À quelques jours du scrutin européen, LCI a proposé un nouveau rendez-vous politique mardi 29 mai, une semaine après avoir mis autour de la table des huit principales têtes de liste.
L'occasion pour la cellule des Vérificateurs de passer au crible plusieurs arguments avancés par ces candidats.

Dimanche 9 juin, les Français sont appelés aux urnes afin d'élire leurs députés du Parlement européen. À moins de deux semaines du scrutin, LCI a convié les huit principales têtes de listes mardi 28 mai dans l'émission "Vous avez 15 minutes" pour répondre à tour de rôle aux questions d'Amélie Carrouër et Julien Arnaud. L'occasion pour les Vérificateurs de s'attarder sur une proposition ou un argument entendu chez chacun des candidats, comme nous avons pu le faire tout au long de cette campagne.

De la légalité d'une TVA verte...

Marie Toussaint en a fait l’une de ses mesures de campagne : la mise en place d’une "TVA verte" réduite pour "les produits qui sont bons pour le climat". Ce que propose la candidate écologiste se révèle possible : abaisser la TVA en dessous des 15% réglementaires est envisageable pour certains produits et services. Cela ne relève pas toutefois d'une décision du Parlement européen, mais du Conseil de l'Union européenne, à laquelle les États membres ne sont pas obligés de se soumettre. Retrouvez tous les détails sur la légalité de cette mesure, dans notre article en collaboration avec Les Surligneurs. 

De son côté, François-Xavier Bellamy a regretté que la France livre des armes "trop lentement" et "trop tard" aux forces ukrainiennes. Le tout, dans des quantités insuffisantes. Une situation que la tête de liste des Républicains déplore, alors que la France dispose, selon l'eurodéputé, de "la 2ᵉ industrie d’exportation au monde" en matière "de défense". L’affirmation du candidat est étayée par des chiffres de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm.

 

Dans son dernier rapport, cet organisme de référence en la matière note que la France est bien devenue le deuxième plus grand pays exportateur du monde d’armement (10,9% du montant des transactions globales), derrière les États-Unis (loin devant, avec 41,7%). En pratique, les ventes françaises ont bondi de 47% sur la période 2019-2023, par rapport à la période 2014-2018. Assez pour devancer la Russie, maintient troisième.

Agriculture : qui profite vraiment des aides européennes ?Source : JT 20h Semaine

Selon Manon Aubry, tête de liste La France Insoumise, la mer Méditerranée – voie d’entrée vers le continent européen – est devenue un véritable cimetière "avec plus de 30.000 morts en 20 ans". Si le chiffre cité ici est le bon, il s’étale sur seulement dix ans. Au total, 29.805 personnes ont péri ou sont portées disparues en cherchant à traverser la mer depuis 2014, selon le projet Migrants disparus, de l’Organisation internationale pour les migrations, à partir d’"estimations minimales". Il est donc possible que ce bilan soit sous-estimé. Rien qu’en Méditerranée centrale, "plus de 17.000 décès et disparitions" ont été recensés lors des dix dernières années, faisant d’elle "la route migratoire connue la plus meurtrière au monde". 

... À la contribution française à l'UE

Marion Maréchal de Reconquête ! considère qu’il faut "baisser de 20% la contribution de la France à l’Union européenne parce qu’il y a aujourd’hui un écart de 10 milliards entre ce que nous donnons et ce que nous recevons". C’est loin d’être la première fois que l’argument est relayé à l’extrême droite et que nous nous penchons dessus. D’après un document annexé au projet de loi de finances (PLF) 2024, la France a contribué en 2022 à hauteur de 26,4 milliards d'euros au budget de l'Union européenne (UE). 

La même année, les "retours en France au titre des principales politiques communes" ont atteint un montant de 16,9 milliards d'euros. Soit 9,5 milliards d’euros supplémentaires versés par la France. Il s'agit toutefois d'une vision strictement comptable, qui ne tient pas compte de tous les avantages dont tirent profit les États membres du fait de leur intégration à l’UE.

Jordan Bardella se dit favorable à système de "doubles frontières", avec "un refoulement systématique des bateaux de migrants qui arrivent sur le sol européen". Une mesure phare du programme du candidat RN qui n’est pourtant pas conforme au droit international comme européen. Comme le rappelle notre partenaire Les Surligneurs, le principe de non-refoulement est inscrit dans la Convention relative au statut des réfugiés, à son article 33, mais aussi dans le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, via l'article 78. Une telle mesure exposerait donc la France à des sanctions de différentes institutions. 

Élections européennes : l'immigration au cœur de la campagneSource : JT 20h Semaine

Chef de file du PCF, Léon Deffontaines défend la mise en place d’un véritable protectionnisme européen. Il prend l’exemple d’une entreprise picarde nommée MetEx, qui produit un acide aminé essentiel à l’alimentation animale et à la production pharmaceutique : la lysine. Cette dernière subirait une concurrence déloyale venue de Chine, puisque le candidat assure que s’applique "0% de taxe de douane" sur la lysine asiatique. 

Cette situation est avérée : depuis 2020, un contingent tarifaire a été mis en place pour les importations de lysine. En pratique, plusieurs dizaines de milliers de tonnes peuvent arriver au sein de l’UE chaque année en bénéficiant d’une exemption de droits de douane. Notons qu’à la suite d’une plainte de MetEx, la Commission européenne a annoncé le 23 mai l'ouverture d'une enquête antidumping. Elle va porter sur les importations de lysine originaire de Chine et sur le préjudice potentiel subi dans l’UE.

.... En passant par les demandes d'asile

Pour défendre le Pacte asile et migration, voté au Parlement européen et décrié par les ONG, Valérie Hayer explique que "les demandeurs d'asile aujourd’hui vont essentiellement en France et dans quelques autres pays". À travers un mécanisme dit de "solidarité", le texte vise à répartir de manière plus égalitaire les demandeurs d’asile parmi les États membres. En cas de refus, ces derniers s’exposent alors à une amende de 20.000 euros par demandeur d’asile non accueilli. 

En 2023, les pays de l’UE ont reçu 1 million de demandes d’asile, selon Eurostat. L'Allemagne arrive largement en tête (329.035 premières demandes), suivie de l’Espagne (160.460 demandes) et enfin de la France, en troisième position (145.095 demandes). À l'inverse, des pays ne reçoivent que très peu de demandes d’asile, même en tenant compte de leur faible population. À commencer par la Hongrie, pire élève européen, qui en a seulement accueilli 30 au cours de l’année dernière. 

Raphaël Glucksmann, tête de liste PS-Place publique, a défendu la mise en place de voies d’immigration légales et de quotas d’accueil décidés au niveau européen. Visant l’extrême droite, il a dénoncé "les slogans d’estrade sur l’immigration zéro". Une référence à "madame Meloni" en Italie, qui a "fait campagne en défendant un blocus naval" censé tarir les flux d’immigration, a insisté le candidat. Le résultat ? Elle s’est heurtée au "mur de la réalité" lorsqu’elle est arrivée au pouvoir et invite désormais "450.000 travailleurs étrangers en Italie".

En octobre 2023, un décret a bel et bien entériné chez nos voisins l’accueil de 452.000 travailleurs étrangers, d'ici à 2026. Un rehaussement majeur des quotas d’immigration légale qui doit permettre de lutter contre un manque criant de main d’œuvre. L’agriculture, la pêche ou la restauration sont autant de secteurs où les entreprises italiennes peinent à recruter. Une problématique à laquelle TF1 consacrait il y a peu un reportage.

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Caroline QUEVRAIN, Thomas DESZPOT

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