Inflation : les prix s'envolent

Inflation, insécurité, retraites... Ce qu'il faut retenir de l'interview d'Emmanuel Macron

par Maëlane LOAËC
Publié le 26 octobre 2022 à 23h40
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Le chef de l'État est revenu sur de nombreux dispositifs mis en place pour aider les ménages face à la hausse des prix sur le plateau de France 2, mercredi soir.
Il a aussi annoncé de nouvelles aides, également dans le domaine de la santé, et réaffirmé sa volonté de passer la réforme des retraites.
Retour sur les points abordés lors de cet entretien.

"On a traversé ensemble beaucoup de crises, (...) nous allons y arriver, pour avoir un pays plus fort". Dans un long entretien accordé à France 2 mercredi 26 octobre, le chef de l'État Emmanuel Macron est revenu sur de nombreux points d'inquiétudes des Français à l'échelle nationale, de l'inflation à la réforme des retraites en passant par la sécurité, rappelant des dispositifs mis en place et révélant quelques annonces. Avec un ton combatif, il a aussi livré quelques saillies contre les adversaires de son gouvernement à l'Assemblée nationale. 

Aides face à l'inflation

Le chef de l'État est d'abord revenu sur l'un des sujets de préoccupations centraux des Français : l'inflation. La France a perdu 85 milliards d'euros de revenus à cause de la crise de l'énergie, mais "un peu plus de la moitié de ce choc" a été amorti par les aides mises en place par l'État, a poursuivi Emmanuel Macron. "À la fin des fins, notre inflation en France est de l’ordre 6-6,5%, là où elle est, dans le reste de la zone euro et chez la plupart de nos voisins, de 10%", a-t-il martelé. Des aides qui seront poursuivies : le président a rappelé que la hausse des prix de l'électricité et du gaz serait limitée à 15% en 2023, tandis que des "aides ciblées" seront destinées aux plus fragiles, comme les étudiants. 

Quant aux entreprises, les TPE, tout comme les petites collectivités locales, bénéficieront d'une limitation de 15% de la hausse du coût de l'électricité et du gaz, comme les ménages. Les PME et les TPE "très consommatrices", comme les boulangeries, ainsi que les collectivités locales, bénéficieront d'un "système qui va amortir le choc des prix de l’électricité", pour leur "garantir un prix raisonnable" en cas d'envolée des prix, a-t-il expliqué. Le plan sera détaillé vendredi par le gouvernement. Pour les entreprises intermédiaires et grands groupes, un "guichet d'aide" sera mis en place "dans les prochaines semaines" pour "simplifier les mécanismes" de soutien et augmenter les tickets d'aides, qui pourront monter jusqu'à "plusieurs millions d'euros"

Salaires

Le chef de l'État s'est toutefois fermement opposé à toute indexation des salaires sur l'inflation. "Si on met toute la chaîne des salaires sur une indexation automatique, on entretient la hausse des prix, on a une boucle prix-salaires et on ne l’arrête plus. (…) Nous détruirions des centaines de milliers et des millions d’emplois", a-t-il argué. 

Le président a cependant appelé les chefs d'entreprises qui le peuvent à engager une "négociation sociale" avec leurs salariés, pour "quand les choses vont bien, augmenter les salaires et partager la valeur qui a été créée". Mais "ce n’est pas l’État qui doit le faire", a-t-il insisté. Il est ainsi revenu sur une proposition sur les dividendes des entreprises, actuellement "dans la main des partenaires sociaux" : "quand vous avez une augmentation des dividendes pour les actionnaires, alors l’entreprise doit avoir un mécanisme identique pour les salariés" et sera obligée de l'appliquer, a-t-il ajouté.

Réforme des retraites

L'Hexagone figure parmi les pays européens avec le moins d'heures travaillées tout au long de la vie. Dans ce contexte, la réforme des retraites est une "réforme essentielle si on veut pouvoir continuer à préserver notre modèle social alors même qu’on ne peut plus monter les impôts", n'ayant "plus de marge de manœuvre", a jugé le président. "On devra décaler l’âge légal de départ de quatre mois par an. Il est aujourd'hui à 62 ans, à horizon 2025 ce devra être 63 ans, à l'horizon 2028 cela devrait être 64 ans, à l'horizon 2031 à 65 ans, de manière progressive", a-t-il détaillé. 

