Mort de Jacques Delors : Schengen, Erasmus, l'euro... Ce qu'il a apporté à la construction européenne

Publié le 27 décembre 2023 à 19h18, mis à jour le 28 décembre 2023 à 14h53

Source : JT 13h Semaine

Jacques Delors est décédé ce mercredi 27 décembre à l'âge de 98 ans.
Président de la Commission européenne de 1985 à 1995, il est l'une des grandes figures de la construction européenne.

L'Union européenne ne serait pas la même sans lui. Décédé ce mercredi 27 décembre à l'âge de 98 ans, le socialiste Jacques Delors a laissé une grande empreinte sur la construction de l'union politique et économique des 27 pays européens qui composent aujourd'hui l'UE. Pendant ses dix années passées à la tête de la Commission des Communautés européennes, ex-Commission européenne (1985-1995), il s'attache à construire une Europe plus fédérale et libérale, et rêve d'une Europe sociale. Aussi, il ne perd jamais de vue l'objectif premier de cette union : la paix. 

Après des années comme ministre des Finances au sein du gouvernement de François Mitterrand (1981-1984), il est encouragé par le président de la République française et le chancelier allemand Helmut Kohl à prendre la direction de Bruxelles. Sous son mandat, sont signés les accords de Schengen (1985) qui consacrent la libre circulation des biens et des personnes via l'ouverture des frontières dans un "espace Schengen", l'Acte unique européen (1986) qui relance le projet de marché intérieur, et plusieurs réformes de la Politique agricole commune (PAC) sont menées. En 1987 est lancé le programme d'échanges entre étudiants Erasmus, et c'est sous son impulsion qu'a lieu la mise en chantier de l'Union économique et monétaire qui aboutira à la création de l'euro. Cinq nouveaux pays font également leur entrée dans la communauté sous son mandat. 

Un dirigeant respecté par tous

Pendant ces dix années à Bruxelles, Jacques Delors gagne le respect des dirigeants européens les plus eurosceptiques, notamment les Britanniques Margaret Thatcher et John Major, avec qui les rapports étaient exécrables. À leurs yeux, Jacques Delors, théoricien de la "fédération d'États-nations", incarnait la "bureaucratie" bruxelloise empiétant sur la souveraineté nationale. En 2015, en reconnaissance de son engagement et de son travail pour l'Europe, il avait été fait "Citoyen d'honneur de l'Europe", distinction dont seuls Jean Monnet et Helmut Kohl furent également honorés.

La fin de la carrière européenne de Jacques Delors signera aussi la fin de son engagement politique sur le plan national. Favori des sondages et donné vainqueur de la présidentielle de 1995 dès l'automne 1994, il avait finalement fait part de son renoncement à la télévision. "Je vais atteindre 70 ans, je travaille sans relâche depuis 50 ans et il est plus raisonnable, dans ces conditions, d'envisager un mode de vie plus équilibré entre la réflexion et l'action", avait-il déclaré.

Macron salue un "inépuisable artisan de notre Europe"

Débarrassé de tout engagement politique, Jacques Delors crée des clubs de réflexion dont "Notre Europe" (devenu ensuite "Institut Jacques-Delors" et installé à Paris, Bruxelles et Berlin). Il a plaidé jusqu'au bout pour un renforcement du fédéralisme européen, réclamant davantage d'"audace" à l'heure du Brexit et des attaques de "populistes de tout acabit"

Ce mercredi, Emmanuel Macron a salué un "inépuisable artisan de notre Europe". "Grand Français et grand Européen, il est entré dans l’histoire comme l’un des bâtisseurs de notre Europe", a commenté le président du Conseil européen, Charles Michel. "Jacques Delors était un visionnaire qui a rendu notre Europe plus forte. L’œuvre de sa vie est une Union européenne unie, dynamique et prospère. Elle a façonné des générations entières d’Européens, dont la mienne. Honorons son héritage en renouvelant sans cesse notre Europe", lui a rendu hommage sa successeure à la tête de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.


Justine FAURE

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