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Importe-t-on en France 60% du poulet et 50% des fruits consommés ?

Thomas Deszpot
Publié le 1 mars 2022 à 18h28
Une dépendance notable aux exportations s'observe pour les fruits sur le marché français.

Une dépendance notable aux exportations s'observe pour les fruits sur le marché français.

Source : LUDOVIC MARIN / AFP

Eric Zemmour regrette qu'une multitude de denrées alimentaires soient importées alors qu'elles pourraient, selon lui, être produites en France.
En exemple, le candidat cite le poulet (dont 60% de la consommation viendrait de l'import) et les fruits (50%).
Si une dépendance aux importations s'observe pour ces produits, ses chiffres sont surévalués.

Alors que les regards se tournent vers l'Ukraine, la campagne présidentielle se poursuit en France avec un rendez-vous important pour tous les candidats : le salon de l'Agriculture. Une occasion rêvée pour les producteurs et éleveurs de mettre sur la table les questions relatives à la production agricole, et pour les prétendant(e)s à l'Élysée de préciser leur vision et leurs propositions sur ces sujets.

Invité de RTL lundi, Eric Zemmour a notamment estimé qu'il n'était "pas normal qu'un grand pays agricole comme la France importe 50% de ses fruits et 60% de son poulet". Si le candidat de Reconquête met ici le doigt sur une dépendance de la France aux importants pour ces produits précis, il se réfère toutefois à des chiffres potentiellement trompeurs, plus élevés que ceux rapportés par les autorités. 

Une dépendance qui s'accroît

L'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer, autrement appelé FranceAgriMer, suit avec attention les importations et exportations des produits agricoles sur notre territoire. Et se base généralement sur des données compilées par l'Agreste, l'organisme public en charge du suivi des statistiques chapeauté par le ministère de l'Agriculture. Dans un document publié en juin 2021, FranceAgriMer se montrait clair : "La dépendance de la France par rapport aux importations de fruits frais est importante", pouvait-on lire.

Dans quelle mesure ? "Le taux de couverture par la production nationale n’est que de 60 % en 2019. De plus, ce chiffre est en

baisse, puisqu’il était encore de 65 % en 2005", apprend-on. Cette augmentation de la dépendance aux importations, explique l'institution, "est due à la baisse structurelle de production nationale", qui n'est "plus suffisante pour couvrir la consommation intérieure" restée "stable". Seuls les fruits dits "frais" ou "tempérés" sont ici pris en compte, puisqu'il "n’y a pas d’enjeux de compétitivité" sur les fruits exotiques. 

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Dans le détail, on observe qu'en 2019, presque 50% des importations de fruits non exotiques concernaient les pêches et nectarines, le raisin de table ainsi que les fraises. Suivent les pommes, les poires et les kiwis. 

FranceAgriMer / Agreste

Globalement, souligne FranceAgriMer, "la dépendance de la France aux importations de fruits frais augmente d’année", mais l'on peut "observer des différences assez nettes selon les espèces de fruits. Ainsi la pomme avec un taux de couverture par la production nationale élevé (entre 80 % et 90 % selon les années) connait une grande stabilité depuis 15 ans", quand "la situation est très différente pour le kiwi". Ce dernier "a vu sa dépendance aux importations s’accroitre et son taux de couverture par la production nationale s’éroder".

Une aggravation également pour la volaille

En ce qui concerne la volaille et le poulet en particulier, le constat n'est guère meilleur, puisque la France recourt assez largement aux importations. Eric Zemmour avance toutefois des chiffres surévalués, plus importants que ceux donnés par les représentants du secteur. L'usine Nouvelle glissait l'an passé que "sur le premier semestre 2021, 39% des volailles consommées en France" venaient de l'étranger. C'était davantage encore "pour le poulet, principale viande de volaille consommée en France", avec un taux qui "atteint même 46%".

Paul Lopez, président de la fédération française des industries avicoles (Fia), s'en émouvait. "Nous étions à peine à 25% en 2000 et à 40% en 2010. Depuis trois ans, l'augmentation a certes ralenti, mais la courbe n'est pas encore inversée, nous n'arrivons pas à reprendre des parts de marché", se désolait-il. Les éleveurs ne profiteraient par ailleurs pas de la "dynamique" positive observée au niveau de la consommation, puisque celle-ci bénéficie en premier lieu "aux producteurs étrangers".

En résumé, on peut dire qu'Eric Zemmour dresse un constat assez juste lorsqu'il pointe du doigt le recours massif aux importations en ce qui concerne les fruits et le poulet. Pour autant, les chiffres qu'il avance pour appuyer son propos se montrent supérieurs à ceux livrés par les institutions en charge des questions agricoles, ainsi qu'à ceux avancés par les représentants des filières concernées.

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