Faux débat sur l'identité et foot business : pourquoi le FN a du mal avec les Bleus

Publié le 11 juin 2016 à 12h11
Faux débat sur l'identité et foot business : pourquoi le FN a du mal avec les Bleus

FOOT - Selon notre sondage exclusif Ifop-metronews, les électeurs FN sont encore plus nombreux que le reste des Français à n'éprouver aucune sympathie pour l'équipe de France (et le monde du foot). Ils rejoignent ainsi les dirigeants du parti, dont certains ne cachent pas leur désintérêt pour le ballon rond. Pourtant, les lignes ont bougé depuis les provocations de Jean-Marie Le Pen lors du Mondial 1998.

Entre le Front national et le foot français, c'est une longue et tortueuse histoire qui peine à se "normaliser". Alors que la France a entamé son Euro 2016 par une victoire ce vendredi, l'état-major du parti de Marine Le Pen témoigne d'un enthousiasme mitigé. Sur Twitter, bien peu d'entre eux ont partagé l'enthousiasme commun lors de la victoire des Bleus.

"J'espère que l'équipe de France ira le plus loin possible, même si je préfère le sport automobile", confie ainsi le sénateur du Var David Rachline, un des seuls, avec Gilbert Collard, à avoir salué la victoire des hommes de Didier Deschamps .

 

Florian Philippot s'intéresse-t-il au foot ? "Je vais être honnête, moyennement", répond sans ambages le numéro 2 du FN, qui n'a toutefois pas l'occasion de saluer les Réunionnais, samedi 11 juin sur LCI, après le match splandide de Dimitri Payet.  Marion Maréchal-Le Pen, députée du Vaucluse , "s'en fout". Quant à Marine Le Pen, elle confie  sur son blog  n'avoir "pas d'attirance pour le football. Plus précisément pour le football professionnel, son étalage indécent d'argent, ses scandales à répétition, sa corruption endémique", dit-elle, en référence aux récentes affaires qui ont écorné le football mondial.

"Détourner le peuple de ses problèmes"

Le foot n'est pas vraiment une passion chez les Le Pen. C'est même un objet de méfiance. Dans sa dernière vidéo, l'ancien président du FN, Jean-Marie Le Pen, balaye ainsi le sujet : "Nous allons avoir du football ad nauseam. Ces manifestations ont, sinon pour but, de moins pour conséquence, de détourner le peuple de ses problèmes ".

Sur ce point, les responsables FN sont plutôt raccord avec leur électorat. Selon  notre sondage exclusif Ifop-metronews , les électeurs de Marine Le Pen figurent parmi les plus circonspects vis-à-vis de l'équipe de France de foot. 61% d'entre eux n'éprouvent pas de sympathie à l'égard des Bleus, soit 9 points de plus que l'ensemble des Français. En outre, 56% des électeurs FN ne suivront pas les matches des Bleus durant l'Euro, contre 48% pour l'ensemble de la population. Enfin, les sympathisants de Marine Le Pen sont 73% à ne ressentir aucun intérêt pour le foot, légèrement au-dessus de la moyenne nationale (70%).

La France blanc-black-beur dans le viseur

Les électeurs FN ont-ils un problème particulier avec les Bleus ? "Il faut rester prudent", prévient Frédéric Dabi, le directeur général adjoint de l'Ifop. "Sur notre échantillon de 1000 sondés, une centaine sont des électeurs FN. Il y a donc une marge d'erreur". Toutefois, estime le sondeur, "il existe bien un passif entre le FN et l'équipe de France qui remonte à Jean-Marie Le Pen et ses propos contre la France black-blanc-beur. Malgré la dédiabolisation, cela se ressent encore chez les électeurs."

De quoi s'agit-il ? Lors du Mondial 1998, remporté par la France sur son sol, Jean-Marie Le Pen avait été le seul responsable politique à se dissocier de la concorde populaire autour de cette France "black-blanc-beur" victorieuse. Son problème : la composition de l'équipe… précisément black-blanc-beur. "C'est un peu artificiel de faire venir des joueurs de l'étranger et de les baptiser équipe de France", lâchait-il ainsi dès 1996, faisant mine d'ignorer qu'ils étaient Français. 


Depuis l'éviction du fondateur du FN, et sur fond de "normalisation" politique, le discours sur le foot a (un peu) changé. Plus question d'évoquer des statistiques ethniques chez les joueurs. "On se moque des origines", assure à metronews Eric Domard, le conseiller spécial de Marine Le Pen, chargé des questions sportives. "Le seul critère qui importe, c'est le critère sportif et la capacité à se fondre dans le collectif." Malgré son indifférence assumée, Marine Le Pen "souhaite" même une victoire des Bleus le 10 juillet : "Qu'ils soient dignes du maillot qu'ils portent et les Français seront fiers de les soutenir". Plus question, pour le FN, de s'exclure de ce moment de communion nationale dont Jean-Marie Le Pen n'avait que faire.

Retourne dans ton pays

Au FN, on préfère désormais demander aux joueurs d'être des "patriotes". Sur son blog, Marine Le Pen estime que ces derniers seront jugés sur "l'attitude et le comportement". Une allusion au "fiasco de Knysna", cette "affaire du bus" en mondiovision qui avait ruiné l'image des Bleus lors du Mondial 2010 en Afrique du Sud. Une allusion, aussi, aux propos récents de Karim Benzema, qui a assimilé sa non-sélection à une pression "raciste" qui aurait dicté le choix de Didier Deschamps. Des propos qui lui ont valu une pluie de critiques de l'ensemble de classe politique et notamment du FN, où le joueur est accusé de "communautarisme".

Toutefois, Marion Maréchal-Le Pen est allée plus loin. Fustigeant, à l'instar du député du Gard Gilbert Collard, la binationalité franco-algérienne revendiquée par le joueur, elle lui a conseillé d'aller "jouer dans son pays s'il n'est pas content".


Des propos que Jean-Marie Le Pen n'aurait pas forcément désavoués. Quant à la France "black-blanc-beur" honnie à l'époque par le fondateur du FN… elle l'est toujours par les responsables actuels. "Le black-blanc-beur, c'est un mythe grotesque et profondément malsain qui a volé en éclat dès que l'équipe de France a perdu en 2002", assène Eric Domard, au diapason de Marine Le Pen. "C'est une façon de racialiser les débats sportifs, de tout ramener aux origines des joueurs."

En somme, le parti de Marine Le Pen accuse aujourd'hui les antiracistes de faire… du Jean-Marie Le Pen. Quant au FN, la liste de ses communiqués traduit ses principaux centres d'intérêt footballistiques : le PSG propriété du Qatar, la Coupe du monde 2022 au Qatar, le port du voile dans le foot ou encore  l'hymne en anglais de l'équipe de France pour l'Euro 2016 . Au FN, le foot est un objet politique avant tout.

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Vincent MICHELON

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