La préfète d'Indre-et-Loire écartée : que sait-on de ce limogeage polémique ?

I.N
Publié le 28 décembre 2022 à 20h31

Source : Sujet TF1 Info

Début décembre, la préfète d'Indre-et-Loire Marie Lajus a été écartée.
Une cinquantaine d'élus locaux ont dénoncé "une injustice" dans une tribune.
Un projet d'implantation d'un incubateur de start-up et de chercheurs dans une zone boisée inconstructible serait à l'origine de la polémique.

Un limogeage polémique. Depuis plusieurs jours, de nombreux élus ou responsables d'associations se mobilisent pour protester contre la décision d'écarter Marie Lajus de sa fonction de préfète d'Indre-et-Loire. Le 7 décembre, le Conseil des ministres, sur proposition du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, a nommé Patrice Latron à sa place. Localement, son remplacement est perçu comme un limogeage.

Que s'est-il passé ?

Arrivée à Tours en 2020, la désormais ex-préfète et ancienne porte-parole de la préfecture de police aurait été limogée à la suite d'interventions d'élus de la majorité auprès de Gérald Darmanin, d'après un article du Canard enchaîné daté du 14 décembre. Il est expliqué que Marie Lajus s'est attirée les foudres de certains édiles pour s'être opposée au projet d'implantation d'un incubateur de start-up et de chercheurs, baptisé Da Vinci Labs, dans une zone boisée inconstructible, dans le parc du château Louise-de-la-Vallière, à Reugny, près de Tours.

Elle avait prévenu les élus que s'ils décidaient de rendre constructible le terrain, elle serait obligée d'attaquer la légalité de cette décision, au nom de la loi Climat et résilience. "Face à cette situation, qu'a fait la préfète d'Indre-et-Loire ? Ce que toutes les préfètes et les préfets de France auraient fait : exercer leur rôle de garant du respect de la loi", arguent ses défenseurs auprès du Monde.

Interrogé par l'AFP, le cabinet du ministre de l'Intérieur a fait valoir que les nominations de préfets relevaient "du pouvoir discrétionnaire de l'exécutif". Sans autre commentaire. La vie de préfet est ainsi faite que son "bail n'est que de sept jours". Sept jours, soit le laps de temps en moyenne entre deux conseils des ministres. "Cela fait partie de la fonction (de préfet) de pouvoir sauter un mardi", veille de Conseil des ministres, a relevé l'un d'eux auprès de l'AFP.

Par qui est-elle soutenue ?

Élus locaux, parlementaires, une ex-procureure générale, responsables d'associations... Ils sont nombreux à se mobiliser depuis quelques jours pour protester contre ce changement de préfet. Pour se faire entendre, ils utilisent pétition, lettre à l'exécutif, ou encore tribune. "Une injustice", s'insurgent auprès du Monde ces personnes venues des départements de l'Ariège, de Charente et d'Indre-et-Loire, où la préfète a exercé ses fonctions.

"Marie Lajus est une préfète dont le professionnalisme est unanimement salué dans les territoires où elle a eu à exercer", écrivent-ils. "À travers son impartialité, sa probité et son humanité, elle incarne ce que la société attend de l'État", poursuivent les auteurs, qui réaffirment leur "soutien plein et entier à Marie Lajus."

Pourquoi est-elle dans le viseur ?

Si l'exécutif tempère la polémique, la diffusion sur les réseaux sociaux d'une vidéo prise le jour de son départ de la préfecture de Tours aurait irrité dans la majorité. On y voit Marie Lajus brandir l'article, mis sous-verre, du Canard enchaîné. Un cadeau de ses collaborateurs. "C'est déloyal", a lâché un membre de la majorité auprès de l'AFP.

"La diffusion de cette vidéo n'était pas de son fait. Tout comme elle n'est pour rien dans la pétition ou la tribune", assure de son côté son entourage, qui craint que tout ceci in fine ne la desserve.


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