Élection présidentielle 2022

Présidentielle 2022 : être bon orateur, une qualité indispensable pour un candidat ?

Justine Faure
Publié le 14 février 2022 à 17h25, mis à jour le 15 février 2022 à 9h52
Présidentielle 2022 : être bon orateur, une qualité indispensable pour un candidat ?

Source : AFP

La prestation de Valérie Pécresse lors de son meeting de dimanche à Paris n'a pas convaincu, beaucoup ayant jugé la candidate LR mauvaise oratrice.
Est-il possible de se passer de cette qualité dans la course à l'Élysée ? TF1info a posé la question au politologue Olivier Rouquan.

Un rendez-vous raté. Outre le fond et la polémique née de sa reprise de l'expression "grand remplacement", Valérie Pécresse a été moquée sur la forme de son discours prononcé ce dimanche sur la scène du Zénith à Paris pour son premier grand meeting. "La salle était incandescente, elle a été dure à prendre et (...) si vous voulez des orateurs, il y en a plein dans la campagne, moi je suis une faiseuse" qui est "plus à l'aise dans le dialogue direct avec les Français, peut-être plus à l'aise sur ce plateau avec vous", s'est justifié la candidate LR ce lundi matin sur RTL. 

Mais au cours d'une campagne présidentielle, est-il envisageable de ne pas être bon lors de tels événements et ne pas maîtriser l'art oratoire ? TF1info a posé la question au politologue Olivier Rouquan.

"Historiquement, la politique, c'est l'effet de tribune"

Est-il vraiment si important d'être un bon orateur au cours d'une campagne présidentielle ?

Oui, encore plus dans le contexte actuel où le nombre de meetings est réduit. Un meeting est une occasion donnée d’avoir une parole forte, d’incarner une parole, d'assoir une posture. Lors d'un moment de communion dans un cadré privilégié devant des militants acquis à votre cause, si les commentaires sur votre prestation sont mauvais, c’est très embêtant. Le meeting doit faire dire que le ou la candidat(e) correspond à la fonction ; c'est le moment où l’orateur se met en situation par rapport à la fonction présidentielle. C’est un équilibre difficile à tenir : il faut paraître énergique mais pas agité, être en osmose avec ses militants mais ne pas apparaître comme un gourou hystérique, faire des propositions saillantes mais pas caricaturales. C’est devenu un exercice d’autant plus difficile qu’il est retransmis en direct et que les attentes des militants ne sont pas les mêmes que celles des téléspectateurs et des électeurs.

Quand Valérie Pécresse se justifie en disant qu'elle sera une "faiseuse", est-ce audible ?

Elle est dans le service après-vente classique quand on a raté un tel exercice. Elle en appelle à la réflexion des électeurs, c’est bien, mais on sait que les campagnes se jouent sur l’émotion. Tous les présidents n'ont pas été de bons orateurs, mais le temps d’une campagne, il s’est toujours passé quelque chose. Charles De Gaulle, François Mitterrand, Jacques Chirac étaient de bons orateurs. Certains ont été moins puissants mais ils ont tous, en meeting, réussit une performance. Il y a eu des moments forts où Nicolas Sarkozy et François Hollande ont été transcendés par leurs convictions. Emmanuel Macron ne reste pas dans les mémoires pour ses qualités d’orateurs mais il ne rate pas ses meetings ; tout comme Éric Zemmour dans la campagne actuelle.

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Notre société valorise la capacité à s'exprimer en public, l'éloquence, la maîtrise de la rhétorique. Pourquoi est-ce la même chose en politique ?

Historiquement, la politique, c’est l’effet de tribune. L'éloquence fait partie de la tradition politique. Sous la IIIe, la IVe République, on avait de grands orateurs, de grands parlementaires qui emportaient des assemblées plus difficiles que celles de militants. Mais réduire la vie politique à l'éloquence, c’est problématique. Aujourd'hui, ce qui a changé, c’est que nous sommes moins sur de l’argumentation et de plus en plus sur des postures, des effets de style. Il s'agit d'une évolution plus récente qui pose question par rapport au sens de la démocratie.


Justine Faure

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