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Chômage, justice, environnement... Nous avons vérifié les propos d'Emmanuel Macron sur son bilan

Thomas Deszpot & Caroline Quevrain
Publié le 18 mars 2022 à 18h52, mis à jour le 28 mars 2022 à 19h42
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Emmanuel Macron a présenté, jeudi, les lignes directrices d'un futur mandat à l'Élysée et fait le bilan de son quinquennat.
Le chef de l'État a listé les avancées qu'il met au crédit de sa majorité, chiffres à l'appui.
L'équipe des Vérificateurs revient en détail sur ses affirmations.

Emmanuel Macron, sans surprise, cherche durant cette campagne à défendre son bilan à l'Élysée. Ce qu'il a fait jeudi 17 mars à Aubervilliers, en marge de la présentation de son programme. Le président de la République veut renvoyer l'image d'un homme qui se conforme à ses engagements, et a pris plusieurs exemples au cours de son discours pour illustrer son volontarisme. Quitte, parfois, à enjoliver quelque peu son action.

"Le taux de chômage atteint son plus bas niveau depuis 15 ans, le taux de chômage des jeunes son plus bas niveau depuis 40 ans"

Emmanuel Macron brandit les résultats en matière d'emploi et se réjouit du recul notable du chômage. Dans une récente note, l'Observatoire français des conjonctures économiques saluait d'ailleurs les chiffres observés en France puisque "quelle que soit la mesure, le chômage a baissé en France au cours du quinquennat". Et d'ajouter qu'en "s’établissant à 7,4% de la population active fin 2021, le taux de chômage en France au sens du Bureau International du Travail (BIT) a retrouvé, près de 15 ans après, son niveau observé avant la 'Grande Récession' de 2008".

Pour autant, lorsque l'on observe les statistiques de Pôle emploi, les résultats affichés depuis 15 ans se révèlent moins positifs. Le nombre de chômeurs inscrits en catégorie A est en augmentation, de même que celui des chômeurs des catégories A, B et C réunies. Inclure les catégories B et C revient à prendre en compte les personnes inscrites à Pôle emploi, à la recherche d'un emploi, mais qui ont exercé une activité partielle de plus ou moins longue durée. Il ne s'agit donc pas ici de chômeurs sans aucune activité, mais de travailleurs que l'on peut qualifier de précaires, à la recherche d'un emploi pérenne.

Dares - Pôle emploi

En résumé, si le taux de chômage au sens du BIT est effectivement au plus bas depuis 15 ans, le nombre de chômeurs est, lui, en augmentation depuis 2008. On compte aujourd'hui plus d'un million de personnes recensées en catégories A par rapport à l'époque, et plus de deux millions de personnes si l'on rassemble les catégories A, B et C.

En parallèle, des observateurs soulignent que les indicateurs positifs pour 2021 pourraient se révéler en "trompe-l'œil". Le magazine Entreprendre souligne par exemple que "l’augmentation du nombre d’emplois s’explique presque entièrement par celle du nombre d’apprentis qui sont comptés parmi les salariés". Le nombre de contrats d'apprentissage a en effet doublé en l'espace de deux ans, un bon signal qui peut toutefois fausser notre perception des chiffres du chômage. Les mesures gouvernementales prises en marge de la crise du Covid-19 doivent aussi être surveillées avec attention. Les aides massives aux entreprises et le chômage partiel sont en effet susceptibles d'avoir maintenu la tête hors de l'eau d'un certain nombre d'entreprises en difficulté. La réduction du soutien apporté par l'État en ce début d'année 2022 pourrait ainsi conduire à des suppressions d'emplois qui seraient en quelque sorte "décalées".

Notons enfin qu'en ce qui concerne le chômage des jeunes, Emmanuel Macron dit vrai. Les statistiques nous indiquent que chez les 18-24 ans, il s'établissait au 4e trimestre 2021 à 15,9%. Pour retrouver de tels niveaux, il faut remonter au tout début des années 1980.

Insee

"J’avais dit que nous réduirions nos émissions de gaz à effet de serre : nous l’avons fait deux fois plus vite qu’auparavant, -12% durant ce quinquennat"

Si des ONG telles que Greenpeace dressent un constat amer de la politique environnementale du gouvernement durant ces 5 années, Emmanuel Macron met en avant certains indicateurs clés. Et notamment une baisse notable des émissions de gaz à effet de serre. Pour cela, le chef de l'État peut s'appuyer sur les rapports du Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (CITEPA). Les dernières données dont nous disposons ne remontent qu'à 2020, mais permettent de constater que la réduction des émissions entre 2017 et 2020 a été de 14,5%. C'est donc mieux que les 12% évoqués par le président de la République, en attendant toutefois la publication des chiffres relatifs à 2021 et 2022.

