Pension minimale à 1200 euros, carrières longues : ces zones d'ombre qui empoisonnent le gouvernement

Publié le 13 février 2023 à 15h59, mis à jour le 13 février 2023 à 16h14

Source : JT 20h Semaine

Il promettait de la "pédagogie" sur sa réforme des retraites : le gouvernement est accusé d'avoir mal expliqué certains points clés de son texte.
C'est le cas sur ce qui a été présenté comme une retraite minimale à 1200 euros.
Il continue également d'entretenir le flou sur les carrières longues.

Son ambition était de faire de la pédagogie. Expliquer, illustrer, démontrer que sa réforme des retraites était nécessaire et qu'elle permettrait même d'améliorer les pensions de nombreux Français. Mais un mois après la présentation du projet de loi par Elisabeth Borne et alors que les députés se déchirent, force est de constater que l'objectif n'y est pas. Notamment en raison de communications contradictoires, principalement sur la retraite minimale supposée à 1200 euros ou sur la prise en compte des carrières longues.

Depuis le début, le gouvernement donne l'impression que sa réforme assurera à tous une retraite minimum de 1200 euros par mois. Ce qui n'est pas tout à fait vrai. Ce que l'exécutif disait un peu moins fort ces dernières semaines, c'est que cette mesure ne s'appliquera qu'à ceux qui auront une carrière complète, à temps plein, payée au niveau du Smic. Ce qui semble loin de ce qui a été présenté comme une retraite minimale s'appliquant à tous les travailleurs.

Et ces dernières heures, les membres du gouvernement ont bien du mal à justifier pourquoi ils étaient passés à côté de ces précisions. "Dès lors qu'on dit que c'est pour une carrière complète, c'est très vrai", a expliqué le ministre du Travail Olivier Dussopt ce lundi sur franceinfo, reconnaissant à demi-mot que cela n'avait peut-être pas toujours été présenté ainsi. "L'engagement du président de la République, c'est une pension à 85% du Smic pour une carrière complète à temps plein et au niveau du Smic. La conséquence de cette mesure, c'est de permettre à 200.000 nouveaux retraités par an de voir leur pension revalorisée", a-t-il ajouté, sans préciser qu'ils ne toucheraient pas tous jusqu'à 1200 euros, mais plutôt entre 25 et 100 euros de plus par mois selon les cas.

Les excuses d'Olivier Véran

Dimanche sur franceinfo, le porte-parole du gouvernement avait également eu du mal à justifier la communication de l'exécutif à ce sujet. Il a été coincé par les journalistes qui lui ont rappelé des propos tenus le 11 janvier sur le même plateau. Olivier Véran indiquait alors : "Deux millions de retraités actuels, qui ont une retraite inférieure à 1200 euros, verront leur retraite majorée à 1200 euros bruts par mois". "Je vous dis que c'est pour une carrière complète au Smic… Désolé si une phrase n'allait pas dans ce sens dans cette émission", a-t-il justifié hier, visiblement embarrassé. 

Avant lui, pourtant, d'autres avaient tenté d'assurer que le gouvernement n'avait jamais affirmé l'inverse. "Ça, c'est une fake news. On n'a jamais dit qu'on allait donner 1200 euros à tout le monde", avait certifié le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Franck Riester, vendredi sur BFMTV. "Ça n'a jamais été ce qui a été dit dès le départ", a abondé le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, ce lundi sur RTL. Pas tout à fait vrai, donc, le gouvernement ayant bien laissé sous-entendre qu'il créerait une retraite minimale de 1200 euros pour tous

Dans le dossier de presse de la réforme distribué le 10 janvier, on peut lire que "le minimum de pension augmentera de 100 euros par mois" pour "un salarié qui a travaillé au Smic toute sa vie" pour atteindre "une pension de près de 1200 euros par mois, soit 85% du Smic net". Il n'était pas si clair que seraient par exemple exclus du dispositif ceux qui ont fait beaucoup de temps partiel, et que, malgré 43 annuités de cotisation, tous n'atteindraient pas les 1200 euros. 

Toujours un flou sur les carrières longues ou les femmes

Le gouvernement n'est toujours pas clair sur un autre sujet : celui des carrières longues. Le ministre du Travail n'a pas réussi à lever le doute ce lundi sur franceinfo. À la question de savoir si certaines personnes ayant commencé à travailler tôt devront continuer à cotiser 44 annuités, Olivier Dussopt n'a pas apporté de réponse claire. "Nous allons inscrire dans la loi un dispositif carrières longues pour ceux qui ont commencé à travailler avant 21 ans", s'est-il contenté de répondre. "Dire que personne ne cotisera un jour de plus que 43 ans, ça serait mentir aux Français", a-t-il prévenu. Elisabeth Borne avait été plus claire la semaine dernière, admettant que certains devraient bien avoir leurs 44 annuités pour partir, et renvoyant la question au débat parlementaire.

Aussi, après s'être vanté d'améliorer la condition des femmes avec sa réforme, l'exécutif avait dû s'expliquer après la sortie de Franck Riester expliquant qu'elles seraient "un peu pénalisées". Si les membres du gouvernement avaient assuré l'inverse dans les médias, la polémique était née d'une étude d'impact du gouvernement montrant que la réforme allait pousser les femmes à allonger leur carrière davantage que les hommes, tout en contribuant à réduire les écarts de pensions entre les deux sexes. Par exemple, les femmes nées en 1972 devront travailler en moyenne neuf mois supplémentaires, contre seulement cinq mois pour les hommes nés la même année. Celles nées en 1980 partiront huit mois plus tard qu’aujourd’hui, contre moitié moins pour les hommes. 

Une série de couacs qui passent difficilement compte tenu de l'impopularité de la réforme défendue par le gouvernement. 


Justine FAURE

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