Des violences ont éclaté en Nouvelle-Calédonie ces derniers jours alors que l'Assemblée nationale s'apprête à voter une révision constitutionnelle décriée par les indépendantistes.
Ces tensions aggravent un peu plus la situation de l'archipel, déjà marqué par une crise économique liée aux pertes importantes de la filière nickel, développée dans le nord.
Cette filière devait pourtant permettre de favoriser le rééquilibrage entre cette province, dirigée par les indépendantistes, et celle au sud de l'archipel.

Après les difficultés économiques, la crise politique. En amont de l'examen à l'Assemblée nationale d'une révision constitutionnelle sur le corps électoral au scrutin provincial de Nouvelle-Calédonie, de violents affrontements ont éclaté dans la nuit de lundi à mardi, entrainant le décret d'un couvre-feu. Ces fortes tensions s'ajoutent à une situation déjà difficile dans l'archipel, causée par une filière du nickel en crise.

Une ressource au cœur de l'économie calédonienne

L'exploitation de ce minerai est au cœur de l'économie de la Nouvelle-Calédonie, tant ses sous-sols en sont riches. Les paysages de l'archipel, qui possède environ 25% des ressources mondiales de nickel, sont d'ailleurs marqués par le minerai, dont les filons laissent de larges saignées dans les montagnes et dans le sol du territoire. Si son exploitation a débuté dès le XIXe siècle, le secteur reste le premier employeur du territoire, employant directement ou indirectement 20 à 25% des salariés calédoniens.

Avec les accords de Matignon, en 1988, puis de Nouméa, dix ans plus tard, le développement et l'exploitation du nickel font par ailleurs partie intégrante du processus d'autonomisation de l'archipel. Le peuple kanak est directement associé à l'exploitation minière du minerai et à son raffinage. Est également érigée la "doctrine nickel", à laquelle les indépendantistes kanaks sont très attachés, qui privilégie la transformation sur place à l'exportation de minerai brut. Un moyen selon eux de permettre à l'archipel de devenir indépendant économiquement.

Une crise sans précédent

Mais aujourd'hui, le secteur traverse une crise sans précédent. La faute à des cours historiquement bas, auxquels s'ajoutent la flambée des prix de l'énergie et une forte concurrence étrangère. Par conséquent, les trois usines métallurgiques de l'archipel calédonien enregistrent des pertes records. L'industriel historique, la Société-Le Nickel (SLN) est fortement endettée (493 millions d'euros de dette financière nette fin 2022) et son actionnaire majoritaire Eramet a confirmé fin octobre 2023 qu'il n'injecterait pas plus d'argent dans sa filiale.

Prony Resources, dans le sud du territoire, est, elle, placée sous mandat ad hoc avec un endettement qui atteignait fin 2022 149 millions d’euros. Enfin, dans la province nord, dirigée par les indépendantistes, l'usine KNS, qui affiche une dette record de 13,7 milliards d'euros, a été mise en sommeil suite à l'annonce du départ de l'entreprise Glencore, jusque-là actionnaire à 49% de l'usine. Faute de trouver un repreneur d'ici au mois d'août, les 1750 salariés seront licenciés. 

Sa mise à l'arrêt serait une catastrophe pour la région, entièrement transformée par son ouverture au tournant des années 2010. Le développement de ce site en province nord, où les Kanaks sont majoritaires, était par ailleurs au cœur de la politique de "rééquilibrage" économique vis-à-vis de la province sud, une politique issue de l'accord de Nouméa de 1998. La province nord est d'ailleurs actionnaire du groupe à 51%.

Face à ces difficultés financières, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a proposé la mise en place du "pacte nickel" pour redresser la filière et permettre de réorienter la production vers le marché européen des batteries, en forte demande de nickel justement. Mais ce pacte divise les élus locaux, entre indépendantistes et non-indépendantistes. S'il doit permettre plusieurs centaines de millions d'euros de subventions de l'État, il nécessite aussi un soutien financier important de la collectivité calédonienne, à hauteur de 66,7 millions d'euros. 

Un montant trop important pour les indépendantistes, alors que les finances du territoire sont exsangues. Le gouvernement de Nouvelle-Calédonie rapportait fin 2023 qu'il était endetté à 153% de son budget. Les opposants reprochent aussi au texte de ne pas inclure un engagement assez fort des industriels. Alors que la situation était toujours bloquée, les tensions sont désormais exacerbées au vu des affrontements qui ont eu lieu ces derniers jours, en réaction au projet de réforme, à laquelle s'opposent également les indépendantistes.


Aurélie LOEK avec l'AFP

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