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Est-il vrai que "le taux de pauvreté ne s'est pas aggravé" durant l'épidémie ?

Publié le 27 octobre 2022 à 16h25
JT Perso

Source : JT 20h WE

Emmanuel Macron s'est félicité d'avoir protégé les plus fragiles des conséquences du Covid-19.
Sur France 2, le chef de l'État a rappelé ce mercredi que "le taux de pauvreté ne s'est pas aggravé" pendant la crise.
C'est vrai, mais cet indicateur ne reflète pas à lui seul la réalité de la pauvreté en France.

Entre un appel à travailler plus et un autre à travailler plus longtemps, Emmanuel Macron a voulu rappeler, mercredi 26 octobre sur France 2, que le modèle social français, qui "protège plus que les copains", s'appuie sur l'emploi. Évoquant le "bateau" français qui "traverse la tempête", le chef de l'État s'est ainsi félicité d'un système qui permet de "protéger les plus faibles et aider l'industrie" face aux crises. Et de prendre en exemple la crise du Covid-19, pendant laquelle "le taux de pauvreté ne s'est pas aggravé". Un argument que nous avons voulu vérifier.

Pour en avoir le cœur net, il faut se tourner vers les statistiques de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Or, dans sa première estimation du taux de pauvreté pour 2020, publiée le 3 novembre 2021, l'organisme estimait que "14,6 % des personnes seraient en dessous du seuil de pauvreté en France". Soit un taux "stable" par rapport à 2019 (14,6%). Un diagnostic que l'institut "maintient" dans une très récente publication. Pourtant, du propre aveu de l'Insee, la mesure de la pauvreté fut "compliquée par la crise sanitaire". "Les conditions de collecte ont été dégradées par les restrictions de déplacement et la multiplicité des dispositifs financiers de soutien a compliqué la mesure des revenus", explique ainsi l'Insee dans une publication mise en ligne le 14 octobre dernier. Reste que l'institut assure que "les enquêtes s'accordent sur le fait que la pauvreté n'a pas augmenté en 2020 en dépit de l'ampleur de la crise et que les mesures de soutien aux ménages ont fortement contribué à contenir la hausse de la pauvreté".

Près de 1,4 million de personnes ne seraient pas comptabilisées par l'Insee

Une conclusion qui peut étonner, tant la presse s'est fait l'écho du "million de pauvres" créés par la crise économique engendrée par l'épidémie. Alors, associations et médias étaient-ils alarmistes ? En réalité, les choses sont plus nuancées. Car la méthodologie de l'Insee a plusieurs limites. Dans une note sur la question, son directeur général, Jean-Luc Tavernier, rappelle que ces évaluations oublient certains publics. Pour réaliser ses calculs, l'organisme s'appuie en effet sur les déclarations de revenus des ménages qu'il qualifie d'"ordinaire". Ce qui exclut de facto "les personnes qui vivent en communautés", comme les résidents de prisons, de maisons de retraite et de résidences étudiantes. Soit, un public particulièrement touché par la crise sanitaire. Cette évaluation ne prend pas non plus en compte les personnes sans domicile ou ceux dont les revenus ne sont pas déclarés, notamment ceux issus du travail dissimulé ou de l'économie informelle. En tout, près de 1,4 million de personnes ne seraient pas comptabilisées par l'Insee dans son périmètre d'analyse. Et il s'agit précisément des personnes qui ont été le plus touchées par l'épidémie, car oubliées des dispositifs de chômage partiel. 

C'est pourquoi, comme le reconnait le directeur général lui-même dans cette note, "un seul indicateur ne peut pas à lui seul rendre compte d'une réalité sociale ou économique comme la pauvreté". Et de proposer de regarder d'autres statistiques. Celles du recours à l'aide alimentaire et les inscriptions auprès des associations caritatives. Des chiffres particulièrement éloquents. Ils font état d'une augmentation de 11% des volumes d'aide alimentaire pour 2020 et de 7% des inscriptions, précise l'Insee. 

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En résumé, si l'étude de l'institut chargé de la statistique montre effectivement que le "taux de pauvreté" ne s'est pas aggravé, ce seul indicateur ne prouve pas que la crise sanitaire n'a pas eu d'impact sur l'aggravation de la pauvreté. Elle a notamment touché des populations oubliées des aides publiques et passées sous le radar des statistiques. 

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Felicia SIDERIS

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