DROIT A L'IMAGE - Dans une vidéo publiée ce mardi midi sur Youtube, Eric Zemmour a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle en utilisant de nombreuses images issues de l'actualité ou de films. Problème : plusieurs extraits ont été diffusés sans l'accord des auteurs.

Une campagne à peine lancée, et déjà un premier écueil. Pour annoncer sa candidature à l'élection présidentielle, Eric Zemmour a décidé de truffer sa vidéo diffusée ce mardi sur sa chaîne YouTube d'images mêlant des scènes de violences en France, des archives du "pays de Notre-Dame-de-Paris et des clochers", mais aussi de nombreux extraits de films. Bien mal lui en a pris ? Cela se pourrait bien.

Plusieurs médias dénoncent en effet l'utilisation d'extraits sans aucune autorisation. Ainsi, la chaîne de télévision d'information internationale France 24, a indiqué "s'opposer par principe à l'utilisation de ses images et de son logo dans tout clip de campagne politique". "En conséquence, la chaîne va demander le retrait immédiat de ces images dans ce clip et étudiera les recours légaux s'il n'est pas donné suite à sa demande", a-t-elle ajouté.

De possibles actions en justice

De leurs côtés, France Télévisions, l'Ina et Radio France ont déclaré conjointement : "il conviendra qu'Éric Zemmour s’acquitte des droits des images reprises comme tout le monde". Les trois médias publics ont précisé que personne ne leur avait demandé d'autorisation de leurs images. En revanche, BFMTV qui, comme les autres, n'avait pas été sollicitée pour l'utilisation de ses images, a déclaré qu'"elle n'engagerait pas de poursuites". 

Un porte-parole de la chaîne Public Sénat a quant à lui remarqué qu'il y avait "cinq secondes d'images avec le logo de Public Sénat, qui n'étaient par leur propriété puisqu'elles appartenaient à En Marche". "Nous allons faire injonction à l'équipe du candidat Zemmour de retirer notre logo", a-t-il précisé à l'AFP.

Tandis que le Huffington Post a annoncé en début de soirée assigner Eric Zemmour en justice pour l’utilisation de deux extraits de vidéo appartenant au site d’informations. "Il a donc été décidé d’engager une procédure dans les plus brefs délais contre le désormais candidat, afin de faire cesser la diffusion de ces images reproduisant illicitement le logo du HuffPost, et solliciter l’indemnisation de cette exploitation abusive de sa notoriété", ont écrit dans un communiqué Louis Dreyfus, président du directoire du groupe Le Monde, et Arnaud Aubron, directeur général du HuffPost.

Même réaction de la part de Quotidien qui constate une séquence où apparaît le présentateur de l'émission Yann Barthès. "Notre service des images a estimé le vol à près de 100.000 euros d'archives, sans compter les téléfilms, les reportages, les drones, qui, on le pense, n'ont pas été filmés par les équipes de Zemmour. 100.000 euros, c'est s'ils avaient demandé les droits...car maintenant il va falloir rajouter les procès" a détaillé Yann Barthès. "Et l'argent que nous recevrons de Zemmour sera bien évidemment reversé à des associations d'aide aux migrants" a-t-il fini par lâcher.

Le Parisien, quotidien qui fait également des vidéos, s'emportait lui aussi au sujet de l'utilisation de ses images qui "n'ont pas vocation à servir quelconque candidat".

Mercredi, l'AFP a elle-même annoncé envisager des poursuites judiciaires après avoir constaté la présence de certaines de ses vidéos dans le clip incriminé. "Nous avons eu la surprise de constater mardi que [...] des images appartenant à l’AFP ont été reproduites et incluses dans le clip, sans notre autorisation et sans licence", a écrit le directeur de l’information, Phil Chetwynd.

"Une appropriation aussi révoltante que scandaleuse"

Position également ferme du distributeur de cinéma Studiocanal qui détient les droits de quatre films utilisés dans le clip ("Quai des Brumes", "L'Éclipse", "A bout de souffle", "Les Choses de la vie") et a confirmé ne pas avoir reçu de demande d'autorisation. Même chose du côté de Gaumont (Jeanne d'Arc, Un Singe en hiver) qui dit n'avoir reçu "aucune demande" de la part des équipes d’Éric Zemmour pour l'utilisation des images des films "Un Singe en hiver" et "Jeanne d'Arc" dont la société détient les droits et qui se réserve le droit d'entamer des poursuites. Même chose pour les cinémas Pathé Gaumont.

