Les critiques contre les zones à faibles émissions (ZFE) se multiplient de la part des élus de gauche, le leader communiste Fabien Roussel et la cheffe des écologistes Marine Tondelier en tête.
Ils réclament la suspension de leur entrée en vigueur dans plusieurs agglomérations ou des moratoires à leur sujet.
Ils estiment qu'elles pénalisent les plus pauvres, qui n'ont pas les moyens de se passer de leur véhicule ou d'en acheter un moins polluant.

Ce mercredi 1er mars, c'est au tour de la métropole de Rouen de mettre en place sa ZFE, acronyme de zone à faibles émissions. Créées pour améliorer la qualité de l'air dans les grandes villes, ces dernières interdisent la circulation et le stationnement des véhicules les plus polluants dans leur périmètre. Plus de dix agglomérations sont aujourd'hui concernées, elles seront plus de quarante d'ici à 2025. Ayant a priori tout pour plaire aux écologistes et à la gauche en général, ces ZFE sont pourtant critiquées dans ce camp politique ces derniers jours.

Ce mardi 28 février, trois députés LFI des Bouches-du-Rhône, dont le leader du mouvement Manuel Bompard et une eurodéputée ont écrit à la présidente de la métropole de Marseille pour demander la suspension de la ZFE dans la cité phocéenne. S'ils reconnaissent que l'intention est "louable", ils estiment qu'il "est tout simplement impossible pour la plupart des Marseillais.es et personnes circulant dans cette zone d'acheter un véhicule récent, au coût plus élevé"

Aussi, "il est très difficile de se passer de son véhicule individuel dans une ville aussi sous-dotée en transports en commun que Marseille", constatent-ils. Selon eux, le problème est "pris à l'envers" : avant de réduire la pollution, il faut "réduire au maximum le besoin aux véhicules particuliers"

Une "bombe sociale" qui "pénalise les plus pauvres"

Lundi, le chef des communistes Fabien Roussel appelait à "revenir en arrière" sur cette mesure, estimant qu'il s'agissait d'une "bombe sociale" qui "pénalise les plus pauvres""Il y a aujourd'hui dix millions d'automobilistes qui ont des véhicules Crit'air 3 4 5 qui vont être interdits de se déplacer", s'indignait-il sur franceinfo lundi. "Il faut un moratoire, il faut déplacer ces ZFE, il faut les décaler dans le temps." 

"On a besoin de pouvoir additionner la réponse aux urgences sociales et la réponse aux urgences climatiques, on a besoin de mettre les richesses que nous avons au service du développement humain, au service de l'écologie pour tous et pas d'une écologie punitive", continuait Fabien Roussel, appelant d'abord le gouvernement à "permettre aux Français d'acheter des véhicules électriques pas chers".

Dans sa foulée, c'est la secrétaire nationale d'Europe Écologie-Les Verts Marine Tondelier qui avait critiqué ce dispositif. "Les mesures écologiques, ça ne marche pas quand c’est imposé d’en haut, ça ne marche pas quand ce n’est pas concerté avec la population, ça ne marche pas quand c’est injuste socialement. Et dans les ZFE, on a eu malheureusement la combinaison des trois", déclarait-elle mardi sur France 2. "L’État donne le principe et demande aux villes de se débrouiller", avait-elle déploré, jugeant nécessaire de "prendre son temps" pour déployer le dispositif.

Une entrée en vigueur assouplie à Lyon

Le 14 février, le président EELV de la métropole de Lyon Bruno Bernard avait annoncé "l'assouplissement" du calendrier de la mise en place de la ZFE de l'agglomération et "la remise à plat" de son projet d'extension, en reconnaissant un "besoin d'une acceptabilité du plus grand nombre, du milieu économique jusqu'aux maires et citoyens". Comme prévu initialement "l'interdiction des véhicules particuliers Crit'Air 4 et 3 sera effective au 1er janvier 2024 et 1er janvier 2025. En revanche, les Crit'Air 2, qui étaient normalement exclus du périmètre central au 1er janvier 2026, pourront encore rouler jusqu'au 1er janvier 2028", avait-il expliqué.

Interrogée ce mercredi 1er mars sur les réticences de ces élus de gauche aux ZFE, la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher a répondu : "Vous ne pouvez pas à la fois demander à être maître du jeu sur le fonctionnement de votre agglomération, prendre des règles qui imposent aux Français à telle date de ne plus pouvoir circuler avec une voiture Crit'air 3 et ensuite vous rouler par terre en disant que c'est la faute du gouvernement." 

Elle a dédouané le gouvernement de ces critiques ou des reports pris par certaines métropoles. "Nous, ce que nous avons fait, c'est poser le cadre qui permette d'avoir des zones de faible émission. Ce sont les collectivités locales qui décident de la localisation des ZFE (…) quels sont les véhicules concernés et à quel rythme, Crit'air 3, 4, 5, on rentre dans la zone à faible émission, et comment on organise des dérogations. Ça, c'est le travail des collectivités locales."


Justine FAURE

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