"Emmerder les non-vaccinés" : Emmanuel Macron regoûte déjà aux petites phrases polémiques

J.F avec AFP
Publié le 5 janvier 2022 à 16h12
Emmanuel Macron

Emmanuel Macron

Source : STEPHANE DE SAKUTIN / POOL / AFP

RÉTROPÉDALAGE - Il y a trois semaines sur TF1 et LCI, Emmanuel Macron regrettait d'avoir prononcé certaines petites phrases "blessantes". Une position vite oubliée à la lecture de son interview dans "Le Parisien" ce mercredi, dans laquelle il dit avoir "très envie" d'"emmerder" les non-vaccinés.

Il avait pourtant assuré qu'on ne l'y reprendrait plus. Le 16 décembre dernier sur TF1, le président de la République avait regretté un certain nombre de petites phrases prononcées au cours des 18 premiers mois de son quinquennat, de son propre aveux "blessantes". Les redirait-il de la même manière aujourd'hui ? "Certainement pas", avait-il répondu, ne formulant pas pour autant un vrai mea culpa. 

"Il y a des mots qui peuvent blesser et je pense que ce n’est jamais bon et même inacceptable. Le respect fait partie de la vie politique et donc j'ai appris", avait-il déclaré, se montrant toutefois toujours convaincu qu'il fallait "bousculer le système". Des phrases prononcés il y a à peine trois semaines et qui semblent très loin au regard de celles tenues dans Le Parisien daté de ce mercredi 5 janvier. 

"Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Et donc on va continuer de le faire, jusqu’au bout. C’est ça, la stratégie", a affirmé le chef de l'Etat. Une déclaration qui n'a pas manqué de faire polémique et qui vient s'ajouter à une liste déjà longue. 

La France, nation du "Gaulois réfractaire"

Cela a commencé tôt, dès le 3 juin 2017 lors d'un déplacement dans un centre de sauvetage du Morbihan. "Le Kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c'est différent", plaisante-t-il en référence aux frêles embarcations de Mayotte parfois utilisées par des migrants. Le 29 juin 2017, lors de l'inauguration d'un incubateur de start-up dans l'ancienne Halle Freyssinet à Paris, le président de la République  s'épand sur les gares. "Une gare, c'est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien", déclare-t-il. 

Deux mois plus tard, le 24 août 2017 devant la communauté française de Bucarest, il estime que "la France n'est pas un pays réformable. Beaucoup ont essayé et n'y ont pas réussi, car les Français détestent les réformes". Dans la même veine, en visite au Danemark le 29 août 2018, il dit son admiration pour le modèle danois de "flexisécurité", et déplore ironiquement, par opposition, "le Gaulois réfractaire au changement !"

Le 8 septembre 2017, à quelques jours d'une mobilisation contre la réforme du Code du travail, il clame : "Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes". Le 4 octobre 2017, lors d'un déplacement en Corrèze, en s'adressant à un responsable local et visant une délégation CGT qui accompagnait  des salariés licenciés de l'équipementier automobile GM&S, il ironise. "Certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d'aller regarder s'ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas", lâche Emmanuel Macron.

Traverser la rue pour trouver un emploi

Dans une vidéo publiée le 12 juin 2018 par ses services sur son compte Twitter, il regrette qu'on mette "un pognon de dingue dans les minima sociaux" et que "les gens pauvres restent pauvres". "On doit avoir un truc qui permet aux gens de s'en sortir". Le 15 septembre 2018, Emmanuel Macron suggère à un jeune horticulteur au chômage qu'il rencontre lors des Journées du patrimoine de chercher un emploi dans "l'hôtellerie, les cafés et la restauration" ou "le bâtiment". Un emploi, "je traverse la rue, je vous en trouve !", assure-t-il. 

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Le 15 janvier 2019, jour du lancement du grand débat né du mouvement des Gilets jaunes, le chef de l'État déclare vouloir "responsabiliser" les personnes en situation de pauvreté car "il y en a qui font bien" et d'autres "qui déconnent". Toujours autour du mouvement des Gilets jaunes, le 23 mars 2019 à Nice, une septuagénaire militante d'Attac est grièvement blessée pendant une charge policière pour disperser une manifestation interdite. Deux jours après les faits, Emmanuel Macron lui souhaite un "prompt rétablissement, et peut-être une forme de sagesse". "Quand on est fragile, qu'on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci", estime-t-il alors dans Nice Matin.

Il n'a donc fallu qu'un peu moins de trois semaines pour voir la bonne résolution évoquée lors du grand entretien sur TF1 connaître sa première entorse. 


J.F avec AFP

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