Présidentielle 2022 : la percée de Valérie Pécresse, de la "gonflette" dans les instituts de sondage ?

Publié le 10 décembre 2021 à 15h35

Source : TF1 Info

OPINION - Jean-Luc Mélenchon (LFI) a accusé les sondeurs de gonfler les intentions de vote à la faveur de Valérie Pécresse (LR), fraichement élue candidate de la droite pour la présidentielle. Pourtant, il n'y a rien de surprenant dans cette percée.

La nouvelle championne de la droite bénéficie d'un état de grâce dans tous les sondages. Mais c'est l'un d'eux en particulier qui a attiré l'attention de l'opposition, celui du sondeur Elabe, réalisé pour L'Express et publié ce mardi 7 décembre. Il fait exploser les intentions de vote en faveur de Valérie Pécresse, plaçant la candidate des Républicains en deuxième place, avec 20% des voix. Une hausse spectaculaire de 11 points en deux semaines.

Des résultats dont certains doutent. Et notamment Jean-Luc Mélenchon. Sur Twitter, le candidat de la France insoumise a accusé le sondeur de "gonflette au gaz hilarant", remettant en cause le fait que sa concurrente ait pu gagner l'équivalent de quatre millions de voix, dont deux millions à gauche. Ce scepticisme est-il légitime ?

620.000 voix à gauche

Pour le savoir, nous avons passé au crible les résultats de l'enquête d'Elabe. Dans un premier temps, il est intéressant de noter que la présidente de la région Ile-de-France ne prend pas réellement deux millions de voix à gauche. Dans le détail, le sondeur précise en effet que 8% des personnes qui avaient voté pour Jean-Luc Mélenchon en 2017 seraient prêtes à voter pour Valérie Pécresse et 4% des électeurs de Benoît Hamon. En tout, seuls 6% des sympathisants de gauche ont donc répondu être prêts à mettre un bulletin Les Républicains dans l'urne. Soit un total de 650.000 voix éventuelles.

Un chiffre bien en deçà de celui qu'on trouve à la droite de l'échiquier politique. C'est dans ces rangs que la nouvelle candidate
fait une percée indéniable. Et notamment chez les anciens électeurs de François Fillon, dont elle a fait la campagne en 2017 avant que n'éclate l'affaire des emplois fictifs. Valérie Pécresse bénéficierait ainsi d'un "soutien plus net", comme le souligne le sondeur, avec 58% des voix des sympathisants de l'ex-candidat républicain à la présidentielle, auparavant "tentés par un vote Marine Le Pen ou Eric Zemmour". C'est 20 points de plus que le sondage réalisé par Elabe deux semaines avant ! Valérie Pécresse glane aussi des voix du côté des anciens électeurs d'Emmanuel Macron, dont elle récolte 13% des voix, soit huit points de plus que le précédent sondage. Elle prend aussi des voix, dans une moindre mesure, à la droite de la droite, au détriment de Marine Le Pen et d'Eric Zemmour. Valérie Pécresse gagnerait ainsi 6% des voix chez les sympathisants du Rassemblement national (+ 5 points).

Un phénomène qui n'est pas inédit

Mais ce score ne s'explique pas uniquement par une convergence de la droite vers une candidate. Il est aussi le fruit de la volatilité des intentions de votes. Ainsi, à ce jour, 44% des électeurs ayant l'intention d’aller voter ne sont pas certains de leur choix et pourraient changer d'avis. Or, la médiatisation de Valérie Pecresse après sa victoire à la primaire de la droite, a peut-être convaincu certains indécis. Un phénomène loin d'être nouveau. C'est exactement ce qu'on a pu observer en 2017 après l'ascension de Benoit Hamon, par exemple. En à peine un mois, le champion de la gauche avait grimpé de manière significative dans les sondages. Le candidat du PS était alors passé de 6% des intentions de vote en janvier à 15% en février 2017, au lendemain de la primaire de la gauche. Une ferveur qui s'était peu à peu éteinte jusqu'en avril. Le candidat avait alors récolté à peine plus de 6% des suffrages exprimés lors du 1er tour de la présidentielle.

Il n'y a donc rien de particulièrement surprenant dans la percée spectaculaire de Valérie Pécresse. D'ailleurs, cette tendance semble faire l'unanimité. Elle est observée dans la totalité des instituts de sondage. La nouvelle candidate de la droite gagne ainsi entre 4 et 8 points en fonction des instituts et se place systématiquement au-dessus des 14% d'intention de vote. On rappelle par ailleurs, comme le fait Elabe dans son analyse, "que les résultats" de ces questionnaires "doivent être interprétés comme une indication de l'état du rapport de force politique actuel en France". Soit une illustration des volontés politiques à l'instant T. Ils ne sont "en aucun cas un élément prédictif des résultats le jour du vote".

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Felicia SIDERIS

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