Face aux mauvais sondages, une partie de la majorité est tentée d’enjamber le scrutin du 9 juin et avance déjà ses pions pour l’après. Au point d’obliger l’Élysée à rappeler le calendrier à certains.

Peut-être aurait-il fallu attendre un peu avant d’envoyer son sésame... La semaine dernière, Aurore Bergé a fait parvenir aux députés Renaissance une invitation : rendez-vous le 11 juin pour une soirée d’échanges au ministère de l’égalité femmes-hommes. Deux jours après les élections européennes, l’occasion aussi d’évoquer les résultats du scrutin et "tirer ensemble les leçons qui s’imposent", croient savoir plusieurs convives. 

La réception tombe au plus mauvais moment alors que la tête de liste de la majorité Valérie Hayer enregistre ses pires intentions de vote – 15,5% selon la dernière mouture de sondage quotidien IFOP-Fiducial pour LCI. "Et pourquoi pas dire qu’on a perdu et se mettre les doigts de pied en éventail jusqu’au 9 juin ?", s’emporte-t-on à la direction du parti. Simple "hasard" des agendas, insiste-t-on dans l’entourage de la ministre. Il n’empêche que l’invitation, révélée par Politico, s’inscrit dans la droite lignée d’une série de sorties ces derniers jours au sein de la majorité se projetant déjà sur l’après-9 juin.

Comme souvent en macronie, c’est François Bayrou qui a donné le premier coup de canon. "Je plaide pour qu’à partir du 10 juin, on dessine un paysage politique nouveau", a annoncé le patron du MoDem dimanche sur France Inter. Un changement de Premier ministre ? De nouvelles alliances ? "Je n’irai pas plus loin", élude-t-il. Avant que Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée Nationale, n’enfonce le clou dès le lendemain matin. "On ne pourra pas faire comme si de rien n’était, […] il faudra entendre ce que nous diront les Français et en tirer des leçons", concède-t-elle sur RTL.

Au risque de donner l’impression d’un résultat déjà plié. Et de s’attirer le courroux d’Emmanuel Macron, qui goûte peu ce défaitisme ambiant. Comme le rapporte L’Opinion, le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, a entamé lundi la traditionnelle réunion de coordination par un rappel à l’ordre. À ceux tentés de jouer à la marelle avec le scrutin européen, merci de "faire plutôt que de commenter" ! Message répété le soir même par le patron du parti présidentiel Stéphane Séjourné lors d’un comité de campagne, selon nos informations. "On pourra se dire ce que l’on veut après le 9 juin, mais d’ici là, il faut éviter les expressions individuelles", a-t-il martelé en substance, d’après plusieurs participants.

"Si, même nous, on ne donne pas l’impression d’y croire encore, comment voulez-vous qu’il y ait un sursaut chez nos électeurs ?", regrette un membre du gouvernement. "Beaucoup de nos électeurs se disent déjà que les jeux sont faits, abonde une ministre. Il y a une forme de fatigue, une lassitude, voire de la résignation de leur part et c’est notre rôle d’essayer de la déjouer."

Dans les ministères, les spéculations vont pourtant bon train à moins de deux semaines des élections européennes : quelles conséquences pour le gouvernement en cas d’écart trop important avec le Rassemblement National ? Quid de l’hypothèse où Raphaël Glucksmann, qui talonne aujourd’hui Valérie Hayer dans les sondages, finirait par lui ravir la 2ᵉ place le 9 juin ? "Tout dépend de l’ampleur de la débâcle et du score de la droite, mais il y a un créneau pour envisager un contrat de gouvernement avec Les Républicains pour ne pas souffrir pendant les trois prochaines années", anticipe un ministre de premier plan. 

En coulisses, le nom de Gérard Larcher revient régulièrement pour reprendre Matignon en cas d’accord. Le président du Sénat ne dit pas non, il ne dit pas oui non plus. "On n’a aucune garantie que cela nous rapportera ne serait-ce qu’une quarantaine de LR et qu’on ne perdrait aucune voix chez nous, c’est au mieux un jeu à somme nulle", nuance un membre du gouvernement pourtant issu de l’aile droite. Le 9 juin, tout (re)commence pour la majorité, mais gare à ne pas le dire trop tôt à haute voix.


E.B Matthieu DESMOULINS

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