Guerre en Ukraine : un an de non-débats politiques en France

Publié le 24 février 2023 à 12h47

Source : TF1 Info

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les principaux dirigeants politiques français ont eu peu d'occasions de discuter du sujet.
La faute à Emmanuel Macron qui ne souhaite pas impliquer ou faire voter le Parlement sur ses décisions.
Et à une partie de l'opposition qui espère faire oublier ses complaisances passées avec la Russie de Vladimir Poutine.

De l'indignation, de la gêne, quelques altercations, mais finalement peu de débats et un relatif silence. Depuis le début de la guerre en Ukraine il y a un an, hormis le président de la République et les ministres concernés, les responsables politiques français s'expriment peu sur le conflit qui se joue à quelques milliers de kilomètres de la France. 

Pour le Rassemblement national et La France insoumise, il s'agit surtout de ne pas faire ressurgir leurs positions pro-russes. Dès le début du conflit, en pleine campagne présidentielle, les approximations ou gentillesses de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon à l'égard de Moscou et de son dirigeant belligérant sont relevées et dénoncées. Deux camps se dessinent alors : Renaissance, le Parti socialiste et Europe Écologie-Les Verts qui font preuve d'un soutien sans faille à l'égard de Kiev, plaidant pour l'envoi d'armes aux Ukrainiens, et les extrêmes et Les Républicains qui, certes, accusent Moscou d'une agression qu'ils dénoncent, mais estiment qu'aider l'Ukraine entraînerait une escalade du conflit et ferait de la France un "co-belligérant"

Une fois la campagne présidentielle passée et Emmanuel Macron réélu, les plus conciliants avec la Russie ont pris soin de ne pas trop remettre le sujet sur la table. "Marine [Le Pen] ne tient pas à être en pointe là-dessus, car elle est immédiatement accusée de tout ce que vous savez", avoue l'eurodéputé RN Thierry Mariani, cité par Le Monde. Aussi, d'autres préoccupations, parfois liées au conflit, sont venues chasser le sujet des écrans de télévision ou des discussions des Français : l'inflation, le pouvoir d'achat et plus récemment la réforme des retraites

Le Parlement en retrait

Si le sujet est abordé, il l'est de manière superficielle. Puisque personne ne remet vraiment en cause la politique d'Emmanuel Macron, il s'agit de condamner l'attitude de Vladimir Poutine et de regretter un conflit qui dure depuis un an et dont la fin n'est toujours pas visible. Jamais de discuter de stratégie à adopter pour aider l'Ukraine ou faire revenir la paix. Une situation notamment due au refus du président de la République de porter le débat au Parlement. Chef des armées et souverain en matière de politique étrangère, dans la plus pure tradition de la Ve République, Emmanuel Macron n'a pas prévu d'associer les oppositions et les parlementaires à ses décisions. 

En juillet 2022, la Première ministre s'engageait à la tenue d'un débat à l'Assemblée nationale. Il a eu lieu le 3 octobre dernier, mais sans vote. Chacun y avait réaffirmé ses positions, et Elisabeth Borne de nouveau souligné les "accointances" du RN et de LFI avec la Russie. En novembre, une résolution avait été soumise au vote "affirmant le soutien de l'Assemblée nationale à l'Ukraine et condamnant la guerre menée par la Fédération de Russie". 303 députés s'étaient prononcés pour, un seul avait voté contre : un député LFI. Et le groupe Rassemblement national s'était abstenu. Depuis, rien. Si certains assurent qu'ils aimeraient de nouveaux débats, ils ne le crient pas trop fort.

Une situation à l'opposée de ce qui se passe au Parlement européen, où de nombreuses résolutions sont votées, permettant de connaître la position des uns et des autres sur le sujet. Mais c'est peut-être pour cette raison que certains groupes ne poussent pas pour l'organisation de tels votes à l'Assemblée nationale ou au Sénat. "Ceux qui disent dans les médias 'je soutiens l'Ukraine, mais…', cela pose question", estime l'ancienne ministre et députée européenne Nathalie Loiseau (Renew) auprès du Monde. "C'est l'extrême droite et l'extrême gauche qui répètent que la Crimée a toujours été russe, qui ne souhaitent pas d'aide militaire supplémentaire au motif que cela provoquera des morts, ou qui accusent l'Otan d'avoir provoqué la guerre…"


Justine FAURE

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