Yannick Jadot défend le projet d'une sortie totale du nucléaire en France.
Il affirme qu'à plusieurs reprises, nous sommes passés "à quelques secondes", "à deux doigts" d'un accident majeur.
L'Autorité de sûreté nucléaire, qui consigne les incidents sur notre territoire, contredit largement ces propos.

Alors qu'Emmanuel Macron a réaffirmé son soutien à la filière nucléaire en prônant l'installation de nouveaux réacteurs sur le sol français, le candidat écologiste à la présidentielle, Yannick Jadot, souhaite en finir avec cette source d'énergie. Sur France 2, jeudi 17 février au soir, il a notamment justifié sa position par des questions de sûreté. "Plusieurs fois, on a été à quelques secondes ou à deux doigts de l'accident nucléaire majeur dans notre pays", a-t-il lancé. Une affirmation que les experts de l'Autorité de sûreté nucléaire contestent auprès de TF1info.

Sollicitée, la porte-parole de Yannick Jadot apporte des précisions quant aux propos tenus par le représentant d'EELV. Marine Tondelier rappelle qu'il y a quelques semaines, le président de l'Autorité de sûreté nucléaire en personne évoquait l'absence de risque zéro. "Un accident nucléaire est toujours possible", lançait-il, "et ceux qui prétendraient le contraire prennent une grande responsabilité. Je pense qu’il faut rester vigilant, qu’il faut rester réaliste. Un accident nucléaire est toujours possible et cela suppose de l’anticipation", indiquait Bernard Doroszczuk.

Ce risque, "j'en parlais justement avec Delphine Batho, qui en tant qu'ancienne ministre en charge de la sûreté nucléaire le confirme totalement", ajoute Marine Tondelier. Lorsqu'on interroge la porte-parole du candidat sur les événements qui auraient pu mal tourner, elle mentionne ceux survenus à St-Laurent-des-Eaux, ou du côté de la centrale du Blayais. Des incidents qui ont "marqué les mémoires"

"On n'est jamais passés très près d'un incident majeur"

À Saint-Laurent-des-Eaux, ce sont deux incidents notables qui se sont déroulés, en 1969 et 1980. Aboutissant à la fusion d'éléments combustibles dans l'un des réacteurs. Il s'agit à ce jour des deux seuls événements classés au niveau 4 de l'échelle INES. Utilisée internationalement, cette dernière compte 7 niveaux de gravité. Le 7e (et plus grave) a ainsi été atteint à deux reprises dans l'Histoire, lors de la catastrophe de Tchernobyl, puis lors de celle de Fukushima. 

"On ne remet pas en cause le professionnalisme des gens qui travaillent dans la filière nucléaire", glisse Marine Tondelier, "mais l'on sait que les événements climatiques extrêmes vont se multiplier dans le futur." Elle qui habite "non loin de Gravelines, où la centrale est sous le niveau de la mer", s'interroge sur ce qui pourrait advenir "dans quelques décennies avec une montée des eaux".

Pour analyser les propos de Yannick Jadot, TF1info s'est rapproché de L'Autorité de sûreté nucléaire et de Christophe Quintin, son inspecteur en chef. Il le reconnaît bien volontiers, "on ne va jamais dire que l'accident ne va jamais arriver". Pour autant, "on n'est jamais passés très près d'un indicent majeur", assure-t-il. À propos des deux incidents de niveau 4 recensés à Saint-Laurent-des-Eaux, il estime que les conséquences auraient pu se révéler plus graves qu'elles ne l'ont été à l'époque, "mais il n'y avait alors pas de risque de fusion totale", qui aurait constitué le pire des scénarios. 

En ce qui concerne l'inondation déplorée fin 1999 au niveau de la centrale du Blayais, incident classé niveau 2 sur l'échelle INES, Christophe Quintin note que les risques de fusion avaient été jugés particulièrement faibles et que nous n'étions "clairement pas à deux secondes" d'une catastrophe majeure. Il se base ainsi sur des analyses de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), qui avait étudié cet incident en détails.

Le représentant de l'ASN souligne un point notable : le fait que les deux seuls incidents de niveaux 4, survenus respectivement il y a 42 et 53 ans, se sont produits sur des centrales équipées de "réacteurs graphites gaz", une technologie aujourd'hui obsolète et qui a été remplacée au fil du temps. Elle n'est d'ailleurs, à ce jour, plus utilisée en France. Ces évolutions techniques se sont traduites par la réduction des événements graves : plus aucun incident de niveau supérieur à 3 sur l'échelle INES n'est à déplorer dans une centrale française depuis 1981.

En résumé, il est impossible de garantir un risque zéro dans les centrales nucléaires, ce que reconnaît l'ASN elle-même. Cela ne signifie pas pour autant que des accidents d'une gravité majeure ont été évités de justesse en France. Les plus importants jamais recensés remontent à plus de 40 ans, mais n'avaient pas entraîné de risques importants hors du site. Les autorités de sûreté mettent en avant le fait que les technologies employées ont évolué radicalement, tandis que les protocoles de sécurité ont été renforcés. Tant sur le plan technique qu'humain.

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr. Retrouvez-nous également sur Twitter : notre équipe y est présente derrière le compte @verif_TF1LCI.


Thomas DESZPOT

Tout
TF1 Info