Gabriel Attal inaugure à l'Assemblée nationale un "seul en scène" déjà très décrié

Publié le 2 avril 2024 à 18h00, mis à jour le 3 avril 2024 à 15h25

Source : Bonjour !

Gabriel Attal expérimente ce mercredi un format de Questions au gouvernement inédit, où il sera le seul à pouvoir répondre aux interrogations des députés.
Un format inédit, censé aider à dynamiser cet exercice qui a du mal à susciter l'intérêt des parlementaires et du public, mais déjà critiqué.

Voilà de quoi alimenter les procès en mégalomanie du Premier ministre. Ce mercredi 3 avril, Gabriel Attal sera le seul à prendre la parole lors de la séance de Questions au gouvernement (QAG) à l'Assemblée nationale et à répondre aux interpellations des députés - sur le déficit, le pouvoir d'achat, le chômage ou encore les groupes de niveau. Ce format inédit en France sera expérimenté pendant cinq semaines, d'après une idée originale de la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet pour redynamiser les QAG. Une expérimentation qui ne manque pas de susciter des critiques, la gauche craignant notamment de devoir assister à un "Attal Show". 

"On verra ce que ça donne", a glissé le Premier ministre au micro de Paul Larrouturou (TF1info) ce mardi à l'Assemblée, assurant avoir accepté la proposition de Yaël Braun-Pivet car il n'est pas dans ses habitudes de se "dérober" pour répondre à la presse ou à la représentation nationale. 

Elisabeth Borne avait refusé l'exercice

La séance du mardi à 15h ne changera pas, tous les ministres et secrétaires d'Etat pourront prendre le micro pour répondre aux questions des députés. Mais celle du mercredi, programmée à 14h pour une durée de 45 minutes, donnera lieu à des échanges entre les parlementaires et le Premier ministre seulement. L'exercice rappelle celui du "Prime Minister's Questions" le mercredi midi à la Chambre des communes britannique. Un exercice que Gabriel Attal se sent donc prêt à relever, quand sa prédécesseure Elisabeth Borne n'avait pas donné suite à cette proposition de Yaël Braun-Pivet. 

Yaël Braun-Pivet veut "réaffirmer" la place des QAG "parmi les temps forts de la vie parlementaire", alors que ces séances connaissent un désintérêt croissant de la part des députés comme du public. Avec ce même objectif, une première expérimentation est en cours depuis fin novembre jusqu'à fin juin, avec deux séances, le mardi (1h15) et le mercredi (45 mn), au lieu d'une seule, plus longue, durant deux heures le mardi.

Un format loin de faire l'unanimité

Une majorité de groupes politiques se sont opposés à ce "seul en scène" de Gabriel Attal : les groupes écologiste, socialiste, insoumis et communiste étaient contre, tout comme les membres de la majorité Horizons et le MoDem. Mais les quatre groupes favorables (Renaissance, Les Républicains, Rassemblement national et Liot), représentaient davantage de députés que les six autres.

Le groupe Horizons s'est montré réticent au nom "d'un risque de désacralisation de la parole du Premier ministre, s'il est amené à répondre semaine après semaine à toutes les questions". "Pour moi un gouvernement c'est une équipe. Là, on incarne vraiment la verticalité", juge aussi Jean-Paul Mattei (MoDem). Gabriel Attal "est brillant mais pas omniscient", alors qu'il devra répondre à des questions tous azimuts, sur des dossiers précis.

A gauche, Cyrielle Chatelain, présidente des députés écologistes, redoute une "concentration encore plus forte du pouvoir médiatique chez Gabriel Attal", qui "efface ses ministres". "On n'est pas naïfs sur le timing. Ca lui offre une exposition médiatique en pleine campagne des européennes", dénonce-t-elle, avant le scrutin du 9 juin. Le socialiste Arthur Delaporte ne veut pas non plus d'un "Attal Show, le mercredi après-midi".

J'aurais pu dire non mais ce n'est pas mon genre de me dérober
Gabriel Attal

A ceux qui l'accusent de vouloir tirer la couverture à lui, toujours à Paul Larrouturou, Gabriel Attal a répondu : "C'est une proposition qui m'est faite. J'aurais pu dire non mais ce n'est pas mon genre de me dérober quand on me demande de répondre à des interpellations."

La professeure de droit public et autrice du "Petit Guide du Contrôle Parlementaire" Mélody Mock-Gruet voit déjà plusieurs limites à cet exercice. Elle alerte par exemple sur le risque de fractures dans la majorité et le renforcement d'un sentiment de verticalité "alors même que le gouvernement est collectivement responsable devant le Parlement". Elle anticipe aussi une perte de pertinence des réponses du Premier ministre qui "ne peut être spécialiste de tout". Enfin, elle espère que son temps de parole sera limité car contrairement aux députés et aux autres membres du gouvernement qui ont 2 minutes pour s'exprimer, le Premier ministre dispose d'un temps illimité. 


Justine FAURE

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