"La culture pour tous" : le style Dati à l'épreuve du gouvernement Attal

Publié le 12 janvier 2024 à 14h17

Source : TF1 Info

Surprise du premier gouvernement de Gabriel Attal, Rachida Dati a pris ce vendredi les commandes du ministère de la Culture.
En prenant la succession de Rima Abdul-Malak, elle a répondu aux critiques virulentes sur sa nomination.
Elle a également donné un aperçu de la manière dont elle voulait mener son action en défendant une culture accessible à tous.

Personne ne l’attendait là. Garde des sceaux sous le mandat de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2009, Rachida Dati retrouve un poste ministériel en succédant à Rima Abdul-Malak rue de Valois. "Je comprends qu’elle puisse surprendre cette nomination. Moi, elle ne me surprend pas", a-t-elle lancé durant la passation de pouvoirs, la plus scrutée de toutes ce vendredi.

"Elle répond à un véritable besoin. Le besoin de la France, que souvent on dit 'populaire' parfois avec un petit peu mépris, mais qui doit se sentir représentée", a-t-elle ironisé. Sa réponse aux critiques virulentes dont elle fait l’objet – à droite comme à gauche – au cours d’un discours destiné à dresser les grandes lignes de son action à venir.

Une culture populaire avant tout...

Rachida Dati a débuté son intervention en paraphrasant l’écrivain André Malraux, le créateur de son nouveau poste sous De Gaulle en 1945 : "Le ministre de la Culture a pour mission de rendre accessible au plus grand nombre les œuvres capitales de l’Humanité et d’abord de la France". Un bon résumé d'un discours au cours duquel elle a mis en avant son profil de femme d'action. "J'aime me battre, n'ayez pas peur", a-t-elle notamment lâché.

"Je veux rendre la culture encore plus présente", a insisté la nouvelle ministre. "Dans toutes les villes, toutes les régions. Dans tous les territoires. Il nous faut bâtir une nouvelle culture populaire pour tous (...) Des quartiers à la ruralité, en liaison étroite avec les collectivités territoriales", a-t-elle précisé. Une façon aussi de se défaire de son étiquette d’élue de Paris à l’heure où beaucoup voient dans sa nomination une manière de se placer en vue des municipales de 2026.

... et une arme contre la radicalisation

Rachida Dati s’est inscrite dans le discours des vœux d’Emmanuel Macron, reprenant l’expression de "réarmement de la France", également utilisé la veille par Gabriel Attal. Pour elle, la culture "participe de la défense des valeurs auxquelles nous tenons. J’ai trop vu de jeunes se couper de tout. Ne plus vouloir regarder la télévision, ne plus vouloir regarder des films, ne plus vouloir lire. Ne plus vouloir écouter de la musique", a-t-elle déploré.

Un travail qu’elle entend mener avec la ministre de l’Éducation nationale, Amélie Oudéa-Castéra. "C’est un combat de tous les jours dans un monde où les défis sont nombreux", a-t-elle insisté. "Je ne mentionnerais pas ici la radicalisation, le communautarisme, le séparatisme. On voit où tout cela peut mener." Des propos qui rappellent d'où elle vient sur l'échiquier politique, quand bien même le patron des Républicains Eric Ciotti vient de lui montrer la porte.

Une femme de symboles

Tout le monde cherche à les opposer ? Dans son discours, Rachida Dati s’est employée à souligner tout ce qui la rapproche de Rima Abdul-Malak, issue comme elle de la diversité et de "l'exception culturelle". "Je sais personnellement, c’est pour ça que ça surprend, ce que je dois à la culture française", a-t-elle insisté en prenant celle qui lui a précédé à témoin. "Une liberté de pensée, notamment pour les femmes. Une liberté de parler, notamment pour les femmes. Une liberté de créer, notamment pour les femmes. Et une liberté de diffuser, aussi pour les femmes".

Hasard ou pas, ces propos interviennent à l'heure où le cinéma français fait (enfin) son #MeToo suite à l’affaire Depardieu. Un sujet de crispation entre Rima Abdul-Malak et le chef de l’État puisque ce dernier lui avait publiquement reproché de s’être un peu trop avancée en évoquant l’ouverture d’une procédure de destitution de la Légion d’honneur de l’acteur, mis en examen pour viol. Autant dire que la première prise de parole de la nouvelle ministre sur le sujet sera très surveillée.

Des rendez-vous très attendus

Sur son agenda, Rachida Dati a déjà coché quelques grandes dates comme le prochain Sommet de la Francophonie à Villers-Cotterêts les 4 et 5 octobre prochain. "L’occasion de rappeler l’importance de notre langue, de son exceptionnel rayonnement dans le monde", a-t-elle souligné. Mais aussi la réouverture au public début décembre de Notre Dame qu’elle a qualifiée de "moment historique".

D’ici là, elle aura l’occasion d’étrenner ses nouveaux habits lors des Victoires de la Musique le 9 février, des César le 23 février où encore à l'occasion de la Nuit des Molière le 24 avril. Lors de la précédente édition, Rima Abdul-Malak avait fait sensation en répondant du tac au tac à deux artistes venues critiquer la réforme des retraites sur scène. Pas de quoi impressionner la nouvelle ministre de la Culture, experte confirmée des punchlines sur les plateaux de télé.


Jérôme VERMELIN

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