Ocean Viking : crise ouverte entre la France et l'Italie

Ocean Viking : Gérard Collomb critique l'accueil du navire et la politique migratoire d'Emmanuel Macron

J.F
Publié le 14 novembre 2022 à 12h39
JT Perso

Source : JT 13h WE

Dans une interview au Point, l'ancien ministre de l'Intérieur estime que l'accueil de l'Ocean Viking en France, vendredi, "ouvre une nouvelle brèche, créant un précédent".
Il explique également que sa démission du gouvernement en octobre 2018 a été motivée par ses désaccords avec Emmanuel Macron sur la politique migratoire du pays.

L'amarrage de l'Ocean Viking à Toulon (Var) vendredi dernier a fait sortir Gérard Collomb de son silence. Dans un tweet puis dans un entretien publié ce dimanche par Le Point, l'ancien ministre de l'Intérieur a estimé que l'accueil de ce navire et de ses 234 passagers en France après des semaines en mer et plusieurs jours d'errance entre l'Italie et la Corse avait ouvert "une nouvelle brèche", un "appel d'air" qui va créer un "précédent" dans la politique migratoire de la France. 

Selon l'ancien maire de Lyon, si "on peut être ému par tous ces cas individuellement", à ne "s'en tenir qu'à une réaction de sensibilité on renforce plus le problème qu'on ne le résout, en créant un appel d'air". "Pour moi, cela ne peut qu'encourager les réseaux de passeurs pour qui les migrants sont une source de gains considérables", ajoute l'ex-socialiste.

Si Emmanuel Macron "continue, la prochaine fois ce ne seront plus des femmes et des hommes politiques modérés qui auront à gérer les problèmes d'immigration", ajoute-t-il. "Je veux alerter sur les enjeux fondamentaux qui sont à l'œuvre dans l'affaire de l'Ocean Viking. C'est déjà ce qui m'avait poussé à la démission du ministère de l'Intérieur en 2018, même si je n'en ai pas parlé jusqu'à présent", poursuit l'ancien édile lyonnais, qui à l'époque avait invoqué l'envie d'être réélu maire de Lyon.

"Si j'avais dit cela à l'époque, j'aurais gravement nui à Emmanuel Macron"

Au Point, il explique que l'envie de l'UE de mettre en place des "centres contrôlés" pour accueillir les migrants est la genèse de ce départ. "L'idée originelle est de créer ces centres hors de l'Union européenne, en Tunisie, au Maroc et en Albanie. Ces trois pays refusent, en disant, en substance, qu'ils ne sont pas là pour résoudre nos problèmes. Emmanuel Macron propose alors d'ouvrir un tel centre soit à Toulon, soit à Marseille, et il demande au préfet de l'époque d'y travailler. Je suis alors ministre de l'Intérieur, et je suis à fond contre ce projet", affirme-t-il, estimant que si "l'on ouvrait tous ces centres de contrôles, tous les migrants resteraient sur notre sol". 

"Je pense alors : 'Je ne veux plus que cela se reproduise'. Et si je laisse se réaliser l'installation de ce centre de contrôle, je me sentirai plus tard responsable des actes qui pourraient entraîner la mort de personnes", ajoute-t-il.

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Gérard Collomb dit avoir caché la vraie raison de son départ pour ne pas nuire au président de la République. "Si j'avais dit cela à l'époque, j'aurais gravement nui à Emmanuel Macron. Si je m'étais exprimé avant la présidentielle, mon intervention aurait pu inverser le résultat de cette élection, et Marine Le Pen être élue. C'est pourquoi je me suis tu." En revanche, aujourd'hui, il se défend de faire le jeu de l'extrême droite avec ces propos. "C'est à force de ne pas prendre de décision en matière migratoire que l'on fait le jeu de l'extrême droite", juge-t-il. 


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