L'info passée au crible

"Plus de 50% de la viande consommée en France" est-elle halal ?

Felicia Sideris
Publié le 22 janvier 2022 à 16h50
JT Perso

Source : TF1 Info

ISLAM - Eric Zemmour a regretté ce vendredi sur LCI qu'en France, "on mange de la viande halal sans le savoir". Selon le candidat à la présidentielle, ce rituel religieux concernerait "plus de 50% de la viande que tout le monde consomme". C'est faux.

À ses yeux, c'est tout bonnement un "scandale" alimentaire. Interrogé sur LCI, Eric Zemmour s'est offusqué ce vendredi 21 janvier de la part de l'islam en France, en s'attaquant notamment à la viande halal. Pour le candidat à l'élection présidentielle, "plus de 50% de la viande que tout le monde consomme est en vérité une viande halal". Si l'ancien polémiste de CNews ne compte pas "interdire" la vente de ces aliments, il veut tout de même qu'un "traçage" soit inscrit sur les viandes abattues suivant cet abattage rituel car "il est anormal qu'on mange de la viande halal sans le savoir". 

Aujourd'hui, que ce soit au niveau européen ou au niveau français, les industriels n'ont en effet pas l'obligation d'informer le client qu'une viande a été obtenue suivant l'abattage rituel. Cela signifie-t-il pour autant que la majorité des viandes consommées sont halal "parce que les industriels de la viande trouvent ça plus économique" ?

34% des abattoirs autorisés

Pour rappel, cette technique de mise à mort consiste à tuer l'animal sans étourdissement préalable. Une pratique interdite en France, et dans l'Union européenne, où la mise à mort des animaux dans les abattoirs est encadrée par un règlement destiné à limiter leur souffrance. Quelques exceptions existent cependant, et notamment pour la viande casher ou halal. L'article 4 de ce même règlement européen précise ainsi que "pour les animaux faisant l'objet de méthodes particulières d'abattage prescrites par des rites religieux, les prescriptions visées au paragraphe 1 ne sont pas d'application pour autant que l'abattage ait lieu dans un abattoir". En France, cette règle a été introduite dans le code rural et de la pêche maritime

Pour ce faire, les boucheries doivent donc en demander l'autorisation à la préfecture. Or, en France, plus de la moitié des abattoirs de boucherie possèdent effectivement cette dérogation. "Début 2020, 51% des abattoirs de boucherie (...) pouvaient pratiquer des abattages sans étourdissement, dans des proportions variables", écrit ainsi l'Oeuvre d'assistance aux bêtes d'abattoirs (OABA) dans un récent rapport. Un chiffre qui redescend à 17% pour les abattoirs de volailles. Au total, 34% de l'ensemble des abattoirs en France sont autorisés à effectuer des abattages rituels.

Ce qui ne signifie absolument pas que ce taux est applicable à l'intégralité des viandes consommées. La viande produite par ces abattoirs habilités n'est en effet pas nécessairement halal. D'une part, car elle peut aussi être destinée au marché casher, qui utilise les mêmes techniques de mise à mort. De l'autre, car ces abattoirs réalisent également des mises à mort conventionnelles. De fait, le code rural qui encadre cette pratique précise bien que l'abattage sans étourdissement ne peut être automatique. L'usage de cette dérogation correspond uniquement "à des commandes commerciales qui le nécessitent". 

In fine, quelle proportion de viande consommée en France est halal ? Impossible de le savoir pour l'heure. Les derniers chiffres officiels remontent à 2014. Auditionné en septembre 2016, Stéphane Le Foll, qui était alors ministre de l'Agriculture, expliquait ainsi devant une commission parlementaire qu'en "nombre de têtes abattues, l'abattage sans étourdissement représentait, en 2014, 15% des bovins abattus et 27% des ovins". Une statistique qui n'a jamais été mise à jour depuis. 

Interrogé par le sénateur Arnaud Bazin (LR) en juillet dernier, le gouvernement a dû reconnaître que "le ministère de l'Agriculture ne dispose pas aujourd'hui de statistiques consolidées concernant la production de viande issue d'animaux abattus sans étourdissement préalable à la saignée". Un manque d'information lié à un "changement du système d'information du ministère, effectué en 2015". Depuis, cette donnée n'est tout simplement "plus collectée par l'administration". Selon le gouvernement, un projet de développement informatique devrait permettre de restaurer ce problème dès cette année.

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