Pourquoi le retour des maths obligatoires au lycée doit "encourager l'égalité filles-garçons"

Justine Faure
Publié le 14 novembre 2022 à 16h47
JT Perso

Source : Sujet JT LCI

Le ministre de l'Éducation nationale a annoncé dimanche le retour d'un enseignement obligatoire des mathématiques à la rentrée 2023 pour tous les lycéens de la filière générale en classe de première.
Pap Ndiaye estime cette mesure nécessaire pour "encourager l'égalité filles-garçons" mise à mal après la réforme du lycée instaurée par Jean-Michel Blanquer en 2019.

Pap Ndiaye revient sur une mesure phare de son prédécesseur. Depuis la réforme du lycée en 2019 qui a mis fin aux traditionnelles séries L, ES et S, les mathématiques ne faisaient plus partie des matières enseignées à tous les lycéens. Dans un communiqué publié ce dimanche 13 novembre, le ministre de l'Éducation nationale entend revenir sur cette mesure en rendant obligatoire à la rentrée 2023 un enseignement des mathématiques pour tous les élèves de première en filière générale. Notamment parce que la réforme de Jean-Michel Blanquer avait mis à mal l'égalité filles-garçons, en plus de renforcer les inégalités sociales et d'appauvrir le vivier scientifique du pays.

Pap Ndiaye souhaite mener à bien cette réforme afin "de continuer à promouvoir l'excellence, mais aussi réconcilier tous les élèves avec les mathématiques et encourager l'égalité filles-garçons", lit-on dans le communiqué du ministère. Pour lui, "l'objectif est d'atteindre d'ici 2027 la parité filles-garçons dans les spécialités mathématiques, physique-chimie et mathématiques expertes (les filles sont majoritaires en SVT), et tendre vers la parité pour les autres enseignements (Sciences de l'ingénieurs – NSI – numérique et sciences informatiques)"

Si l'argument de l'égalité est autant mis en avant, c'est parce que les chiffres montrent que la réforme de 2019 a largement détourné les filles de l'enseignement des mathématiques. Selon les chiffres de l'Éducation nationale, en 2021 les mathématiques étaient l'enseignement de spécialité le plus choisi par les élèves de terminale, à 37,5%, devant les sciences économiques et sociales et la physique-chimie (en baisse de 4 points par rapport à 2020). En revanche, la part des filles dans cette matière était de 39,8% (contre 41,9% en 2020). Cette même année, si les mathématiques étaient l'enseignement de spécialité le plus choisi par les garçons (51%), il n'était que le quatrième choix pour les filles, qui étaient 27% à le suivre. 

En 2021, entre la première et la terminale, la moitié des filles ont abandonné les maths

Selon une autre note d'information de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (Depp) datant de juin 2022, en 2021, entre la première et la terminale générale, 52% des filles choisissaient d'arrêter l'enseignement de spécialité, contre 31% des garçons. 46% des filles de terminale générale étudiaient donc encore les mathématiques en dehors de l'enseignement scientifique du tronc commun, contre 67% des garçons.

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Ces chiffres sont encore plus parlants lorsqu'ils sont mis en perspective sur le long terme. Dans une note de la Société mathématique de France publiée en octobre 2022, on peut lire qu'en terminale en 1994, dans un parcours scientifique intégrant plus de 6h de maths par semaine, les filles représentaient 40,2% des effectifs. En 2019, avant la réforme, elles étaient 47,5% à avoir un profil similaire. Mais deux ans plus tard, en 2021, ce taux tombait à 35,7%. "Lorsqu’on associe un enseignement de mathématiques de 6h ou plus par semaine, l’effectif des garçons diminue de 37%, et celui des filles de 61%", lit-on encore dans ce document. 

Au cours de la dernière campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait promis le retour des maths dans le tronc commun en cas de réélection, avant d'acter cette réintroduction dès la rentrée 2022 mais seulement en option. Pap Ndiaye a donc choisi d'aller plus loin et d'y ajouter un caractère obligatoire, peut-être parce qu'un faible nombre d'élèves avait finalement choisi cette option lors de l'année scolaire 2022-2023.


Justine Faure

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