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Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen partisans d'un élargissement "sans limites" de l'UE ?

Publié le 9 avril 2024 à 17h31

Source : Sujet TF1 Info

Alors que se profilent les élections européennes, la question des futures adhésions à l'UE est posée.
Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen font l'objet de critiques : ils sont accusés de prôner un élargissement "sans limites" de l'Union.
Les deux dirigeants sont bel et bien défenseurs d'une plus grande ouverture de l'UE, même s'il est abusif de laisser entendre qu'aucune restriction ne serait souhaitée.

Avec le départ du Royaume-Uni, l'Union européenne a perdu l'un de ses États-membres, passant de 28 à 27. Un rétrécissement inédit, puisque l'union politico-économique du Vieux continent avait jusque-là connu uniquement un mouvement de croissance. À quelques semaines des élections européennes, on constate que la question d'un élargissement de l'UE revient au cœur des débats, les opposants au "fédéralisme" cherchant à freiner de futures adhésions.

"Nous nous opposons à l'entrée des Balkans et de la Turquie dans l'UE voulue par Ursula von der Leyen !", lance sur ses réseaux sociaux le Rassemblement national. Dans le même temps, le site "L'Europe sans eux", conçu pour soutenir Jordan Bardella, dénonce une "fuite en avant des technocrates", promoteurs d'un "élargissement sans limites de l'UE". Emmanuel Macron est pointé du doigt, associé à la présidente de la Commission européenne.

Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen incarnent aux yeux du RN une Europe "fédéraliste", favorable à un élargissement massif.
Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen incarnent aux yeux du RN une Europe "fédéraliste", favorable à un élargissement massif. - Capture écran X

Emmanuel Macron s'est converti à l'élargissement

Cela fait désormais plus de dix ans que l'UE n'a pas accueilli de nouveau membre en son sein. Depuis la Croatie, le 1er juillet 2013, aucune nouvelle intégration n'a en effet été officialisée, bien qu'une série d'États soient engagés dans des processus d'adhésion. Aujourd'hui, les pays qui se sont vu attribuer un statut officiel de candidats sont au nombre de 9  :

  1. L'Albanie
  2. La Bosnie-Herzégovine
  3. La Géorgie
  4. La Moldavie
  5. Le Monténégro
  6. La Macédoine du Nord
  7. La Serbie
  8. La Turquie
  9. L'Ukraine

Le fait que ces pays soient candidats ne signifie pas qu'ils iront au bout du processus. Avant une éventuelle intégration à l'UE, ils doivent apporter une série de garanties et prouver notamment qu'ils disposent "d’institutions stables garantissant la démocratie, la primauté du droit, les droits de l'homme, ainsi que la protection des minorités". Dans le même temps, il est indispensable qu'ils affichent "une économie de marché viable et de la capacité à faire face à la pression concurrentielle du marché de l’UE". Enfin, ils sont évalués quant à leur "capacité d’assumer les obligations découlant de l’adhésion à l’UE, notamment de mettre en œuvre l’ensemble du droit de l’Union et d’adhérer à ses objectifs". 

À travers l'Europe, Emmanuel Macron fait aujourd'hui partie des partisans d'un élargissement. Le président de la République plaide entre autres pour que les pays des Balkans complètent la liste des États membres. L'UE ? "Oui, elle doit s’élargir. Oui, elle doit être repensée", a-t-il lancé en mai 2023. "C’est le seul moyen de répondre à l’attente légitime des Balkans occidentaux […] qui doivent entrer dans l’Union européenne." Un revirement, soulignait alors France Info, puisque le pensionnaire de l'Élysée affichait d'importantes réserves quelques années auparavant. Avec les Balkans, l’objectif n’était pas à ses yeux de conduire "un processus d’élargissement". C’est un "choix d’investissement en matière économique, éducative, linguistique dans ces pays", estimait en 2019 Emmanuel Macron.

La guerre en Ukraine a "renforcé l'idée qu'il fallait arrimer les Balkans à l'Europe", a confié à France Culture un diplomate français. Ce que confirme le site d'information gouvernemental "Vie publique". Après "une décennie de stagnation, l'élargissement est devenu une priorité stratégique pour l'UE", note-t-il. "La guerre menée par la Russie en Ukraine a poussé plusieurs pays d’Europe de l’Est à rejoindre le projet européen et a relancé le processus d’adhésion des Balkans occidentaux, bloqué depuis plus de dix ans."

Les obstacles à l'élargissement de l'UE sont légion

Si la France fait aujourd'hui partie des nations qui militent pour un élargissement de l'UE, on observe que Paris tient un discours en accord avec celui de la Commission européenne. Le site de la représentation belge cite en effet des déclarations de la présidente Ursula von der Leyen, pour le moins explicites. "L'élargissement est une politique vitale pour l'Union européenne", soutient-elle. "L'achèvement de notre Union est l'appel de l'histoire", son "horizon naturel". Et d'ajouter que "les élargissements passés ont montré les énormes avantages qu'ils procurent tant aux pays candidats qu'à l'UE. Nous sommes tous gagnants."

Reste à savoir si les candidats à l'intégration seront en mesure de répondre aux exigences des "critères d’adhésion", que l'on nomme souvent les "critères de Copenhague". Outre les exigences sur le plan démocratiques (indépendance de la justice, lutte contre la corruption...), les États doivent aussi répondre à des critères économiques, afin d'éviter que leur adhésion ne vienne déstabiliser le marché commun. Un sujet sensible, puisque le niveau de vie dans les pays désireux de rejoindre l'UE se révèle très nettement inférieur à celui observé en moyenne à l'échelle des 27. 

Lorsque l'on s'intéresse au montant du salaire minimum en Moldavie, on découvre qu'il avoisine les 260 euros. À peine plus qu'en Ukraine, où il est proche des 200 euros. Des sommes faibles, qui font écho à celles observées en Albanie : le Smic local y est en effet fixé à 385 euros. Des écarts qui pourraient poser problème. "Quelque élargissement que ce soit supposera une réforme en profondeur de nos règles", a ainsi estimé Emmanuel Macron en décembre dernier.

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Thomas DESZPOT

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