondages se sont toujours trompés depuis 1995", comme l'affirme Eric Zemmour ?

Justine Faure
Publié le 6 avril 2022 à 16h14
JT Perso

Source : TF1 Info

Le candidat de Reconquête assure que "les sondages se sont toujours trompés depuis 1995" et qu'en conséquent il sera présent au second tour de l'élection présidentielle.
En analysant les prédictions des sondages quelques jours avant les premiers tours des élections présidentielles depuis 1995, l'ancien polémiste dit-il vrai ?
Si des surprises ont pu avoir lieu, notamment en 1995 et 2002, les sondeurs estiment qu'aujourd'hui le risque est moindre.

Eric Zemmour en est sûr : il sera au second tour de l'élection présidentielle, envers et contre toutes les prédictions des sondages. Car "les sondages se sont toujours trompés depuis 1995", a-t-il assuré ce mercredi sur France Inter. "Je ne crois pas en ces sondages. Je pense que la dynamique politique est de mon côté, tous les éléments objectifs de la dynamique – les salles pleines, la ferveur, les audiences télévisées, le nombre d’adhérents à mon parti – c’est moi", a déclaré le candidat Reconquête!, ajoutant : "En 1995, à une semaine du scrutin les sondages donnent dix points d’écart entre Chirac et Balladur. Ça finira à 1,5 points d’écart."

À quoi fait allusion Eric Zemmour lorsqu'il estime que "les sondages se sont toujours trompés" ? Veut-il dire qu'ils ont échoué à prédire les noms de deux qualifiés pour le second tour, ou que les intentions de vote ont toujours été contredites à l'issue du scrutin, avec des écarts de voix très importants ? 

Le premier cas ne s'est produit qu'une seule fois, en 2002. À trois jours du premier tour, les sondages prédisaient la qualification au second tour de Jacques Chirac (19 à 20% des intentions de vote) et Lionel Jospin (18%). Jean-Marie Le Pen était lui crédité de 12,5 à 14% dans les enquêtes d’opinion. Pourtant, le fondateur du Front national terminera avec 16,86% des suffrages le 21 avril 2002, contre 19,88% pour le président sortant et 16,18% pour Lionel Jospin. Cet exemple nourrit d'ailleurs l’argumentaire d’Eric Zemmour et de ses partisans, qui assurent qu’ils bénéficieront du même "vote caché" en leur faveur ce dimanche 10 avril.

Des prédictions fiables depuis 2007

En ce qui concerne 1995, exemple mis en avant par l'ancien polémiste, il est un peu différent puisque les deux candidats qualifiés pour le second tour ont finalement été les mêmes qu'annoncés par les sondages. Mais un troisième homme, Edouard Balladur, est en effet venu jouer les trouble-fêtes. A deux jours du premier tour, les sondages donnaient à Jacques Chirac 24% d'intentions de vote, 20,5% pour Lionel Jospin et 16,5% à Edouard Balladur. Or au soir du premier tour, c’est le candidat socialiste qui arrivera en tête avec 23,3% des voix, devant Jacques Chirac devançant d’une très courte tête son concurrent à droite (20,84% contre 18,58% pour Edouard Balladur). 

Mais pour les élections suivantes, il est faux de dire que les sondages se sont trompés. En 2007, les tendances prédites par les sondages se sont confirmées, même si les deux candidats arrivés en tête au premier tour - Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal - ont terminé avec un peu plus de voix que prévu les jours d’avant dans les sondages. En 2012, les derniers sondages avant le premier tour donnaient également François Hollande et Nicolas Sarkozy vainqueurs, dans des scores très proches, à moins de 2 points d’erreur. Idem en 2017, où les deux candidats arrivés en tête au premier tour étaient ceux annoncés dans les sondages, dans ce cas-là avec des résultats même un peu en-deçà des enquêtes d’opinion.

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Aujourd'hui, les sondeurs se défendent de pouvoir se tromper dans les mêmes proportions qu'en 1995 et 2002, notamment du fait de nouvelles pratiques sondagières plus fines, et parce que les sous-déclarations des candidats ("vote caché") ont tendance à diminuer. Auparavant, "les enquêtes étaient faites par téléphone et les personnes n'osaient pas dire aux enquêteurs de l'Ifop qu'elles allaient voter Jean-Marie Le Pen", a expliqué Frédéric Dabi (Ifop-Fiducial) au Figaro. "On a du mal à imaginer qu'un interviewé devant sa tablette ou son smartphone se mente à lui-même et minimise un vote Zemmour", ajoutait-il quant à l'existence d'un "vote caché" favorable à Eric Zemmour.

Le fiasco des élections régionales de 2021

Dans son argumentaire, Eric Zemmour évoque également les élections régionales de 2021, pour lesquelles les sondages "promettaient entre 3 et 5 régions à Marine Le Pen, elle n’en a eu aucune". Il est vrai que lors de ce scrutin, les enquêtes d'opinion avaient été particulièrement pointées du doigt, l'abstention ayant été fortement sous-estimée, et les scores du Rassemblement largement sur-estimés. Finalement, le parti n'était arrivé en tête que dans une seule région au premier tour, et aucun président de région RN n'avait été élu.

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