Candidat à sa réélection, Emmanuel Macron est aussi en campagne pour défendre son bilan.
Si de nombreux engagements pris en 2017 ont été tenus, plusieurs chantiers sont restés en jachère.
Voici les principaux.

Cinq années de mandat, plusieurs crises et un certain nombre de dossiers restés dans le tiroir. À l'heure de la campagne, Emmanuel Macron, candidat à sa réélection, s'emploie à défendre activement son bilan, tout en reconnaissant ne pas avoir pu réaliser tout ce qu'il avait annoncé en 2017.

Parmi ces chantiers abandonnés, certains sont structurants - à l'instar de la réforme des retraites -, d'autres plus anecdotiques. Selon Le Monde, le président sortant a été en mesure de réaliser près de la moitié des 400 promesses faites en 2017, 125 d'entre elles ayant été recalées. Voici quelques-uns des engagements les plus symboliques qui ont été sacrifiés. 

La réforme des institutions

La grande réforme constitutionnelle voulue par le candidat Macron en 2017 a fait long feu. Largement inspirée par son allié MoDem François Bayrou, elle devait contribuer à la vitalité démocratique en prévoyant la réduction du tiers des effectifs du Parlement, une limitation des mandats dans le temps, la suppression d'une partie des départements ou encore la recomposition du Conseil économique, social et environnemental. Une loi devait également instaurer une dose de proportionnelle aux élections législatives afin d'assurer une meilleure représentativité. Si Emmanuel Macron a tenté à plusieurs reprises de relancer ce projet, l'absence de consensus avec l'opposition et les crises - Gilets jaunes et Covid-19 - ont eu raison de ses ambitions. 

La taxe carbone

Ce devait être l'un des marqueurs de la politique environnementale de la décennie. La taxe carbone, où écotaxe (également Contribution Climat Énergie), mise en œuvre dès 2014, devait voir son taux relevé régulièrement en vertu des objectifs fixés par la France pour la transition énergétique. Candidat, Emmanuel Macron s'était engagé à poursuivre la hausse de ce taux, avec l'objectif d'atteindre 100 euros par tonne de CO2 en 2030.

C'est la hausse prévue de cette taxe, conjuguée à une flambée conjoncturelle des prix de l'essence, qui a déclenché le mouvement des Gilets jaunes à l'automne 2018, et la crise sociale qui s'est ensuite poursuivie jusqu'au printemps. Une colère sociale qui a conduit le gouvernement d'Edouard Philippe à décréter un moratoire, puis à geler la taxe jusqu'à la fin du quinquennat. 

Les retraites

L'une des réformes les plus symboliques du quinquennat devait être celle des retraites. Candidat, Emmanuel Macron avait promis d'instaurer un système "universel" fondé sur la retraite à points et la suppression progressive des régimes spéciaux. Le projet, combattu par l'opposition et par une partie des syndicats, a suscité fin 2019 un long mouvement social, marqué par la grève à la SNCF. Le texte portant la réforme avait été adopté dans la douleur, par un recours au 49-3, début mars 2020. Finalement, ce n'est pas la contestation sociale, mais le déclenchement de la pandémie de Covid-19 qui a eu raison de cette réforme. 

Après avoir laissé entendre à plusieurs reprises qu'il la mènerait à son terme, Emmanuel Macron a finalement dû se résoudre à la suspendre. C'est aujourd'hui le candidat Macron qui repart à la charge sur ce thème avec, cette fois, un projet visant à reporter l'âge légal de départ à 65 ans, une option qu'il refusait en 2017, promettant au contraire que l'âge de départ resterait à 62 ans. "Avec le système universel par points, les gens étaient perdus", a reconnu le candidat, vendredi à Pau, pour justifier ce revirement. 

Les centrales à charbon

En 2017, le candidat Macron avait promis de fermer l'intégralité des dernières centrales à charbon, particulièrement polluantes, avant la fin de son quinquennat. Les délais de ces fermetures ont finalement été repoussés, en raison des tensions fortes sur le marché de l'énergie. Avant même le déclenchement de la guerre en Ukraine, le gouvernement a décidé, début 2022, de prolonger le recours à ces centrales au-delà du seuil initialement prévu, jusqu'à fin février. Une centrale restera en activité au moins jusqu'en 2024, afin de faire face aux pics de consommation durant l'hiver. 

La part du nucléaire

Il y a cinq ans, Emmanuel Macron reprenait à son compte l'engagement du quinquennat précédent visant à réduire la part du nucléaire dans le mix électrique à 50% à l'horizon 2025. En novembre 2018, le chef de l'État a annoncé la fermeture de 14 réacteurs nucléaires d'ici à 2035, dont quatre à six d'ici à 2030. L'objectif des 50% a toutefois été reporté de dix ans, à 2035, compte tenu des besoins énergétiques des Français. Par comparaison, le nucléaire représente aujourd'hui 67,1% du mix électrique

En outre, en décembre 2020, Emmanuel Macron a estimé que "l'avenir énergétique de la France" passait "par le nucléaire". En février 2022, face à la crise énergétique touchant l'Europe, il a ainsi présenté un plan visant non seulement à étudier la possibilité de prolonger la durée de vies de certains réacteurs, mais aussi à faire construire six nouveaux réacteurs EPR2 et à envisager la construction de huit autres réacteurs, anticipant une montée en flèches des besoins en électricité d'ici à 2050 et jugeant que les énergies renouvelables ne suffiraient pas à répondre à cette demande. 

Les mesures d'économie

Avant son élection, Emmanuel Macron avait consacré un volet de son projet à la sobriété budgétaire. Pour rapprocher la France des 3% de déficit public imposés par la règle européenne, il s'était engagé à réduire la dépense publique à 52% du PIB et à réaliser 60 milliards d'euros d'économies sur le quinquennat. Une ambition mise à mal par la crise des Gilets jaunes, mais surtout par la crise sanitaire, qui a marqué le retour de l'investissement public, à travers les mesures d'aide d'urgence et le plan de relance. 

Le déficit public a atteint près de 7% en 2021, et la trajectoire retenue par le gouvernement ne permet d'envisager un retour sous la barre symbolique des 3% qu'à l'horizon 2027. En outre, les dépenses publiques ont atteint jusqu'à 60,8% du PIB en 2020, pour revenir à 55,6% en 2022. 

À noter également : Emmanuel Macron a acté, en cours de mandat, l'abandon de son projet visant à supprimer 120.000 postes dans la fonction publique. 

D'autres mesures abandonnées ou reportées

De nombreuses autres promesses ont été suspendues au cours du quinquennat. C'est le cas du Revenu universel d'activité (RUA), prévoyant de fusionner les dispositifs de prestations sociales en vue de les simplifier, qu'Emmanuel Macron recycle dans son projet pour 2022 sous la forme d'une "solidarité à la source"

On peut également citer les projets de 2017 visant à renforcer l'autonomie des universités et à instaurer une forme d'autonomie des chefs d'établissements dans les écoles. Des chantiers qui, là encore, réapparaissent dans les engagements de 2022. 


Vincent MICHELON

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