Le président de la République a mis fin au parcours d'Elisabeth Borne à Matignon.
La Première ministre était en poste depuis le mois de mai 2022.
Elle aura réussi à faire passer deux lois difficiles, la réforme des retraites et le projet de loi immigration, et aura résisté à près d'une trentaine de motions de censure à l'Assemblée nationale.

À sa réélection en mai 2022, Emmanuel Macron voulait une femme à Matignon. À l'époque quelques noms circulent, mais c'est finalement vers son ancienne ministre du Travail que se tourne le chef de l'État. Depuis, plusieurs fois les rumeurs ont fait état de mauvaise entente entre les deux têtes de l'exécutif, et plusieurs fois Emmanuel Macron aurait eu envie de se débarrasser de sa locataire de Matignon. Si Elisabeth Borne avait tenu bon jusque-là, ce lundi 8 janvier signe la fin de son parcours à cette fonction. 

Sur X, le président de la République a salué un travail "chaque jour exemplaire" et "au service de notre Nation". "Vous avez mis en œuvre notre projet avec le courage, l’engagement et la détermination des femmes d’État. De tout cœur, merci", a-t-il écrit. Déjà le 31 décembre dans ses vœux aux Français, il avait pris soin de remercier "tout particulièrement" l'action de sa Première ministre et de son gouvernement pour leur travail en 2023. Un signe avant-coureur de sa décision, selon certains observateurs.

En acceptant la démission d'Elisabeth Borne, le président de la République met à exécution son envie d'ouvrir un "nouveau cap" pour cette année 2024, et de définitivement tourner la page de la première phase de son quinquennat, qui lui a permis de faire adopter des réformes importantes, retraites et immigration, notamment grâce à Elisabeth Borne.

La négociatrice en cheffe de la loi immigration

En mars 2023 au moment de la réforme des retraites, elle résiste à la protestation et à la grogne parlementaire. Après le déclenchement d'un énième 49.3 à l'Assemblée nationale - elle est la Première ministre à l'avoir le plus utilisé à l'exception de Michel Rocard -  l'opposition échoue à faire démissionner son gouvernement en n'adoptant pas la motion de censure déposée par le groupe Liot… à 9 voix près. Plus récemment, c'est grâce à elle qu'Emmanuel Macron a réussi à faire adopter sa très décriée loi immigration. Après l'échec du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin à recueillir le soutien de la droite et l'adoption d'une motion de rejet, c'est elle qui prend en charge les négociations avec LR et fait aboutir la commission mixte paritaire à un accord, puis à un vote favorable à l'Assemblée nationale grâce aux voix du Rassemblement national.

Déjà donnée partante l'été dernier, Elisabeth Borne s'était battue pour faire respecter son travail et défendre sa place, notamment face aux velléités du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Au mois d'août, à la dernière minute elle s'était invitée à la réunion de rentrée du locataire de Beauvau à Tourcoing où elle avait multiplié les appels à "l'unité" de la majorité pour calmer ses ardeurs. "Le temps devant nous doit être entièrement consacré à l'action et à un travail de fond intense pour produire des résultats" afin de combattre "les populistes et les extrêmes en leur laissant leurs recettes démagogiques", disait-elle, défendant notamment sa politique sociale critiquée par le ministre de l'Intérieur. 

Ces dernières semaines la Première ministre avait continué de se battre, disant avoir "le sentiment du devoir accompli" après l'adoption du projet de loi immigration. 

Victime de son impopularité ?

La Première ministre a également payé l'érosion de sa popularité. Selon deux sondages publiés jeudi dernier, deux tiers des Français demandaient le départ d'Elisabeth Borne de son poste de Première ministre. "Jamais, ils n'avaient été aussi nombreux à vouloir se séparer d'elle", assuraient les auteurs de l'étude Odoxa. "Elisabeth Borne n'a jamais réussi à incarner une marque propre. Elle n'est identifiée qu'au 49.3 dans l'opinion", disaient ceux de l'institut Elabe. 

Dans sa lettre de démission envoyée au chef de l'État, Elisabeth Borne prend soin de préciser que quitter Matignon n'était pas sa volonté. "Vous m'avez fait part de votre volonté de nommer un nouveau Premier ministre", écrit-elle, ajoutant plus loin qu'elle a été poussée à "présenter la démission de [son] gouvernement". Après 1 an, 7 mois et 20 jours de bons et loyaux services.


Justine FAURE

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