Législatives 2022 : quels sont les obstacles pour le Rassemblement national ?

Publié le 28 avril 2022 à 17h57, mis à jour le 28 avril 2022 à 18h17

Source : TF1 Info

Lors des législatives, le RN de Marine Le Pen va tenter de convertir en suffrages les 13 millions de voix de la présidentielle.
Un pari incertain alors que le parti d'extrême droite n'a jamais rencontré un grand succès à ces élections.
Ce qu'expliquent deux spécialistes à TF1info.

"Nous lançons ce soir la grande bataille électorale des législatives". À peine la défaite reconnue, dimanche 24 avril au second tour de la présidentielle, Marine Le Pen a annoncé le "troisième tour". Fort de ses 13 millions d'électeurs, lui permettant d'arriver en tête dans plus de 18.500 sur 35.000 communes, le parti espère devenir la première force d'opposition à Emmanuel Macron à l'Assemblée nationale. Interrogés par TF1info, des experts spécialistes du RN expliquent pourquoi ce n'est pas gagné.

"Les législatives ne sont pas les présidentielles, la participation n'est absolument pas la même et les logiques de vote non plus. Donc il est très incertain que le capital électoral présidentiel soit reconverti tel quel", analyse le politologue Alexandre Dézé, spécialiste du FN/RN. Le taux d'abstention aux élections législatives est généralement bien plus important qu'à la présidentielle.

Si cela impacte tous les partis, le RN est particulièrement touché. "Entre la présidentielle et les législatives en 2017, le parti de Marine Le Pen a subi une forte hémorragie de ses suffrages", observe ainsi Christèle Lagier, chercheuse en science politique à l'Université d'Avignon. En région PACA sur laquelle la politologue travaille particulièrement, le Rassemblement national avait perdu, en 2017, près de la moitié de ses suffrages entre les deux scrutins.

Un mode de scrutin défavorable au RN, peu ancré territorialement

Autre difficulté, le mode de scrutin majoritaire à deux tours des législatives, toujours défavorable au FN puis au RN. "Le mode de scrutin nécessite une prime à la majorité, il a donc tendance à écraser les formations politiques", explique Christèle Lagier. Impossible alors de gagner le scrutin sans réaliser d'alliance. Or le Rassemblement national est incapable d'en faire, notamment avec des partis de droite, le front républicain ayant encore un peu de force au niveau local. 

Et même avec une autre formation politique d'extrême droite comme Reconquête!, l'entente est compliquée. En début de semaine, le Rassemblement national a rejeté toute réunion nationale avec le parti d'Eric Zemmour, promettant plutôt des alliances locales. Il faut dire que ses critiques n'avaient pas été très bien perçues. "C'est la huitième fois que la défaite frappe le nom de Le Pen", avait lâché l'ancien polémiste quelques minutes après l'annonce des résultats du second tour. "Il faut qu'il dégonfle sa tête, qui est énorme, et qu'il arrête d'insulter les gens", avait dès le lendemain répondu Louis Aliot, le maire RN de Perpignan, tandis que le président par intérim du parti, Jordan Bardella raillait une "demande en mariage tout en finesse".

Mais le Rassemblement national a surtout un problème d'ancrage territorial. Si durant la présidentielle, le parti n'a pas forcément besoin de faire campagne pour obtenir des scores élevés, la stratégie ne fonctionne pas pour les législatives. Le parti "a des endroits où il est fort électoralement, mais ce n'est pas pour ça que derrière, vous avez des structures militantes, ou des structures encadrantes très fortes pour mener une campagne sur le terrain", analyse Christèle Lagier, décrivant les législatives comme un scrutin "hybride", à la fois national mais qui se joue aussi localement. 

Pour compenser ce faible ancrage, le RN joue donc sur ses figures nationales. Sur les tracts et les affiches, le portrait de Marine Le Pen est très souvent mis en avant, permettant de contrebalancer des candidats parfois peu identifiés à l'échelle locale. De même, c'est Jordan Bardella, figure identifiée du parti, qui a lancé la campagne des législatives du RN ce jeudi dans le Var, aux côtés d'autres porte-paroles du parti présents lors de la campagne présidentielle. "Ils n'ont pas d'autres solutions. Quand vous n'avez pas de relais locaux, vous êtes obligés de nationaliser le scrutin", résume Christèle Lagier. Les scores en juin prochain diront si cette stratégie est suffisante ou non.


Aurélie LOEK

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