La députée Maud Bregeon est la rapporteure du projet de loi sur le nucléaire, débattu à partir de ce lundi 13 mars à l'Assemblée nationale.
À 32 ans, cette figure montante de la majorité connaît bien le sujet puisqu'elle a travaillé chez EDF en tant qu'ingénieure nucléaire.
Ce qui lui vaut des accusations de conflit d'intérêts, dont elle se défend en accusant l'opposition de gauche de dogmatisme sur le sujet.

"Le nucléaire n'est ni de droite ni de gauche. (…) Tout député sincèrement attaché au climat, à notre souveraineté énergétique et au pouvoir d'achat a vocation à voter ce texte." Dans une interview au Figaro publiée ce lundi 13 mars, jour de l'arrivée à l'Assemblée nationale du projet de loi sur le nucléaire, la rapporteure du texte Maud Bregeon joue son va-tout. Sachant très bien que les Français sont majoritairement pronucléaires, elle adresse un message clair à l'opposition : un rejet du texte serait incompréhensible, contraire aux ambitions climatiques de la France.

Elle-même n'a pas besoin d'être convaincue du bien-fondé de la réforme. Sa formation et sa carrière l'ont tout naturellement poussée à assurer la défense de ce projet de loi pour la majorité. Avant d'être élue députée de la 13e circonscription des Hauts-de-Seine en juin dernier, Maud Bregeon était ingénieure nucléaire chez EDF. Un poste dont elle a démissionné à son entrée au Palais Bourbon.

Ingénieure spécialisée dans la gestion de crise

Après des études à Polytech Nantes, la native de Poitiers arrive en région parisienne en 2014, pour travailler chez EDF à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Maud Bregeon se spécialise dans le domaine de la sûreté nucléaire et de la gestion de crise, dans une unité créée après l'accident de Fukushima, chargée d'orchestrer une intervention en cas d'accidents graves. En 2017, elle est mobilisée aux Antilles après le passage de l'ouragan Irma. "Je suis fière d'avoir accédé à ce monde souvent considéré comme réservé aux hommes. J'aime ce métier. On a vraiment les mains dans le cambouis", dit-elle dans un portrait d'elle visible sur le site d'En marche.

Adhérente du mouvement lancé par Emmanuel Macron depuis 2016, celle qui a soutenu Nicolas Sarkozy en 2012 devient référente du parti présidentiel dans son département et est nommée porte-parole du mouvement en 2020. Pendant le confinement, elle squatte les plateaux de télévision pour défendre la politique du gouvernement et se fait connaître des Français comme du président de la République. Elle le défend bec et ongle, et approuve sa volonté de relancer la production d'énergie nucléaire après des années de frilosité. "Ce n'est pas Emmanuel Macron qui a évolué ; c'est la société. J'ai même du mal à en vouloir à Hollande de la fermeture de Fessenheim : Fukushima en 2011 marquait le début de l'hiver du nucléaire", constatait-elle auprès de Libération, dans un portrait titré "le cœur du réacteur" datant de novembre 2022.

Accusée de conflit d'intérêts

Depuis son arrivée à l'Assemblée nationale, les opposants n'ignorent pas son ancien métier et ne manquent jamais une occasion de crier au conflit d'intérêt (le projet de loi du gouvernement prévoit notamment la construction de six nouveaux EPR d'ici 2035). En janvier dernier, lorsque Sacha Houlié (Renaissance) avait demandé au déontologue de l'Assemblée nationale de se pencher sur le cas du député RN Grégoire de Fournas, viticulteur, pour un possible conflit d'intérêt au moment de défendre un amendement sur le vin lors de l'examen d'un texte sur la grande distribution, ce dernier lui avait alors lancé : "Cette logique que vous défendez, défendez-la aussi pour votre collègue qui a travaillé chez EDF". Une allusion évidente à Maud Bregeon.

"Je savais que certains esprits tordus iraient sur ce terrain, j'y étais parfaitement préparée. Pourtant, tout le monde trouve très bien qu'un ancien médecin s'occupe de questions de santé ou qu'un ancien prof parle du fonctionnement de l'Éducation nationale", répond-elle auprès du Parisien. "En commission, pendant toute la durée de l'examen du texte, il n'en a jamais été question, car en réalité, il n'y a pas de sujet."

En guise de riposte, Maud Bregeon attaque frontalement les parlementaires de gauche opposés au projet de loi. "Certains députés disent absolument n'importe quoi de manière totalement assumée, car la vérité scientifique n'est pas leur problème", dit-elle au Parisien. "Chez certains collègues LFI ou EELV, les croyances ont pris le pas sur la science. Tous les arguments sont bons, peu importe les faits, tant qu’ils servent le dogme antinucléaire", ajoute-t-elle dans le Figaro, les accusant de complotisme.


Justine FAURE

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