"L'immense majorité" des SDF dans la rue "par choix" : après la polémique le député LREM nuance ses propos

Claire Cambier
Publié le 5 février 2018 à 23h48
"L'immense majorité" des SDF dans la rue "par choix" : après la polémique le député LREM nuance ses propos

Source : JOEL SAGET / AFP

POLÉMIQUE - Sylvain Maillard, député LREM de Paris, affirmait ce lundi matin sur RFI qu’excepté une cinquantaine de personnes, "la majorité" des SDF dormaient dehors "par choix". Des propos qui n'ont pas manqué de faire réagir, poussant l'élu à s'expliquer le soir même.

"Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des femmes et des hommes dans les rues". Nous sommes en juillet 2017, et Emmanuel Macron, tout juste élu président de la République, promet de venir en aide aux personnes sans abri. Sept mois plus tard et alors que le plan Grand Froid vient d'être déclenché dans vingt-deux départements, force est de constater que cette promesse n'a pas été tenue. Mais du côté des soutiens du président, on tente coûte que coûte de minimiser la situation. 

Une nuit pour recenser les SDF de ParisSource : Sujet JT LCI
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La semaine dernière, le secrétaire d'Etat à la Cohésion des territoires, Julien Denormandie, estimait sur France Inter à cinquante le nombre de SDF en Ile-de-France qui continuent à dormir dehors. Un chiffre aberrant. De nombreuses associations étaient alors montées au créneau pour souligner que ce nombre était très en deçà de la réalité. Cette première polémique semble ne pas avoir suffi. Ce lundi matin, c'est Sylvain Maillard, député LREM de Paris, qui en a remis une couche.

Certains SDF ne souhaitent pas être mis à l'abri, (ils) souhaitent rester seuls dans la rue, c'est leur choix

Sylvain Maillard, député LREM de Paris

"Le chiffre est exact, c'est cinquante dossiers sur lesquels nous n'arrivons pas à donner de solutions positives, favorables à une mise à l'abri", a affirmé l'élu En Marche! sur RFI. Autrement dit, en moyenne, cinquante personnes qui chaque soir tenteraient de trouver une place d'hébergement auprès du 115, sans succès. Et d'expliquer que "même dans les cas de grand froid, certains SDF ne souhaitent pas être mis à l'abri, (ils) souhaitent rester seuls dans la rue, c'est leur choix." 

Le journaliste qui lui fait face lui demande de préciser ses propos : "Est-ce qu'il y a aujourd'hui, selon vous, plus de cinquante SDF en Ile-de-France qui dorment dans la rue malgré eux ?" La réponse du député est clair : "Nous le chiffre que l'on a, c'est cinquante SDF par jour dorment malgré eux dehors dans le froid". "Les autres, c'est parce qu'ils le veulent ? Tous les autres, c'est leur choix de dormir dans la rue ?", s'étonne encore le journaliste. "L'immense majorité, c'est leur choix, oui", répond l'élu.

Dans le milieu associatif comme politique, ces propos n'ont pas manqué de faire réagir. "Franchement, Sylvain Maillard, vous n'avez pas honte de dire des choses pareilles ?", s'est insurgé sur Twitter Ian Brossat, adjoint PCF au logement de la maire de Paris, avant de dénoncer "le monde merveilleux de la Macronie". 

Toujours sur le réseau social, le député LFI Adrien Quatennens a, de son côté, répliqué : "Rappelons que, comme Macron, Sylvain Maillard ne vit pas sur Terre mais sur Jupiter !" 

A droite, c'est Lydia Guirous, porte-parole de LR, qui s'en est pris à l'élu : "Macron avait promis qu'il n'y aurait plus de SDF dans la rue... il y en a encore, c'est donc la faute des SDF... La marque de fabrique des députés LREM est l'arrogance, la prétention et l'inhumanité." 

Un faux procès selon le principal intéressé qui a précisé ce lundi soir ses propos dans un communiqué. "Il y a des sans-abris qui ne souhaitent pas entrer dans des solutions d'hébergement qui leur sont proposées même dans les cas de grand froid", explique-t-il. "Ils souhaitent rester seuls dans la rue, c'est leur choix, rien ne les oblige à être mis à l'abri. On doit leur proposer une solution. Ce sont des cas sur lesquels il faut se pencher, c'est très important de proposer une solution à tous, a-t-il ajouté. Je comprends que des raccourcis de mes propos aient pu contredire le sens général de mon message et donc heurter des personnes en grande précarité et également les bénévoles qui sont au quotidien en première ligne".

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Quelques heures plus tôt, le président de l'Assemblée François de Rugy (LREM) avait, lui aussi, tenté de calmer la grogne en indiquant qu'il était aisé "à partir d'une phrase de tel ou tel" de faire des "caricatures" et de "lancer sur internet des polémiques" voire "une curée médiatique". Pas sûr que cela suffise.


Claire Cambier

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