Des images d'archives de personnalités sont également présentes dans la vidéo, comme Georges Brassens, Jean-Paul Belmondo et Brigitte Bardot, qui côtoient la chanteuse Barbara. Son neveu, Bernard Serf, dénonce dans Télérama une "appropriation aussi révoltante que scandaleuse" de l'image de l'artiste décédée en 1997. "Je viens de découvrir avec stupeur que Barbara est utilisée comme caution dans le clip d’un candidat à la Présidence de la République dont je refuse de citer le nom. Est-il besoin de préciser que cette appropriation aussi révoltante que scandaleuse, quand on connaît l’œuvre et les engagements humanistes de l’artiste, s’est faite sans l’accord de la famille de l’intéressée ?", explique-t-il à l'hebdomadaire.

Le réalisateur Luc Besson et l'écrivain Jacques Attali ont réagi de façon extrêmement véhémente auprès de l'AFP contre cet usage sans leur consentement. Le premier a annoncé avoir saisi son avocat "pour engager les poursuites nécessaires" après l'utilisation par Zemmour d'images de son film "Jeanne d'Arc", avec Milla Jovovich, sorti en 1999. Ces images ont été utilisées de manière "frauduleuse", a précisé le réalisateur qui "tient à faire savoir qu'il ne partage en rien les idées d'Eric Zemmour". Jacques Attali a adressé une mise en demeure au candidat à la présidentielle de retirer sous 24 heures son image de son montage vidéo.

VIDÉO LCI PLAY - Éric Zemmour, officiellement candidat à la presidentielleSource : Sujet TF1 Info

L'artiste Woodkid a de son côté expliqué sur Twitter engager des poursuites non pas contre Eric Zemmour mais contre Génération Zemmour, l'un de ses groupes de soutien. Le groupe "a publié une vidéo de propagande utilisant, de manière totalement illicite, ma musique" a-t-il dénoncé.

Enfin, l'utilisation d'images du château d'Ussé, en Indre-et-Loire, serait également une "piraterie", a réagi auprès de France Bleu Touraine son propriétaire Casimir de Blacas. Il s'est dit "abasourdi" et assure qu'il n'a "jamais été contacté" par l'équipe de campagne du polémiste. "Qu'on utilise les images d'un lieu privé à des fins politiques me paraît impensable, il me semble que cela relève d'une plainte. C'est de la piraterie pure et simple. Je n'ai aucune attache particulière avec Eric Zemmour, pas plus que je n'ai d'attache avec aucun autre candidat", a-t-il souligné.

Les querelles de juristes doivent s'intéresser aux juristes.
Eric Zemmour

L'équipe d’Éric Zemmour se défend des critiques en citant le droit dit "de courte citation", dans un courriel adressé à l'AFP. Plus nuancé, Olivier Ubéda, le directeur national des événements d'Eric Zemmour, a indiqué ce mardi soir sur LCI qu'"il y a sept images sur 95% du clip sur lesquelles les juristes ne sont pas d'accord sur le droit à l'image, surtout quand la durée de l'image fait moins de 3 secondes, ce qui est le cas pour certaines d'entre elles". "Il y a un sujet là-dessus et on est en train de le traiter, mais ce n'est pas fondamentalement essentiel", a-t-il soutenu face à Ruth Elkrief. 

Quant à Eric Zemmour, il a botté en touche soulignant dans le 20H de TF1 que "les querelles de juristes doivent s'intéresser aux juristes". "Moi je ne m'occupe pas de cela", a répondu le candidat.

Pour rappel, en France, la violation des droits d’auteur est constitutive du délit de contrefaçon, passible d’une amende pouvant atteindre 300.000 euros et d’une peine d’emprisonnement allant jusqu’à 3 ans.


V. Fauroux

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