Jeudi soir, la députée LFI Aurélie Trouvé a regretté que les prises de parole des femmes soient plus chahutées que celles des hommes au sein de l'hémicycle.
S'en sont suivis des propos houleux sur le sujet, plusieurs députées appelant notamment la Nupes à ne pas parler "au nom des femmes".
Le débat est revenu dans l'hémicycle ce vendredi en fin d'après-midi.

Les prises de parole des femmes sont-elles plus chahutées que celles des hommes à l'Assemblée nationale ? C'est ce qu'a assuré la députée LFI Aurélie Trouvé ce jeudi soir, au cours des débats sur la réforme des retraites. "J'observe qu'en particulier quand une femme s'exprime, il y a un brouhaha incroyable dans cet hémicycle. (...) Il est inadmissible que dès lors qu'il y a une prise de parole comme celle-ci, il y ait des exclamations comme ça", a déclaré lors d'un rappel au règlement l'élue de Seine-Saint-Denis, provoquant alors de très longues minutes de discussions houleuses. 

"Mais franchement… On est dans un hémicycle où pour la première fois cette assemblée est présidée par une femme", lui a répondu Yaël Braun-Privet depuis le perchoir, listant ses cinq vice-présidentes, sa première questeure, et les quatre présidentes de groupe. Puis plusieurs députées ont pris le micro pour demander à la Nupes de ne pas parler au nom des femmes. "Est-ce qu'il serait possible que les députés de la Nupes ne s'expriment pas au nom des femmes ? On ne les a pas attendus et on n'a pas besoin d'eux. Les femmes sont là, présentes sur tous les bancs de l'hémicycle, elles savent se défendre et elles savent se faire respecter pour ce qu'elles sont", a déclaré la cheffe des députés de la majorité, Aurore Bergé.

Je vous interdis de vous exprimer au nom des femmes dans cet hémicycle."
Véronique Louwagie

"Cela fait plusieurs fois que du côté de La France insoumise, de la Nupes, vous vous exprimez au nom des femmes de l'Assemblée. Nous ne vous avons donné aucun mandat, aucun pouvoir, vous n'avez aucune raison de vous exprimer en notre nom. Je vous interdis de vous exprimer au nom des femmes dans cet hémicycle. Parce que vous ne nous honorez pas", a abondé Véronique Louwagie (Les Républicains). 

"Je rappelle, parce que finalement, vous avez un peu les mêmes arguments que le RN : ce n'est pas parce qu'il y a une femme qui s'en sort que toutes les femmes s'en sortent", a continué l'écologiste Sandrine Rousseau. "En l'occurrence votre réforme des retraites va dégrader la situation de toutes les femmes du pays. Et ce n'est pas vrai que parce qu'il y a une présidente, vous tous là où vous êtes, vous n'êtes pas sexistes", a-t-elle ajouté. "Il y a une chose que vous ne connaissez pas, c'est la reproduction du système patriarcal partout, y compris dans cet hémicycle", a poursuivi Aurélie Trouvé au cours d'une nouvelle intervention.

Les cas Abad et Quatennens abordés

Présent sur les bancs du gouvernement, le ministre des Comptes publics Gabriel Attal a constaté en s'adressant à la Nupes : "Ce qui peut être énervant ou agaçant, c'est le sentiment que vous donnez parfois de vous arroger le monopole de la défense des femmes. (...) Vous considérez que vous avez été élus pour faire la leçon, quand nous considérons que nous avons été élus pour faire, tout court. Heureusement que les femmes n'ont pas attendu vos leçons de morale et vos prétendus monopoles pour que nous puissions agir", a-t-il déclaré avant de lister quelques mesures phares d'Emmanuel Macron en la matière, comme l'allongement du congé paternité.

Cette prise de parole en a entraîné une nouvelle de Sandrine Rousseau. "Puisque vous vous vantez de tant agir pour les femmes, je vous propose une action simple et symbolique qui aura de l'effet : sortez monsieur Abad de votre groupe parlementaire", a-t-elle lâché, en référence au député de l'Ain accusé de viol par plusieurs femmes

"Franchement fallait oser. Madame Rousseau, quand on a essayé d'accuser injustement un de ses collègues (Julien Bayou, ndlr) de son propre groupe parlementaire" et "qu'on est prêt à compter sur la voix d'un député condamné pour violences conjugales (Adrien Quatennens, ndlr), franchement, il fallait le faire", lui a rétorqué Aurore Bergé. Avant que petit à petit les esprits retrouvent leur calme, et les discussion le chemin du projet de loi réformant les retraites.

Rebelotte ce vendredi

Cette question est revenue dans l'hémicycle et a provoqué de nouveaux remous ce vendredi un peu avant 18 heures. Sophia Chikirou (LFI) s'est indignée que "lorsque nos collègues Ersilia Soudais, Aurélie Trouvé ou Sandrine Rousseau prennent la parole, elles se font moquer, insulter, siffler, et on tente de les empêcher de parler". Elle a été reprise de volée par les députées de la majorité Marie-Pierre Rixain, Anne Brugnera ou Prisca Thévenot, en désaccord avec elle sur le fait que leurs collègues ne soient pas écoutées en raison de leur sexe, mais plutôt de leur tendance à "hurler". Alors que les appels au règlement se multipliaient sur le sujet, la séance a été interrompue. 


Justine FAURE

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