2022 - Le candidat de La France Insoumise a tenu un meeting à la Défense ce dimanche 5 décembre. Nous avons vérifié trois de ses affirmations.

Sur scène à La Défense (Hauts-de-Seine), Jean-Luc Mélenchon a rencontré ses militants ce dimanche 5 décembre, leur exhortant de faire front contre l'extrême-droite et de s'unir via son "parlement de l'Union populaire". Pendant près d'une heure, Jean-Luc Mélenchon a traité de l'écologie, de Macron pas encore candidat ou encore de la crise sanitaire et sociale. Du nucléaire à la recherche sur le Covid, en passant par les fabricants de vaccins, voici trois de ses affirmations passées au crible.

17 centrales nucléaires ont-elles dépassé la limite de 40 ans ?

Partisan d’un abandon rapide du nucléaire dans la production énergétique, Jean-Luc Mélenchon a mis en avant le danger que représenterait la filière. Et pour cause, selon lui, 17 centrales nucléaires auraient dépassé la limite des 40 ans. Il est vrai que "sur un plan technique", les centrales nucléaires ont été conçues en France "pour fonctionner au moins 25, 30 ou 40 ans" au maximum, comme le rappelle l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN). Mais sur les 19 sites nucléaires en fonctionnement dans le pays, seuls trois ont été construits avant 1981 : celui du Bugey (Ain), celui de Dampierre (Loiret) et celui du Tricastin (Drôme). 

Alors, pourquoi cette erreur de Jean-Luc Mélenchon ? En fait, le candidat devait faire référence aux réacteurs nucléaires. Car le territoire français possède 56 réacteurs, répartis sur 19 sites nucléaires. Les trois centrales citées plus haut comptent chacune quatre réacteurs, auxquels s’ajoutent le premier réacteur du Blayais (Gironde) ainsi que quatre des six réacteurs que compte la centrale de Gravelines (Hauts-de-France). Ce qui fait bel et bien un total de 17 réacteurs nucléaires. 

Ce qui ne veut pas dire pour autant que ces centrales fonctionnent sans en avoir le droit. En février 2021, l’Autorité de sûreté nucléaire a autorisé la poursuite de l’activité des 32 plus vieux réacteurs du pays, de 40 à 50 ans, enjoignant l’opérateur EDF à réaliser des travaux pour améliorer leur sûreté. 

Sanofi a-t-il arrêté ses recherches sur les coronavirus en 2004 ?

Jean-Luc Mélenchon a également accusé le système capitaliste de ne pas avoir anticipé les crises et notamment la situation sanitaire actuelle. À titre d’exemple, le chef de file des Insoumis a accusé le laboratoire pharmaceutique Sanofi, "jadis l’orgueil de l’industrie pharmaceutique française", d’avoir renoncé en 2004 à "analyser la famille des coronavirus" parce que "ça prenait trop de temps à faire rentrer des produits sur le marché". Des critiques déjà entendues par le passé. 

Dès le printemps 2020, certains soulignaient l’arrêt en 2004 des "recherches sur le coronavirus", à l’instar de l’économiste, Christophe Ramaux. En raison : le manque de moyens mis dans cette recherche fondamentale au lendemain de l’épidémie de Sars-Cov-1. Interrogé par nos soins, le chercheur au Centre d'économie de la Sorbonne précisait toutefois que ces recherches ne s’étaient pas complètement arrêtées, "mais qu'elles ont été drastiquement réduites". Un constat partagé par le spécialiste de l’étude de coronavirus, Bruno Canard. Le 29 février, il décrivait dans Le Monde le "temps perdu" sur ce sujet à cause d'une baisse des investissements. "L’Europe s’est dégagée de ces grands projets d’anticipation au nom de la satisfaction du contribuable. Désormais, quand un virus émerge, on demande aux chercheurs de se mobiliser en urgence et de trouver une solution pour le lendemain. Or, la science ne marche pas comme cela."

"Les financements octroyés pour la recherche sur ces virus n'ont pas été très importants", corroborait auprès de LCI Yves Gaudin, directeur de recherche au CNRS et responsable à l'Institut de biologie intégrative de la cellule. Côté Inserm et Institut Pasteur, on assure que des recherches sur les coronavirus ont bien été réalisées ces dernières années, sans en préciser le nombre ni l’ampleur. Alors à quoi fait référence le candidat ? Peut-être à l’arrêt des recherches autour d’un vaccin contre le Sars-cov-1, épidémie qui a touché la planète de 2002 à 2004. Un candidat vaccin "développé par Sanofi sur le site de Marcy L’Étoile", comme le rappelle le site du laboratoire, qui "n’avait finalement pas été commercialisé". La raison ? L’arrêt de l’épidémie concernée au printemps 2004. 

Les fabricants de vaccins vont-ils gagner cette année 1000 dollars par seconde ?

Dans le même chapitre, le candidat a fustigé la richesse créée par les différents laboratoires et demandé à nouveau la levée des brevets. Il a ensuite mentionné un chiffre, déjà relayé ces derniers jours par certains membres de LFI, comme le député Adrien Quatennens. "Il y a une crise sanitaire qui désorganise le commerce mondial mais de tout ça, ils font de l’argent parce qu’ils ont continué à s’enrichir pendant la crise sanitaire. (…) Savez-vous que les trois grosses entreprises qui proposent des vaccins accumulent chaque seconde 1000 dollars ?", a avancé Jean-Luc Mélenchon. 

Pour étayer son argument, le candidat se base en réalité sur une étude publiée en novembre par la People’s Vaccine Alliance, une coalition d’ONG qui milite pour une meilleure répartition des vaccins dans le monde. D'après ses calculs, basés sur les résultats publiés par ces entreprises, ces trois laboratoires vont réaliser cette année des bénéfices avant impôts de 34 milliards de dollars, 93,5 millions de dollars par jour, 65.000 dollars par minute... ou plus de 1000 dollars par seconde. Une information qui avait été reprise largement par la presse et par nous-même.

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Felicia Sideris et Caroline Quevrain

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