La municipalité écologiste de Grenoble envisage de modifier le règlement intérieur de ses piscines pour y autoriser le port du burkini, provoquant l'ire de l'opposition et du gouvernement.
Avant l'été, le vêtement de bain créé une nouvelle polémique, six ans après les débats de l'été 2016.

Inventé en 2003 par une Australienne, le burkini a fait son apparition en France autour de 2008. Depuis, il a créé de nombreux débats politiques et religieux, à leur apogée en 2016 et ces derniers jours à la faveur des débats qui agitent la municipalité de Grenoble pour l'autoriser dans ses piscines. Retour sur les controverses nées autour de ce maillot de bain.

Si dès 2009 une première commune interdit le port du burkini dans sa piscine publique à Emrainville, en Seine-et-Marne, c'est à l'été 2016 que le burkini occupe tous les débats, d'abord lorsqu'une association envisage l'organisation d'une "journée piscine" réservée aux femmes "en burkini et jilbeb de bain" dans un parc aquatique au nord de Marseille. Un événement qui n’aura finalement jamais lieu, le parc ayant décidé de ne pas donner suite à la demande de réservation.

Mais quelques jours plus tard, le 28 juillet 2016, c'est le maire LR de Cannes David Lisnard qui créé un effet boule neige. Il décide de prendre un arrêté municipal interdisant le port du burkini sur les plages de la ville. "L’accès aux plages et à la baignade sont interdits (…) à toute personne n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité, respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades adaptées au domaine public maritime", indique cet arrêté. Il indique également qu'"une tenue de plage manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse, alors que la France et les lieux de culte religieux sont actuellement la cible d’attaques terroristes est de nature à créer des risques de troubles à l’ordre public qu’il est nécessaire de prévenir"

Les jours et semaines qui suivent, invoquant le risque de "troubles à l'ordre public" dans le contexte de menaces d'attentats, des dizaines d'autres villes côtières prennent ce même type d'arrêté, pêle-mêle : Villeneuve-Loubet, Cap d’Ail, Sisco, Leucate, Nice, Saint-Laurent-du-Var, Menton, Beaulieu-sur-Mer, Saint-Jean-Cap-Ferrat, le Lavandou, Cogolin, Cavalaire-sur-Mer, Sainte-Maxime ou encore Le Touquet. 

Des arrêtés fustigés par l'ONU

Les associations de défense des musulmans et des libertés multiplient les appels devant les tribunaux, la classe politique s’écharpe. La droite réclame des lois interdisant ce vêtement, la gauche dénonce l'hystérisation du débat, quand le Premier ministre Manuel Valls dit comprendre "les maires qui, dans ce moment de tension, ont le réflexe de chercher des solutions, d’éviter des troubles à l’ordre public". Le débat français fait également du bruit à l’étranger, poussant le maire de Londres ou encore le Premier ministre canadien Justin Trudeau à réagir. Même l’ONU s’en mêle, le Haut commissariat aux droits de l’Homme estimant que les arrêtés aliment la "stigmatisation" des musulmans, "l'intolérance religieuse" et "n'améliorent pas la situation sécuritaire".

Le 26 août, saisi par la Ligue des droits de l’homme (LDH) à propos de l’arrêté anti-burkini de Villeneuve-Loubet, le Conseil d’Etat le suspend, estimant qu'une restriction de l'accès aux plages ne pouvait être justifiée qu'en cas de "risques avérés" pour l'ordre public. "En l'absence de tels risques, l'émotion et les inquiétudes résultant des attentats terroristes, et notamment celui commis à Nice le 14 juillet dernier, ne sauraient suffire à justifier légalement la mesure d'interdiction" décidée à Villeneuve-Loubet. Dans cette décision de dernier recours, qui fera autorité pour toute la France, le Conseil d'Etat rappelle à la trentaine de maires français ayant interdit le burkini au nom, entre autres, de la "laïcité", qu'ils ne peuvent se fonder sur "d'autres considérations" que l'ordre public, "le bon accès au rivage, la sécurité de la baignade ainsi que l’hygiène et la décence" pour interdire l'accès aux plages. 

Plusieurs maires indiquant maintenir leurs arrêtés sont poursuivi par le comité contre l'islamophobie (CCIF). Des tribunaux administratifs valident certains arrêtés quand d'autres en invalident. Le 8 septembre 2016, le président de la République François Hollande déclare, alors que la droite réclame de nouvelles lois : "tant que je suis président de la République, il n'y aura pas de législation de circonstance, aussi inapplicable qu'inconstitutionnelle".

A Grenoble, Eric Piolle défend la laïcité

Le 23 juin 2019, le burkini refait surface à Grenoble, cette fois-ci dans les piscines. Des femmes organisent une action coup de poing pour revendiquer le droit de se baigner avec ce maillot de bain couvrant mais interdit par les règlements intérieurs des piscines municipales. Le maire EELV de Grenoble Eric Piolle avait alors demandé au gouvernement de prendre position. "Est-ce que le gouvernement veut ou pas que la piscine devienne, comme l'école, un sanctuaire qui soit protégé du religieux, et donc avoir un regard qui est contraire, aujourd'hui en tout cas, aux regards de l'Observatoire de la laïcité et du Défenseur des Droits" ? En tout cas, "ce n'est pas aux 36.000 maires de définir l'égalité face aux lois de la République", avait-il estimé.

Ce lundi 16 mai, son conseil municipal discute et vote pour modifier le règlement intérieur des piscines municipales de la ville, notamment son article 12 qui exige des usagers une "tenue décente" et "une attitude correcte", pour autoriser le port du burkini. Une perspective qui ne passe pas auprès d'une grande partie de la classe politique et du ministère de l'Intérieur, qui souhaite la faire bloquer au nom de la loi sur le séparatisme.


J.F

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