En première ligne de la réforme des retraites, le ministre du Travail, Olivier Dussopt, a la charge de cet épineux dossier.
Il doit aussi faire face aux soupçons de "favoritisme" dans une enquête du parquet national financier.
Mais qui est vraiment celui qu'on définit comme un "soldat loyal de la majorité" ?

Après la réforme de l’assurance-chômage à l’automne, voilà que le ministre du Travail, Olivier Dussopt, s'avère en charge de celle des retraites. Pas une mince affaire au vu de l'ampleur de la contestation, marquée par une forte mobilisation les 19 et 31 janvier. "Les organisations syndicales ont une légitimité lorsqu'elles appellent à la grève ou à la manifestation", répète le ministre, tout en souhaitant que cette mobilisation, qui se poursuit en février, ne se traduise pas "par un blocage du pays"

En première ligne dans le dossier le plus épineux du quinquennat, Olivier Dussopt est aussi dans le viseur du parquet national financier, soupçonné de "favoritisme" dans une affaire de cadeaux faits par une entreprise lorsqu'il était maire d'Annonay, en Ardèche. Bien qu'il conteste toute idée "d'arrangement", le ministre doit mener la bataille également sur ce front. 

"Bon exécutant", "sérieux", "discret"

Comme nombre de ralliés au chef de l’État, Olivier Dussopt vient du PS. Un parcours banal, à ceci près que lui appartenait à l’aile gauche du parti. "Soyons clairs, ils estiment que j’ai trahi", assume-t-il. Et c'est peu de le dire. Olivier Besancenot, le porte-parole du parti d’extrême gauche, l'a ainsi qualifié "d'algorithme", lors d'un meeting mardi 17 janvier. "C’est pas des mots qui sortent de sa bouche, c’est des codes wi-fi", a-t-il lancé. 

Cependant, c'est à lui que revient la lourde tâche de porter aujourd’hui la mesure la plus décriée par ses ex-camarades. Ironie du sort, l’ancien socialiste s’était jadis opposé à la réforme des retraites de Nicolas Sarkozy, qui décidait en 2010 de repousser de 60 à 62 ans l'âge minimum de départ. Aujourd’hui ministre du Travail, en charge également du Plein emploi et de l'Insertion, Olivier Dussopt doit faire reculer l’âge de départ à 64 ans et compte bien mener cette réforme à son terme.  

"Les chantiers sont nombreux et je les mènerai dans la concertation", avait-il tweeté peu après sa nomination. S'il n'a pas été un ministre très en vue du premier quinquennat d'Emmanuel Macron, cantonné à des portefeuilles techniques, Olivier Dussopt a donc bel et bien gagné ses galons "de soldat loyal de la majorité". D'ailleurs, les qualificatifs élogieux ne manquent pas du côté de la Macronie. On le dit : "bon exécutant", "sérieux", "discret". Ainsi, quand douze ministres, et pas des moindres ont fait le déplacement ce jeudi à Barcelone, aux côtés d'Emmanuel Macron, lui, censé être aussi du voyage, a préféré rester à Paris pour suivre la situation et représenter le gouvernement dans les médias ce soir.

La "caution de gauche" du gouvernement

Olivier Dussopt n'est plus à un défi près. À l'époque, la "promotion" de cet ex-proche de Martine Aubry, puis de Benoît Hamon ou Manuel Valls, n'a d'ailleurs guère surpris dans les rangs socialistes, où on le dépeint comme "compétent" autant qu'"ambitieux". Il atterrit à Bercy au secrétariat d'État à la Fonction publique. Charge à lui notamment de mener la controversée loi de transformation de la fonction publique face à des syndicats rétifs. Si les discussions sur le fond se révèlent difficiles, Mylène Jacquot, secrétaire générale de la CFDT Fonctions publiques, a apprécié cet "interlocuteur fiable" et "monstre de travail", qui "n'a jamais fui le dialogue social". 

Le maire de Sceaux Philippe Laurent, qui l'a côtoyé à l'Association des petites villes de France (APVF), salue de son côté le "lien étroit" maintenu avec les représentants d'élus par le ministre, alors au Budget, pendant la pandémie. Ce n'est "pas un gai luron" ni un "meneur de foule", mais il est capable d'être "très tranchant", témoignent encore plusieurs de ses interlocuteurs durant le quinquennat. Dans son livre "Impressions et lignes claires", Édouard Philippe lui tresse des lauriers, voyant en lui une "recrue de choix" qui a "une maîtrise parfaite des dossiers". Sans doute "parce qu'il ne pose pas de problème, ne fait pas de petites phrases", ironise un élu de l'opposition.

Autre constante du parcours d'Olivier Dussopt, son souci des collectivités. Réélu pour la troisième fois, en 2022, député dans son fief de l'Ardèche, il fut aussi maire d'Annonay, petite ville industrielle de 17.000 habitants, de 2008 à 2017. Après un DESS en conseil en développement économique et ingénierie territoriale, ce fils d'ouvriers entre en politique comme collaborateur du sénateur Michel Teston, avant d'intégrer en 2008 la direction nationale du parti socialiste. Ce parcours devait à son arrivée apporter "une caution plus de gauche" au gouvernement, selon un membre de la majorité. Cinq ans plus tard, beaucoup jugent qu'il "n'a pas eu beaucoup d'influence" sur le cours des choses.

Régulièrement interpellé sur un quinquennat qui pencherait plutôt à droite, l'ex-socialiste défend un exécutif qui a notamment mis en place le reste à charge zéro pour les soins dentaires et optiques. "Nous devons être le booster de gauche de cette majorité" et avoir "notre juste poids", défendait toutefois à l'été 2021 Olivier Dussopt au moment de la création du petit parti Territoires de Progrès avec d'autres ministres issus de la gauche et dont il a pris la présidence.


Virginie FAUROUX

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