Le candidat Macron évoque une baisse deux fois plus rapide : si la formule se révèle vague, on note que la diminution des émissions n'avait été que de 4,5% durant la mandature Hollande. Et de 8,6% lorsque Nicolas Sarkozy était au pouvoir. Notons néanmoins que les chiffres pour 2020 sont sujets à caution : le recul notable des émissions par rapport à 2019 s'explique en effet pour partie par la diminution globale de l'activité économique et par les confinements qui ont été décidés par le gouvernement. Des périodes durant lesquelles les transports ont notamment été réduits de manière drastique, alors même qu'ils constituent la première source d'émissions de gaz à effet de serre.

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Soulignons enfin que de tels efforts doivent être nuancés. Le site gouvernemental "Vie publique" notait l'été dernier que si le projet de loi "Climat et Résilience" visait à "concrétiser certaines propositions de la Convention citoyenne pour le climat", un "rapport du Haut Conseil pour le climat (HCC) ainsi qu'une décision du Conseil d'État considèrent comme médiocres les efforts du gouvernement à respecter ses engagements de lutte contre le changement climatique". Le gouvernement, en réponse au Conseil d'État, indiquait "prendre acte" et affichait sa "détermination à renforcer son action climatique, en accélérant encore les réductions d'émissions et en mettant en place des mesures pour protéger les Français des impacts déjà observables du changement climatique".

"Les 10.000 postes de policiers et de gendarmes auxquels je m’étais engagé ont été créés ; ils sont en train d’arriver sur le territoire" 

En matière de sécurité, le candidat de 2017 avait promis le recrutement de 10.000 policiers et gendarmes supplémentaires en cinq ans, qui seraient "affectés en premier lieu dans les zones prioritaires". Cet engagement, comme rappelé par le président sortant à Aubervilliers, jeudi, a été tenu. D’après le rapport de la Commission des finances du Sénat sur le projet de loi de finances de 2022, "8446 emplois de policiers et 2083 emplois de gendarmes auront été créés" entre 2017 et 2022. Soit au total 10.529 créations de postes sur la durée du quinquennat. 

Tout en soulignant que "son bien-fondé est contestable", la commission sénatoriale des finances juge que "l'esprit de ce plan a été pleinement respecté". Pour cette année, le nombre de recrutements est "inférieur à celui des années précédentes", avec 185 nouveaux postes de gendarmes, "bénéficiant en priorité aux brigades territoriales", et 761 postes de policiers. Cela étant, cette hausse des effectifs dans la police et la gendarmerie est continue depuis 2015, souligne le Sénat. 

"Nous avons augmenté de 30% les investissements dans notre Justice" 

À la rentrée dernière, le nouveau budget de la Justice pour 2022 avait fait l’objet d’une communication bien rodée par Eric Dupont Moretti qui avait loué, diaporama à l’appui, "deux années d’effort sans précédent". En effet, avec 90.970 ETPT (équivalents temps plein travaillé) et 10,74 milliards d’euros pour la mission justice, le projet de loi de finances 2022 acte une hausse de 6,7% des crédits de paiement accordés, rapporte la Commission des finances du Sénat. Par rapport à 2016, avant l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, cela représente même une hausse de 33% du budget de la Justice, renvoyant au chiffre relayé par le président-candidat. 

À noter toutefois qu’il s’agit du budget prévisionnel pour 2022 et non pas des investissements réels dans la Justice. L’année suivante, en fonction des aléas budgétaires, les finances peuvent être modifiées et le montant peut différer des crédits de paiements, votés l’année précédente et qui "sont le support de règlement de la dépense engagée au préalable". C’est pour cette raison qu’une loi de finances rectificative est votée par le Parlement. Selon les derniers montants investis en 2021, "ce sont 2,02 Mds€ en plus qui ont été votés par rapport à 2016", soit une hausse de 25%, comme le souligne l’Institut Montaigne. Précisons que ces sommes comprennent les crédits de l’administration pénitentiaire, mais excluent ceux relatifs à la justice administrative. Le nombre d'équivalents temps plein travaillé, lui, a augmenté de 12,5% entre 2016 et 2021, avec 79.820 ETPT en 2016 contre 89.880 l’an dernier.

