Élection présidentielle 2022

Présidentielle : les programmes des candidats sur la culture passés au crible des auteurs professionnels

Maëlane Loaëc
Publié le 24 mars 2022 à 17h03
JT Perso

Source : TF1 Info

Alors que la culture reste un thème très discret de la campagne présidentielle, une association d'artistes et d'auteurs a passé au crible le programme des candidats en la matière.
Le classement passe en revue les propositions pour renforcer l'accès à la culture et soutenir les professionnels du secteur.

À l'instar de l'écologie, la culture est l'une des grandes absentes des débats de la campagne présidentielle, monopolisés surtout par l'urgence sur le front du conflit ukrainien et les inquiétudes liées au pouvoir d'achat. Certains ont toutefois décidé de s'atteler à la question. La ligue des auteurs professionnels, une association représentative apparue en 2018 et qui compte quelque 2400 adhérents, a examiné l'ensemble des propositions des prétendants à l'Élysée. 

Publié sur ses réseaux sociaux et son site mercredi, son "Culturomètre", un classement du vert au rouge, dissocie les candidats qui proposent de "nombreuses mesures pour la culture et les artistes-auteurs", de ceux qui n'en proposent que quelques-unes et ceux qui font l'impasse sur le sujet, sur la base des programmes disponibles au 20 mars. 

L'association a évalué les mesures en fonction d'axes qu'elle avait elle-même identifiés dans une charte de propositions rédigées en octobre 2021, pour lutter contre la précarisation de la profession. Parmi ces grands objectifs, la rémunération du travail de création des artistes et la défense de leur statut, mais aussi le soutien et le renforcement de politiques publiques culturelles.

À gauche, feu vert pour Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Fabien Roussel

Les candidats qui remportent la faveur de la Ligue des auteurs professionnels pour leurs "nombreuses mesures" sont trois concurrents de gauche : Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Fabien Roussel. Le candidat insoumis, qui se place depuis plusieurs jours en troisième homme du scrutin dans les sondages, souhaite porter le budget alloué à l'art, la culture et à la création à 1% du PIB de l'Hexagone par an, mais aussi relancer de grands travaux culturels pour "abroger" les inégalités sur le territoire. Pour les artistes-auteurs, il prévoit la création d'un "centre national"  dédié pour leur réserver un régime de protection sociale adapté.

Son rival du PCF Fabien Roussel propose également de consacrer 1% du PIB français par an à la création d'un grand ministère "de la Culture, l'éducation populaire et des médias", et d'organiser des états-généraux de la culture. Le député communiste promet aussi la création d'un statut pour les artistes-auteurs pour mieux garantir leur rémunération et leurs droits, ainsi qu'un plan national pour l'éducation artistique à l'école. 

De son côté, le candidat écologiste Yannick Jadot veut mettre sur la table une enveloppe d'un milliard d'euros supplémentaire par an pour le ministère de la Culture, dont il souhaite par ailleurs dédier un quart du budget à la création. Il a également l'ambition de mener une politique de décentralisation culturelle, de lancer un Plan national de soutien pour la culture et promet un revenu garanti aux professionnels de la création. 

Du côté d'Anne Hidalgo, Emmanuel Macron et Valérie Pécresse, "quelques mesures"

Leur concurrente du PS, Anne Hidalgo, dont la campagne est à la peine depuis plusieurs mois, hérite en revanche d'une gommette jaune, qui salue "quelques mesures", mais pas suffisantes selon l'association. La candidate socialiste souhaite notamment renforcer l'éducation artistique et culturelle. Sur le volet de la création, elle désire consacrer 10% de la programmation des institutions financées en majorité par l'argent public à de nouvelles œuvres, tout en œuvrant pour une "juste rémunération" des artistes, interprètes et écrivains. 

Le président sortant, donné en tête des dernières enquêtes d'opinion, se place aussi en deuxième position de ce "culturomètre", grâce à un Pass Culture revalorisé à 500 euros pour tous les jeunes de 18 ans (contre 300 euros actuellement), mais aussi sa proposition de créer un fonds d'investissement pour soutenir "les industries créatives et culturelles françaises" à hauteur de 200 millions d'euros, ainsi que celle de "pérenniser et adapter" le statut d'intermittent du spectacle. 

La candidate LR Valérie Pécresse rejoint aussi le peloton, proposant en autres de "tripler le budget alloué à l'éducation artistique et culturelle" et réduire la TVA à 5,5% sur les biens culturels, qui peut grimper à 20% dans certains cas aujourd'hui. Elle évoque également un "plan de reprise" post-pandémie pour les professionnels du secteur culturel les plus touchés par la crise du Covid-19.

Un programme lacunaire chez Eric Zemmour et plusieurs petits candidats

La feuille de route des autres candidats peine en revanche à convaincre l'association. Classés orange, Eric Zemmour, Philippe Poutou, Jean Lassalle et Nicolas Dupont-Aignan présentent une poignée de mesures pour la culture, mais pas assez pour les créateurs, juge l'organisation professionnelle. Le fondateur de Reconquête! mise sur la création d'un grand ministère d'État "du Savoir et de la Transmission", et espère "faire connaître aux grand public les œuvres de notre patrimoine artistique et culturel". Il souhaite par ailleurs privatiser certaines chaînes de l'audiovisuel public, sur lequel il aimerait plus largement revaloriser la place de la culture. 

À ses côtés, plusieurs petits candidats qui grimpent au maximum aux alentours de 3% des intentions de votes selon les sondages, à l'instar de Jean Lassalle. Le député pyrénéen propose de livrer une enveloppe pour soutenir la "création indépendante", créer un fonds de subventions pour des espaces culturels qui s'adressent aux publics les plus défavorisés, et revaloriser le statut et le salaire des intermittents du spectacle. 

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Quant au chef de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan veut consacrer 0,5% du budget national à des "grands programmes d'équipements publics à la création artistique", mais aussi créer un grand ministère de la Culture, qui recouperait différents domaines, du tourisme et patrimoine à la communication, en passant par les arts et les lettres. Le candidat anticapitaliste Philippe Poutou promet de son côté une "liberté complète de création et de diffusion", souhaite imposer la parité dans la direction des établissements culturels et l'obtention de bourses et financements, ainsi que garantir au moins l'équivalent d'un Smic à tous les intermittents du spectacle. 

Marine Le Pen et Nathalie Arthaud : le "néant"

Les deux dernières candidates, Marine Le Pen et Nathalie Arthaud, écopent pour leur part d'un carton rouge, le "culturomètre" n'affichant que le mot "néant" dans la colonne des deux aspirantes à l'Élysée. La candidate du RN, pourtant donnée deuxième au premier tour selon les derniers sondages, n'introduit en effet aucune proposition culturelle pour l'heure parmi les mesures qu'elle avance, si ce n'est la privatisation du service public audiovisuel, à l'exception des rédactions en outre-mer, d'Arte et de l'Institut national de l'audiovisuel, et la suppression de la redevance télé. La porte-parole de Force Ouvrière, de son côté, n'accorde pour le moment aucune place à la culture dans son programme.


Maëlane Loaëc

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