Législatives : l'accord entre EELV et LFI est "une escroquerie", affirment Jean-Paul Besset, José Bové et Daniel Cohn-Bendit

par Maëlane LOAËC
Publié le 8 mai 2022 à 17h43

Source : TF1 Info

Les trois anciens députés européens écologistes ont attaqué la direction des Verts dans une tribune au vitriol.
Ils accusent le parti d'"une infamie sans nom", pour avoir conclu une alliance avec les Insoumis.
Les signataires pointent des positions inconciliables, selon eux, sur le conflit ukrainien et l'Europe.

Il n'y a pas que dans le rang des socialistes que l'alliance entre les partis de gauche en vue des législatives suscite des dissensions. "L’accord des Verts avec La France insoumise est une escroquerie", ont défendu dans une tribune publiée dans Le Monde samedi trois anciens députés européens écologistes élus en 2009. Jean-Paul Besset, José Bové et Daniel Cohn-Bendit accusent les membres d'Europe Écologie-Les Verts d'avoir sacrifié "le principe démocratique" pour un "accord indigne", signé lundi, en vertu "d’obscures tractations électorales"

"N'avez-vous pas honte, camarades d'Europe-Ecologie-les Verts ?", apostrophent-ils dès la première ligne de la tribune, avant de reprocher à la direction du parti une "violence politiquement majeure" en signant par cette Nouvelle Union populaire écologique et sociale "une infamie sans nom"

"Vous trahissez l’Ukraine ! Qui arrêtera votre dérive ?"

Les trois ex-députés européens citent notamment la position de la France Insoumise sur le conflit en Ukraine, qui d'après eux renvoie "dos à dos agresseur et agressés" et maintient volontairement "l'ambiguïté à l'égard des valeurs démocratiques". Au cours de la campagne présidentielle, le prétendant des Verts Yannick Jadot avait souvent reproché à Jean-Luc Mélenchon un manque de fermeté sur ce chapitre, l'accusant même de proximité avec le pouvoir russe. 

"Vous vous asseyez à la droite du père Ubu du Kremlin et de ses complices. Vous le faites au moment où le pire se déroule sous vos yeux, étalage cynique de sang, de morts, de massacres, de viols, de destructions, de souffrances", tancent ces militants historiques des Verts, qui ont depuis quitté le Parlement européen. "Vous embarquez les écologistes dans l’impasse d’une compromission déshonorante et contraire à ce qu’ils sont. En 1936, le Front populaire a sacrifié la République espagnole. Vous trahissez l’Ukraine ! Qui arrêtera votre dérive ?", lancent aussi les signataires. 

Autre volet sur lequel les programmes insoumis et écologistes restent incompatibles selon eux : l'Europe, "victime collatérale" de cet accord, écrivent-ils. "En appelant à la 'désobéissance' vis-à-vis des traités, de la mutualisation et de la solidarité, vous engagez la guérilla contre l’Europe au nom du nationalisme", estiment Jean-Paul Besset, José Bové et Daniel Cohn-Bendit. Et de poursuivre : "Avec cet accord indigne, vous exécutez un principe fondateur de nos sociétés, la démocratie et, son extension, l’Europe"

José Bové pourrait soutenir l'opposante socialiste Carole Delga

"Les mots sont durs et ils font mal, y compris à ceux qui les écrivent, mais ils décrivent une réalité, et cette réalité est cruelle", a commenté sur franceinfo dimanche Jean-Paul Besset. "On peut être prêt à des compromis", mais "pas sur les principes démocratiques, pas sur les principes de liberté", a-t-il avancé. Quant à José Bové, il a estimé dans les colonnes de La Dépêche du Midi que la direction d'EELV "s’est faite endormir et même duper par le discours de La France Insoumise", au nom d'un accord qui "n’est qu’un marché de dupes, du tripatouillage"

L'ex-député s'est dit prêt à soutenir "totalement" la frondeuse PS Carole Delga, présidente de la région Occitanie, "si une dynamique parvient à se mettre en route dans quelques mois". Les critiques des trois signataires trouvent en effet un écho dans celle de la présidente de la région Occitanie, tout comme celles de plusieurs ténors du PS, à l'instar de l'ancien président François Hollande, l'ex-premier ministre Bernard Cazeneuve, l'ex-Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis et la maire de Paris Anne Hidalgo, qui reprochent tous aux cadres du parti d'avoir dérogé à leurs valeurs en s'associant à LFI.

Reste que chez les Verts, les voix discordantes se font moins nombreuses. L'accord d'union a été adopté par le Conseil fédéral d'EELV par 84 voix pour, dix contre, huit bulletins blancs et une personne qui n’a pas participé au vote, tandis que le Parlement socialiste l'a validé à 62%. De son côté, Yannick Jadot, lui-même eurodéputé, s'en tient pour l'instant au mutisme.


Maëlane LOAËC

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