Élection présidentielle 2022

Présidentielle 2022 : le front républicain existe-t-il encore ?

Idèr Nabili
Publié le 12 avril 2022 à 18h44
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Selon les intentions de vote, Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont au coude-à-coude au deuxième tour de l'élection présidentielle.
Seuls trois candidats ont appelé clairement à faire barrage à la candidate du Rassemblement national au soir du premier tour.
Est-ce la fin du front républicain ?

Deux candidats finalistes enregistrant chacun le soutien d'autres prétendants à l'Élysée, un duel annoncé serré dans les sondages... Le second tour de l'élection présidentielle 2022 entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen ressemble presque à un affrontement politique classique. Pourtant, en 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen s'était hissé au deuxième tour, un "front républicain" s'était dressé face à lui, la gauche appelant à voter pour Jacques Chirac. Quinze ans plus tard, en 2017, seul Nicolas Dupont-Aignan s'était rallié à Marine Le Pen.

Cette année, en plus du candidat Debout la France, Marine Le Pen a également enregistré le soutien d'Éric Zemmour. Et seuls trois candidats ont clairement appelé leurs électeurs à voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à la candidate du Rassemblement national : Yannick Jadot, Fabien Roussel et Anne Hidalgo.

Valérie Pécresse, elle, votera pour le président sortant, mais son parti, Les Républicains, appelle surtout à ne pas voter pour Marine Le Pen, quand Jean-Luc Mélenchon a insisté auprès de ses électeurs : "pas une seule voix à Madame Le Pen", sans toutefois indiquer s'il voterait pour Emmanuel Macron. Même position pour Philippe Poutou. Nathalie Arthaud et Jean Lassalle, eux, voteront blanc.

"Le front républicain est dans le coma"

Pour Émeric Bréhier, directeur de l'Observatoire de la vie politique de la Fondation Jean-Jaurès, ces différentes prises de position montrent une chose : "le front républicain est dans le coma". "Il y a toujours un réflexe de vote républicain, mais les candidats issus de l'extrême droite, et notamment Marine Le Pen, ne sont plus perçus comme des menaces pour la République, donc il n'y a plus de front républicain", analyse-t-il auprès de TF1info.

Selon l'ancien député de Seine-et-Marne, l'érosion du clivage entre la gauche et la droite participe à la fin du front républicain. "Auparavant, le clivage gauche-droite structurait la vie politique française, deux camps qui s'adossaient aux forces républicaines", poursuit-il. "Ce clivage n'est plus assez puissant, et de nouveaux ont émergé : ouverture/fermeture, libéral/autoritarisme..." L'image dédiabolisée de Marine Le Pen dans l'opinion n'est pas non plus anodine, "et les forces politiques qui la soutiennent ne sont pas mises hors la République", note-t-il.

Toutefois, "certains ressorts du front républicain existent encore", estime Émeric Bréhier. D'après notre sondage Ifop-Fiducial, 43% des électeurs d'Emmanuel Macron au second tour glisseront un bulletin au nom du président sortant dans l'urne "parce qu'ils souhaitent avant tout que Marine Le Pen ne soit pas élue présidente de la République".

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"Il y a encore chez certains candidats, comme chez une partie importante de leur électorat, un réflexe républicain", assure le directeur de l'Observatoire de la vie politique. Mais "il n'y a plus de front républicain, je ne peux pas faire comme s'il existait", a constaté Emmanuel Macron lui-même, au cours d'un déplacement dans le Nord, lundi.


Idèr Nabili

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