Le sénateur Alain Houpert affirme que le gouvernement compte échanger de l’eau "contre de l'hydrocarbure au Moyen-Orient".
Il s'agit d'un projet pour lutter contre l’excès d’eau douce d'un lac salé des Bouches-du-Rhône… mais qui ne verra pas le jour, dément le gouvernement.

Mise à jour du 28/04 : démenti de Xavier Houzel, cité dans l'article de Marianne et présenté comme l'initiateur du projet.

Pendant que les alertes à la sécheresse se multiplient pour cet été, le gouvernement va-t-il vendre son eau douce en échange de pétrole du Moyen-Orient ? C’est le pavé jeté dans la mare par le sénateur Alain Houpert au cours d’une interview donnée à Sud Radio, mercredi 12 avril. Au programme de l’émission : "La France aurait échangé de l'eau douce contre des hydrocarbures étrangers". 

Interrogé par André Bercoff sur l’existence d’un tel projet, mené en toute discrétion, le sénateur LR de Côte-d’Or confirme : "La France s'apprête à vendre de l’eau contre de l'hydrocarbure au Moyen-Orient. (…) C’est détaillé, ce n’est pas une rumeur. On veut échanger des ressources naturelles contre des ressources vitales." Alain Houpert renvoie à l’origine de cette information, qui émanerait du journal Marianne en "octobre dernier". Il explique : "C’est très détaillé, c’est 19 tankers de 200.000 mètres cubes par jour qui partiraient de Fos-sur-Mer et c’est 48 tankers de 90.000 mètres cubes qui partiraient de Martigues". Avant d’affirmer, sûr de lui : "Quelque chose qui est détaillé veut dire que tout a été étudié et il y a certainement déjà eu des envois. C’est important de dire la vérité". 

Une eau à l'origine de la pollution d'un étang

Alors, le gouvernement a-t-il commencé à troquer son eau contre du pétrole, ou du moins y pense-t-il ? Le 1er octobre dernier, l’hebdomadaire Marianne publiait bien l’information selon laquelle un projet était discuté "au sommet de l’État" pour "échanger de l’eau douce française contre des hydrocarbures étrangers". L’hebdomadaire s’appuyait sur la plaquette de présentation du dossier, porté par Xavier Houzel, un ancien négociant pétrolier, et ayant donné lieu à des discussions avec Alexis Zajdenweber, ce proche conseiller d’Emmanuel Macron devenu administrateur d’EDF au nom de l’État.

L’ambition ici serait donc d’échanger de l’eau douce des Alpes, provenant de la centrale hydro-électrique de Saint-Chamas (Bouches-du-Rhône). En effet, cette eau n’est pas forcément souhaitée puisqu’en se déversant dans l’étang salé de Berre, elle vient perturber son écosystème. Un problème environnemental connu des politiques comme des militants écologistes depuis des années. La pollution majeure engendrée à l’été 2018 a même conduit EDF devant le tribunal l’été dernier. Aujourd’hui, l’entreprise est autorisée à rejeter un maximum de 1200 millions de mètres cubes par an dans l’étang, mais cela ne suffit pas pour de nombreuses associations locales. 

Un projet jamais soutenu par le ministère

En 2020, des députés de la commission durable et de l’aménagement du territoire s’étaient penchés sur les solutions pour limiter davantage ces quotas de rejets d’eau douce et mieux réutiliser cette eau. Pour autant, son exportation à l’étranger n’est pas une solution envisagée, qui plus est contre du pétrole. Quelques jours après la sortie de l’article de Marianne, le ministre de la Transition écologique a eu l’occasion de démentir tout projet de ce type à l’échelle de l’État. "Ce projet n’a pas franchi la barrière des conseillers et en aucune manière, nous ne l’envisageons", a coupé court Christophe Béchu à l’Assemblée nationale, dans un échange tweeté par Jean-Marc Zulesi, député des Bouches-du-Rhône et rapporteur de la mission d’information sur l’étang de Berre.

C’est ce que nous confirme de nouveau le gouvernement, interrogé sur le sujet. "Le Gouvernement ne soutient pas ce projet de troc d'eau et d'hydrocarbures et n'y a jamais accordé de soutien". Avant d’ajouter, alors que des réunions ont bien été organisées à l’Élysée : "Les conseillers ministériels reçoivent tous les porteurs de projet qui en font la demande. Cela ne signifie pas que le Gouvernement soutient tous les projets après instruction". Sollicité à son tour, Alain Houpert n’était pas revenu vers nous. 

En revanche, Xavier Houzel a tenu à démentir ces accusations. L'homme d'affaires cité par Marianne nous indique qu'au cours de ces discussions, "il n'avait nullement été question de commercialisation de cette eau, notamment contre des hydrocarbures, mais seulement de stockage et de redistribution intelligente en France d'abord et ailleurs en cas de besoins humanitaires cruciaux". Avant d'ajouter :  "Tout au plus, pour être complet et exact, avait-il été question, à titre d'exemple, d'un échange possible contre du coton devant la demande pressante de l'Égypte, qui doit produire de l'eau distillée par dessalement impropre à la consommation humaine".  Face à cette fausse rumeur, Xavier Houzel indique également se poser la question de "l'opportunité d'une plainte en justice et de la saisine du Sénat". 

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr. Retrouvez-nous également sur Twitter : notre équipe y est présente derrière le compte @verif_TF1LCI.


Caroline QUEVRAIN

Tout
TF1 Info