La municipalité de Grenoble a autorisé lundi le port du burkini dans ses piscines municipales.
Une mesure qui semble faire l'unanimité contre elle à droite et recueillir un certain soutien à gauche.
En réalité, ce n'est pas si simple.

La gauche est pour, la droite est contre. Peut-on résumer de façon aussi manichéenne les positions de la classe politique sur le port du burkini dans les piscines municipales ? Ce serait trop simple. Illustration lundi soir : le conseil municipal de Grenoble a voté en faveur de l'autorisation du port de ce vêtement dans ses bassins à une très courte majorité et sans convaincre l'ensemble des alliés de gauche du maire écologiste Eric Piolle. En effet, 13 membres de la majorité - composée d'écologistes, communistes, insoumis et membres de Génération.s - ont voté contre.

C'est le cas de la première adjointe insoumise Elisa Martin, même si d'autres membres de LFI n'ont pas suivi la candidate aux élections législatives et ont voté pour la résolution. Amel Zenati, membre de la majorité et conseillère chargée de la transition numérique, a également pris la parole lors du Conseil municipal pour expliquer sa position et celle des membres de la majorité qui ont voté contre le texte

Sur Twitter à l'issue de la délibération, cette dernière s'est dite "triste" et a partagé une phrase de Simone de Beauvoir : "N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant." Elle estime que le burkini est un "projet porté par des islamistes"

"Ce n'est pas ma gauche !"

Un groupe soutenu par le Parti socialiste a également voté contre et sa représentante a accusé le maire de la ville d'avoir "mis dans le débat public un sujet qui a fracturé la gauche, qui a fissuré votre majorité". Elle s'est dite "très inquiète pour les femmes grenobloises". Une position partagée par certains cadres du PS. Sur Twitter, François Kalfon, membre du bureau national, a accusé Eric Piolle de céder "aux pressions communautaires". "Il envenime plutôt que d'apaiser. Définitivement, ce n'est pas ma gauche !" Ce mercredi, l'ancienne ministre PS Laurence Rossignol a accusé l'édile de "polluer la campagne" des élections législatives. Selon elle il "est tombé dans un piège avec visiblement un grand bonheur" en cédant "aux  revendications religieuses, politiques qui émanent d'associations ou de groupes assez minoritaires dans la religion" et "c'est une victoire des intégristes".

Si ce n'est pas la position la plus partagée au sein du parti, cela révèle le clivage qui divise les socialistes sur les questions de laïcité, de communautarisme, de lutte contre l'islamisme politique et de féminisme. Preuve de cette division au PS : à Rennes, ville dont est maire la socialiste Natalie Appéré, le burkini est autorisé dans les piscines depuis 2018, même si l'édile se défend d'avoir modifié son règlement pour autoriser ce vêtement. Elle a expliqué dans la presse qu'il était question de soulager le travail des maîtres-nageurs occupés à faire la chasse aux shorts de bains et autoriser les combinaisons de plongée. 

Je suis contre le fait qu'une piscine, un service public, favorise une revendication religieuse."
Fabien Roussel

Ce mercredi, le chef des communistes Fabien Roussel a également dit regretter "que le maire de Grenoble Eric Piolle en fasse une affaire nationale, instrumentalise cette affaire pour des raisons politiques internes, de congrès des Verts" ou autre. "Je suis contre le fait qu'une piscine, un service public, favorise une revendication religieuse", a-t-il critiqué sur Europe 1. L'ancien candidat à la présidentielle aurait "privilégié le retrait de cette délibération qui n'avait rien à faire là, parce que, au minimum, on en parle avec l'ensemble des maires de son territoire et on évite d'instrumentaliser un tel sujet".

Une étude réalisée par l'Ifop pour Le Point et publiée ce mardi montre que les électeurs de gauche sont majoritairement contre l'autorisation du burkini dans les piscines publiques. C'est le cas de 56% des sympathisants LFI, 56% des sympathisants EELV et 70% des sympathisants PS. 58% des électeurs ayant prévu de voter pour une liste Nupes aux futures élections législatives se déclarent également contre.


Justine FAURE

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