Évolution des crédits de paiement de la mission « Justice » à périmètre courant depuis dix ans (en milliards d'euros) - Commission des finances du Sénat

Une hausse des moyens nécessaire, a par ailleurs estimé le rapport sénatorial de 2022, "au regard du retard de la France par rapport à ses voisins européens" : "Ainsi, en 2018, la France a seulement consacré 69,5 euros par habitant à son système judiciaire, contre 131,2 euros en Allemagne, 92,6 euros en Espagne ou encore 83,2 euros en Italie". Comme pour les policiers, la hausse des moyens n’a pas été initiée sous le quinquennat actuel mais sous celui de François Hollande, puisque la Justice aura connu 49% investissements supplémentaires en dix ans, de 2012 à 2022.

"J’ai fait plus de baisses d’impôts que celles auxquelles je m’étais engagé"

Toujours à Aubervilliers, Emmanuel Macron s’est vanté d’avoir plus baissé les impôts que prévu. C’est vrai et cela s’explique notamment par la diminution imprévue des impôts de production ainsi que par le renoncement à la taxe carbone. En effet, en 2017, le candidat En Marche avait prévu plusieurs mesures fiscales, allant de la suppression de l’ISF (l’impôt de solidarité sur la fortune) à celle de la taxe d’habitation pour 80% de Français. Et il chiffrait la baisse de ces prélèvements obligatoires à "32 milliards d’euros", qu’il prévoyait de répartir équitablement entre les ménages et les entreprises.

Récemment, Bercy a communiqué un montant de 52 milliards d'euros de prélèvements obligatoires retirés aux Français depuis cinq ans et partagés entre les entreprises et les ménages : ces derniers bénéficient d’"une réduction des prélèvements obligatoires de 26 milliards d'euros sur le quinquennat", a indiqué le gouvernement dans le PLF de 2022. Des sommes non prélevées qui sont supérieures à celles annoncées en 2017. Cela s’explique par plusieurs aléas ayant rythmé le mandat qui s’achève, et non pas forcément par une réflexion politique. 

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D’abord, la taxe carbone n’a pas été mise en place comme prévu en 2018, en raison du mécontentement populaire occasionné par la mesure et du mouvement des Gilets jaunes qui s’en est suivi. Celle-ci "s’élevait à 30,50 € en 2017 et il était prévu que l’exécutif élu en 2017 la fasse monter en puissance pour atteindre 100 € par tonne de CO2 en 2030", rappelle l’institut Montaigne dans son bilan fiscal du quinquennat. Ensuite, la taxe d’habitation sur les résidences principales devait seulement concerner 80% des Français, de manière progressive. Elle a finalement été étendue aux 20% des ménages les plus riches en 2020, notamment pour contourner des obstacles liés à l’inégalité face à cette taxe. 

Enfin, la pandémie et les confinements sont passés par là. En décembre 2020, le gouvernement a décidé d'inscrire la baisse des impôts de production dans le plan de relance de l'économie. Une mesure qui n’était pas prévue en 2017 et qui est venue essuyer les pertes subies par les entreprises pendant l’épidémie.

"Depuis la pandémie, nous avons augmenté de 50% le budget accordé au service civique"

Convaincu de l'intérêt du service civique pour les jeunes, Emmanuel Macron appelle à ce qu'il soit décliné à l'échelle européenne. Un chantier parmi d'autres pour les six mois de présidence française du Conseil de l'UE. À l'échelle de l'Hexagone, le chef de l'État tente également de le promouvoir, ce qui se traduit par une augmentation des budgets alloués à son financement. 

Le rapport de la Commission des finances du Sénat sur le PLF 2022 évoque précisément la question du service civique. "En 2021, l'Agence du service civique a bénéficié d'une dotation complémentaire de 363 millions d'euros pour augmenter de 100.000 le nombre de jeunes effectuant une mission de service civique", apprend-on, tandis que "dans le projet de loi de finances pour 2022, la dotation du plan de relance a été réduite à 201 millions d'euros, et en conséquence les fonds totaux consacrés au service civique ont diminué de 861,8 millions d'euros à 699,8 millions d'euros." Il n'en demeure pas moins que les sommes en question sont supérieures à celles dépensées avant la pandémie. En 2019, elles étaient proches des 500 millions d'euros, ce qui signifie que la hausse observée depuis dépasse légèrement les 40%. Emmanuel Macron, en évoquant une progression de 50%, livre donc une estimation quelque peu surévaluée.

Commission des finances du Sénat

Notons que si les sénateurs saluent un "dispositif ayant fait ses preuves" depuis sa création, ils s'interrogent "sur la capacité d'absorption des nouvelles missions par les organismes agréés", eu égard à la progression rapide du nombre de jeunes réalisant un service civique. 

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