Élection présidentielle 2022

Présidentielle 2022 : pourquoi le temps de parole des candidats n'est-il pas comptabilisé sur Internet ?

Maëlane Loaëc
Publié le 1 avril 2022 à 19h01, mis à jour le 3 avril 2022 à 18h25
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

La durée des interventions des candidats sur les plateformes numériques n'est pas contrôlée, contrairement à la télévision et à la radio.
Ils sont libres de s'exprimer sur leurs propres comptes et les médias en ligne ne sont pas soumis à la règle sur le pluralisme.
Pour autant, quelques garde-fous existent.

Depuis quelques années, la bataille électorale ne se joue plus uniquement en meetings et sur les plateaux de télévision, elle se joue aussi sur Internet. Les candidats essaiment sur toujours plus de plateformes pour mener campagne, comme Twitch ou TikTok pour les dernières en date. Mais ces réseaux sociaux ne sont pas soumis à la réglementation du temps de parole, qui s'applique seulement à la télévision et à la radio et est encadrée par l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), ex-CSA. 

Pas de régulation non plus sur des plateformes comme YouTube, où des vidéos d'interviews des candidats engrangent des centaines de milliers de vues, à l'instar de celles du vidéaste HugoDécrypte, dont le compte possède 1,5 million d'abonnés. Certains prétendants à l'investiture, comme Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, font aussi campagne via des web-séries. Sans décompte du temps de parole, les interventions sont disproportionnées entre les candidats : sur YouTube et sur Twitch, tous formats confondus, Jean-Luc Mélenchon et ses soutiens ont parlé plus de 18 heures depuis le début de l'année, suivis d'Eric Zemmour et son équipe avec plus de 15 heures, contre 26 minutes pour Nicolas Dupont-Aignan, relève Le Monde

"Les règles prévues par le législateur en matière de pluralisme politique pour les médias audiovisuels sont inapplicables sur Internet, car contrairement aux antennes, chacun peut y avoir accès et intervenir comme il l’entend en ligne", fait valoir l'Arcom auprès de TF1info. Entre des publications sur les réseaux sociaux, la mise en ligne de vidéos ou l'organisation d'émissions sur Twitch, les espaces de parole sont infinis, alors qu'à la télévision et à la radio, le périmètre est circonscrit. "Les pratiques sont par essence différentes entre ces deux espaces. On ne peut pas dupliquer le pluralisme sur l’espace numérique", poursuit-elle.

Pas de règles sur le pluralisme mais la lutte des plateformes contre les infox contrôlée

Seules les plateformes de replays des chaînes, qui diffuseraient en différé une émission politique, sont soumises au respect du pluralisme. Ce n'est pas le cas en revanche des sites Internet et des réseaux sociaux des télévisions ou radios, ni des sites d'information. Les pure-players, ces médias présents uniquement en ligne, ne sont pas non plus régulés par l'Arcom, même s'ils ont noué des partenariats avec des médias audiovisuels. À l'instar de Brut, qui publie sur ses réseaux des interviews de candidats et est par ailleurs associé avec France Télévisions, qui héberge certaines de ses vidéos sur le site de franceinfo.

Ce système n'est pas appelé à être modifié pour l'heure. "Il ne faut pas oublier que l'opinion des citoyens se forge surtout lors d'émissions politiques diffusées à la radio et à la télévision", argue l'autorité de régulation. 

Lire aussi

Toutefois, si elle ne régule pas elle-même les contenus diffusés sur Internet, elle joue tout de même un rôle de supervision sur les moyens déployés par les sites pour lutter contre les fausses informations et la haine en ligne : les plateformes, comme Google, YouTube, Facebook et Snapchat, sont soumises à une obligation de coopération et doivent porter à sa connaissance les outils qu'elles déploient pour répondre à ces obligations, renseignés sur le site du régulateur. Depuis une loi de 2018, elles doivent remplir tous les ans un questionnaire pour que l'Arcom puisse vérifier qu'elles respectent leurs engagements.  

En période électorale, celle-ci redouble d'attention à ce sujet et a rencontré les représentants des plateformes à plusieurs occasions. "Nous vérifions que les outils sont effectivement mis en place. Chaque année, nous produisons un rapport pour mettre en avant les initiatives des plateformes en la matière, mais aussi pour pointer là où des efforts peuvent être faits, comme sur la transparence, par exemple", explique l'Arcom. Mais ce contrôle reste "systémique" : "La régulation des réseaux sociaux ne consiste pas à vérifier chaque contenu, car des millions en sont publiés chaque seconde, cela serait strictement impossible".

La création de comptes dédiée à la campagne recommandée

Autre garde-fou : la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle (CNCCEP), qui veille à repérer en ligne la diffusion "de fausses nouvelles ou propos diffamatoires, de manipulations par diffusion massive de messages ou d’ingérences étrangères", précise-t-elle dans un avis publié le 28 février. 

Elle y rappelle aussi que les personnalités politiques qui exercent des fonctions publiques ne doivent pas utiliser leur compte sur les réseaux sociaux lié à leur mandat pour faire campagne pour un candidat, en leur recommandant de créer des profils "dédiés". Le 7 mars dernier, Emmanuel Macron avait ainsi été prié de ne plus recourir à son compte Twitter personnel pour relayer des messages pour promouvoir sa candidature.

La décision avait irrité les macronistes, qui ont dû se rabattre sur un compte de campagne, "Emmanuel Macron avec vous", qui rassemble quelque 30.000 abonnés, bien loin des huit millions de Followers dont ils bénéficiaient avant. Ils font valoir le fait que les autres candidats n'ont pas dû se plier à la règle, alors qu'ils assurent aussi, pour nombre d'entre eux, des fonctions publiques. Reste qu'ils sont relativement moins suivis que le président sortant, avec au plus 2,7 millions d'abonnés sur Twitter pour la députée RN du Pas-de-Calais Marine Le Pen, 2,4 millions pour le député insoumis Jean-Luc Mélenchon et 1,5 million pour la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo. 


Maëlane Loaëc

Tout
TF1 Info