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Qu'est-ce que l'Olaf, qui accuse Marine Le Pen de détournement de fonds européens ?

Y.R.
Publié le 18 avril 2022 à 16h16
JT Perso

Source : Sept à huit

L'Office européen de lutte antifraude soupçonne Marine Le Pen d'avoir détourné de l'argent public européen.
De manière générale, il enquête sur les cas de fraude au détriment du budget de l'UE, ainsi que sur la corruption et les fautes graves dans les institutions européennes.
La candidate du RN a déjà eu affaire à cet organisme.

Ne vous y trompez pas, Olaf n'est pas seulement le sobriquet donné au bonhomme de neige de Disney. Dans ce cas, il s'agit de l'acronyme officiel de l'Office européen de lutte anti-fraude. Cet organisme, affilié à l'Union européenne, a mis en cause Marine Le Pen, trois de ses proches - son père Jean-Marie Le Pen, son ex-conjoint Louis Aliot et Bruno Gollnisch, membre du bureau national du Rassemblement national (RN) - et le groupe parlementaire d'extrême droite Europe des nations et des libertés (ENL). 

Selon un rapport, révélé par Mediapart, samedi 16 avril, ils sont soupçonnés d'avoir détourné environ 600.000 euros d'argent public européen au cours de leur mandature d'eurodéputés. La candidate du RN à la présidentielle aurait, elle, soustrait environ 137.000 euros d'argent public du Parlement de Strasbourg, dont elle occupait un siège entre 2004 et 2017. Des allégations qualifiées de "montage grossier", voire de "boule puante", et rejetées par le camp Le Pen. 

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Ce n'est pourtant pas la première fois que Marine Le Pen est épinglée par l'organisme européen anti-fraude. En 2016, un rapport confidentiel de l'Olaf ciblait déjà celle qui était, à l'époque, la cheffe de file du Front national (FN), lui reprochant d'avoir employé fictivement des assistants parlementaires, Thierry Légier, son garde du corps, et Catherine Griset, son ancienne belle-sœur, en les rémunérant avec l'argent du Parlement européen alors qu'ils travaillaient pour le FN. Le dossier a été transmis à la justice française, qui poursuit l'affaire des assistants parlementaires au pénal depuis juin 2017 et dans laquelle la députée du Pas-de-Calais a été mise en examen pour "abus de confiance" et "détournements de fonds publics".

La fraude et la corruption dans son viseur

Créé en 1999, l'Office européen de lutte anti-fraude fait la chasse aux détournements des financements européens. "L'utilisation abusive de fonds issus du budget de l'UE ou le non-paiement des impôts, droits et taxes qui financent ce budget nuisent directement aux citoyens européens et portent préjudice à l'ensemble du projet européen", peut-on lire sur le site officiel de l'Union européenne. L'Olaf a donc pour mandat de protéger les intérêts financiers de l'UE, de lutter contre la fraude, la corruption ou les fautes graves commises par le personnel de l'UE et les membres des institutions européennes. 

Partie intégrante de la Commission européenne, sous responsabilité du Commissaire responsable du budget, l'organisme européen regroupe plus de 400 personnes (policiers, douaniers et experts). Il agit de manière indépendante dans l'exécution de son mandat d'enquête et bénéficie d'une autonomie budgétaire et administrative. Sa liberté opérationnelle est posée dans les Traités et textes européens. Cela ne l'empêche pas d'être sous le feu des critiques. Son statut hybride, lui permettant d'enquêter sur la Commission tout en étant sous les ordres d'un Commissaire, lui vaut des attaques sur sa partialité. 

Un pouvoir d'enquête indépendant

Sollicité sur des soupçons de fraudes ou d'irrégularités d'un large éventail de sources, l'Office européen de lutte anti-fraude a compétence pour les enquêtes administratives internes (au sein des institutions et organes de l'UE), externes (hors des institutions et organes de l'UE) et de coordination (en soutien d'autorités nationales ou d'autres services de l'UE). Il ne peut poursuivre les auteurs d'infractions dans les États membres. Si des poursuites sont justifiées à l'issue de son enquête, l'organisme européen peut recommander à l'autorité nationale compétente saisie de lancer des poursuites criminelles, de recouvrements financiers ou d'autres mesures disciplinaires, dont il contrôle par la suite l'application. 

Depuis 1999, l'Olaf a mené plus de 3500 enquêtes et recouvré en moyenne 100 millions d'euros de fraudes détectées par an, principalement sur les fonds structurels européens et la contrebande de centaines de millions de cigarettes. En 2020, année marquée par la pandémie de Covid-19, l'organisme européen anti-fraude a concentré ses activités essentiellement sur les contrefaçons de masques chirurgicaux et de gels désinfectants pour les mains. Selon son rapport d'activité, outre ses prérogatives habituelles, le travail d'enquête a permis de saisir 52 millions de produits comme des gels pour les mains contenant de dangereuses quantités de méthanol, des masques ne correspondant pas aux normes ou de faux kits de tests.


Y.R.

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