Emmanuel Macron s'est toutefois dit "ouvert", dans le cadre de concertations avec les partenaires sociaux, au recul de l'âge à 64 ans in fine, si "on allonge les trimestres". Quant au  passage de la loi, il ne s'est pas prononcé sur un éventuel recours au 49.3. "Je souhaite que des accords soient trouvés entre la majorité et des formations politiques qui nous permettent d’avoir la majorité, à l’Assemblée et au Sénat", a-t-il avancé, reconnaissant toutefois que faute de majorité absolue pour ses députés, "oui, c’est compliqué"

Oppositions à l'Assemblée

Le chef de l'État s'en est par ailleurs pris à l'opposition de gauche et au Rassemblement National à l'Assemblée nationale, après la motion de censure de la Nupes également votée lundi par le RN, mais non adoptée par l'Hémicycle. "Vous pensez que nos compatriotes qui ont voté pour un député socialiste ou écologiste lui ont demandé de porter une majorité avec des députés du RN ?", s'est-il emporté. "Ils ont montré qu’ils ne sont pas du côté du mérite, de l’ordre du travail, de la solution de l’avancée, ils sont du côté du désordre et du cynisme. Ça ne mènera à rien", a-t-il tempêté, fustigeant une "alliance des extrêmes"

"Le gouvernement a raison, avec la majorité relative, de porter le 49.3", a-t-il poursuivi, en référence aux deux 49.3 adoptés sur la loi sur le budget. Quant aux députés Les Républicains, qui n'ont pas voté la motion de censure, "oui, je souhaite qu’il y ait une alliance", a avancé Emmanuel Macron, y voyant un "intérêt à travailler" avec eux. 

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Voitures électriques

Un volet de la discussion a aussi été réservé à la transition écologique, et notamment à la vente de voitures électriques, que le chef de l'État a souhaité encourager par de récentes annonces. Visant toujours 30% de voitures électriques sur l'ensemble des véhicules neufs d'ici la fin du quinquennat, il a dit souhaiter une "stratégie protectionniste" en Europe pour "réserver les aides" à l'achat de voitures construites sur son sol, plutôt que chinoises notamment. 

Santé

Le chef de l'État a aussi abordé les difficultés du milieu médical et hospitalier. Malgré le Ségur de la Santé, qui a permis "d'augmenter les salaires massivement, comme jamais dans notre histoire", a-t-il assuré, "les conditions de travail à l’hôpital n'ont pas assez changé", a-t-il reconnu, promettant de "se mobiliser à fond" pour y répondre. Quant à la lutte contre les déserts médicaux, Emmanuel Macron a annoncé que les médecins généralistes qui arrivent à la retraite pourront prendre cette retraite, mais aussi "continuer leur activité et garder tous les revenus qui sont les leurs, sans payer de cotisation retraite nouvelle"

Immigration

Quant à l'immigration et en particulier les Obligations de quitter le territoire français (OQTF), un dispositif revenu au cœur du débat public depuis l'assassinat de la jeune Lola, que seuls 5,6% de ces obligations avaient été respectées, selon les derniers chiffres en date, remontant à 2021. Il a dit souhaiter un débat "dans les prochaines semaines" à ce sujet et indiqué qu'au "premier semestre 2023, nous devons réformer en profondeur nos règles, nos lois pour simplifier les procédures". En se focalisant en particulier sur les OQTF sans délai de départ, pour motif de trouble à l'ordre public, visant 100% de renvois dans ces cas.

"Je ne ferai jamais un lien existentiel entre l’immigration et l’insécurité", a-t-il par ailleurs ajouté. Appelant à la "nuance" et à refuser une "généralisation", Emmanuel Macron a toutefois estimé qu'à Paris par exemple, où "cette immigration illégale est concentrée", "on ne peut pas voir que la moitié des faits délinquances viennent de personnes qui sont des étrangers, en situation irrégulière ou en attente de titres"

Justice

Enfin, sur le volet de la sécurité de manière générale, le président a déploré une "société de plus en plus violente", mais a argué avoir "augmenté comme jamais les moyens de la police, de la gendarmerie et de la justice", de plus de 40% pour cette dernière. Il a annoncé notamment "un grand chantier de réforme et de refonte de nos codes de procédure pénale en associant étroitement nos sénateurs et députés", un projet destiné à "simplifier leurs procédures" qui devra être lancé "dans les prochains jours".


Maëlane LOAËC

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