PATIENCE - Le président de la République n'est toujours pas officiellement candidat à sa réélection, mais ses récentes interventions sont perçues par beaucoup comme l'amorce d'une campagne. En pratique, il peut encore entretenir le flou durant plusieurs mois.

Emmanuel Macron s'est exprimé ce mardi durant près de 30 minutes à la télévision. Une allocution suivie de près par toute la classe politique durant laquelle le président de la République est apparu comme déjà en campagne pour  beaucoup. Si l'intéressé n'est à l'heure qu'il est toujours pas candidat à sa réélection, le flou qu'il entretient interroge... voire agace. 

"On a l’impression de participer à une primaire dont il serait le seul candidat", a grincé Jean-Luc Mélenchon, tandis que le député LR Julien Dive faisait part lui aussi d'un certain agacement : "Un tiers du temps dans un rôle de président qui s’adresse sur la crise sanitaire et deux tiers du temps utilisé comme candidat en campagne."

Le chef de l'État a-t-il intérêt à retarder sa candidature ? Certains l'estiment et demandent au CSA de veiller à cette situation avec la plus grande attention. Un cas de figure que l'autorité a anticipé, et qu'elle compte surveiller avec des règles bien établies.

Le 1er janvier, les règles changent

Pour Emmanuel Macron, en pratique, rien ne presse. Il n'est pour l'heure pas tenu de se déclarer candidat et pourra repousser cette annonce jusqu'à une date assez tardive. Si les proches de certains prétendants à sa succession s'activent pour convaincre des maires en coulisses, on peut noter que la récolte des parrainages débute "avec la publication du décret de convocation des électeurs", indique le site Vie Publique. "Depuis la loi du 29 mars 2021, ce décret doit être publié au moins dix semaines avant la date du premier tour, qui est fixé pour la prochaine élection présidentielle au dimanche 10 avril 2022." Soit le 30 janvier au plus tard.

La date limite pour le dépôt des parrainages est quant à elle prévue le 26 février, à 18h maximum. Charge au Conseil constitutionnel de les étudier, avant de publier une liste officielle des candidats le 11 mars. L'incertitude entretenue par le président de la République pourrait donc en théorie durer encore près de 4 mois. 

En ce qui concerne les temps de parole dans les médias, que le chef de l'État se déclare ou non n'a pas d'incidence majeure. Le CSA, sollicité par LCI, rappelle que la période électorale n'a pas encore débuté. En conséquence, les principes habituels en matière de représentativité demeurent inchangées. Elles prévoient qu'en ce qui concerne la politique, "hors période électorale, le temps de parole des personnalités politique est décompté du parti auquel elles appartiennent selon la règle de l’équité : un tiers pour le président, ses collaborateurs et l’exécutif en général, les deux tiers restants pour les autres formations politiques en fonction de leur représentativité".

Ce n'est qu'à partir de janvier prochain que la donne va changer, le CSA planifiant alors une adaptation progressive de ses règles, suivant trois grandes phases. La première, jusqu'au 7 mars, prévoit une équité du temps de parole entre les candidats déclarés... ou présumés. Pas besoin donc d'une annonce officielle pour être comptabilisés. Du 8 au 27 mars, il faudra non seulement veiller à l'équité, mais également à proposer des conditions de programmation comparables. Reléguer les interventions d'un candidat au milieu de la nuit ne permettra pas en somme d'équilibrer les comptes. Enfin, du 28 mars au 14 avril, une stricte égalité des temps de parole sera demandée aux médias audiovisuels.

Les interventions qui relèvent de l’exercice de sa charge ne sont pas prises en compte
Le CSA

En ce qui concerne le statut particulier du président de la République, il faut se référer aux publications du CSA pour observer que les potentielles problématiques liées à sa déclaration de candidature sont déjà anticipées. Il est ainsi clairement expliqué que "si le Président de la République est candidat déclaré ou présumé, toutes ses interventions relevant du débat politique sont, sauf circonstances exceptionnelles [...] prises en compte". Par ailleurs, "les interventions qui relèvent de l’exercice de sa charge ne sont pas prises en compte. Il en va de même des interventions qui relèvent de l’exercice de la présidence du Conseil de l’Union européenne, à l’exception de celles qui sont susceptibles, en fonction du contenu et du contexte, de relever du débat politique." 

En pratique, le locataire de l'Élysée n'a donc pas d'intérêt particulier à retarder l'annonce d'une potentielle candidature. Tout au plus la retarder obligera les médias à discerner dans ses interventions ce qui relève de l'exercice de l'État des prises de position politiques propres à une campagne électorale.

Présidentielle 2022 : Emmanuel Macron déjà en campagne ?Source : JT 13h Semaine

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Thomas DESZPOT

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