Élection présidentielle 2022

Présidentielle : retraites, environnement, laïcité... Macron multiplie les signaux à gauche

Vincent Michelon
Publié le 15 avril 2022 à 17h02
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Au lendemain du 1er tour, Emmanuel Macron a indiqué qu'il "compléterait" son programme pour rassembler l'électorat en vue du second tour.
Le candidat, qui pense aux électeurs de gauche, a déjà évolué sur les retraites et l'allocation aux adultes handicapés (AAH).
Il devrait faire de nouveaux gestes dans les prochains jours.

Au premier tour, on se qualifie, au second, on élargit. Emmanuel Macron fait sienne cette stratégie électorale typique d'un scrutin présidentiel français en multipliant les signaux en direction des électeurs qu'il n'avait pas réussi à convaincre avant le 10 avril. 

Dès le lendemain du premier tour, et dans la perspective d'un second tour très serré avec Marine Le Pen, le candidat a voulu s'adresser, en particulier, aux électeurs de gauche qui ont porté leur voix sur Jean-Luc Mélenchon, le 3e homme de ce scrutin. "Je veux convaincre, je dois rassembler, compléter mon projet, avec une méthode qui ne peut pas être celle d'il y a cinq ans", a fait valoir lundi Emmanuel Macron lors d'un déplacement dans le Nord, assurant avoir "entendu le message de ceux qui ont exprimé des voix extrêmes"

Ouverture sur les retraites

Plutôt que d'énumérer d'un trait de nouvelles mesures, le candidat égrène, au fil de ses interventions et de ses déplacements, ces adaptations destinées à convaincre des électeurs qui n'adhèrent pas à certains pans de son projet. Et en particulier les électeurs de gauche. 

Pour ce faire, il a commencé avec la réforme la plus symbolique, celle des retraites. Sur ce point, Emmanuel Macron se livre depuis lundi à un exercice d'équilibriste, entre la nécessité de maintenir le cap d'une réforme qu'il porte depuis 2017, et celle de donner quelques gages à ses adversaires. Un équilibre qu'il a synthétisé vendredi lors de son passage sur France Info

"Je garantis deux choses pour les retraités", a indiqué le président sortant. "Je veux qu’on puisse augmenter toutes les retraites de 4% dès cet été et pour tous les retraités, je porte à 1100 euros" la retraite minimale, a-t-il dit, répétant ainsi les garanties déjà données. Surtout, il a confirmé une forme de clause de revoyure à l'horizon 2027, prochaine échéance présidentielle, lors de laquelle les Français pourront se déterminer sur un report de l'âge légal de départ au-delà de 64 ans. Autrement dit, Emmanuel Macron fixe l'objectif progressif de l'âge de départ à 64 ans, contre 65 ans auparavant, tout en indiquant que les discussions restent ouvertes sur ce sujet. 

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Changement de braquet sur l'AAH

Autre évolution notable, celle qui concerne l'allocation aux adultes handicapés (AAH). Alors que son gouvernement avait empêché le Parlement d'adopter une proposition de loi prévoyant la déconjugalisation de l'AAH, la jugeant contraire à la politique sociale à la française, le candidat fait aujourd'hui machine arrière. 

Réclamée par les associations de défense des personnes en situation de handicap et l'ensemble des candidats de gauche du premier tour, la mesure doit permettre de renforcer l'autonomie des personnes concernées en ne faisant plus dépendre le montant de l'AAH de leur situation familiale. 

Emmanuel Macron a ainsi annoncé, vendredi matin, qu'il allait "bouger sur l'allocation aux adultes handicapés", reconnaissant "une situation aberrante"

Muscler l'arsenal contre les violences sexuelles

Emmanuel Macron a également mentionné une autre mesure qui ne figure pas dans son programme initial, à savoir la création d'un fichier administratif qui permettrait d'identifier une personne qui aurait fait l'objet d'un dépôt de plainte ou qui aurait "un casier lié à des violences intraconjugales"

Si la mesure, rapidement critiquée vendredi par Marine Le Pen, n'apparaît pas dans les projets des candidats du premier tour, elle peut apparaître comme une volonté supplémentaire de muscler l'arsenal préventif contre les violences sexuelles et sexistes. Or les candidats, principalement à gauche, avaient multiplié les propositions dans ce sens. 

Des propositions environnementales à venir

Souvent attaqué sur son bilan environnemental, Emmanuel Macron a laissé entendre à plusieurs reprises cette semaine qu'il pourrait évoluer sur certaines propositions, tenant là encore compte du poids des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et de Yannick Jadot. 

Le candidat a confirmé vendredi que les sujets pourraient concerner la qualité de l'air et de l'eau. On sait que ces aspects ont été largement traités par les deux candidats de gauche. Reste à savoir jusqu'où il est prêt à avancer. Par exemple, Yannick Jadot avait inclus dans son projet des mesures visant à durcir et élargir les normes en matière de qualité de l'air, à traduire "le droit à l'environnement sain" dans l'ensemble des réglementations ou encore à généraliser les capteurs de CO2 et à intégrer la qualité de l'air dans les diagnostics techniques obligatoires des logements. De son côté, Jean-Luc Mélenchon promettait d'introduire une "règle bleue" pour l'eau identique à la "règle verte"  - ne pas prendre à la nature davantage qu'elle ne peut reconstituer - ou encore de créer un haut-commissariat à l'eau pour organiser une gestion publique de l'eau. 

À ce titre, Emmanuel Macron tiendra son prochain meeting ce samedi à Marseille, fief de Jean-Luc Mélenchon, où le président sortant avait tenu un discours sur l'avenir de la mer Méditerranée en septembre dernier. 

Lundi dernier, le candidat avait également cité le travail et la pauvreté parmi les pistes possibles. Des thèmes sur lesquels ses anciens concurrents de gauche ont, là encore, multiplié les propositions au cours de la campagne.


Vincent Michelon

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