Élection présidentielle 2022

Présidentielle 2022 : le programme des candidats passé au crible par des ONG environnementales

Maëlane Loaëc
Publié le 21 mars 2022 à 16h27
JT Perso

Source : TF1 Info

Le réseau Action Climat France, qui rassemble plusieurs ONG de protection de l'environnement, a évalué les propositions des candidats en matière d'écologie.
Ces dernières ont passé en revue plusieurs domaines de transition écologique, de l'agriculture durable aux transports moins polluants, en passant par la rénovation des logements.

Entre guerre en Ukraine, crise du pouvoir d'achat et pandémie de Covid-19 qui monopolisent les débats, l'écologie peine à se tailler une place dans la campagne présidentielle. Mais face à l'urgence climatique, plusieurs ONG ont passé au crible le programme des candidats pour distribuer des feux verts et des feux rouges. Le réseau Action Climat France, qui recoupe notamment la Fondation pour la Nature et l’Homme, France Nature Environnement, Greenpeace, WWF mais aussi Action contre la faim, Oxfam et le Secours catholique, a publié dimanche 20 mars sur son site les résultats de cette large étude. 

Celle-ci se concentre sur sept grands axes : le transport, l'industrie, l'agriculture, le logement, l'énergie, l'international et la finance. TF1info passe en revue ce classement, qui se concentre sur les huit candidats ayant reçu au moins 2% d’intentions de vote au premier tour, dans une moyenne de sondages arrêtée au 8 mars, et évalue les propositions en les comparant à celles formulées par le réseau lui-même en janvier. 

Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, bons élèves, distancent Anne Hidalgo et Fabien Roussel

Sans grande surprise, la feuille de route de Yannick Jadot récolte un quasi sans faute, avec six feux verts et un feu orange. Sur le volet transports par exemple, le candidat écologiste défend un programme "résolument ambitieux", notamment par l'interdiction de la vente de véhicules neufs diesel, essence et hybride dès 2030. Ses propositions pour une agriculture plus écologique sont saluées, et quant aux énergies, "Yannick Jadot propose un cap clair vers le 100 % énergies renouvelables pour atteindre la neutralité carbone" d'ici à 2050, juge l'étude. En revanche, le candidat EELV pêche en matière de politique climatique internationale, son unique feu orange, faute de propositions précises quant à l'arrêt du financement des énergies fossiles à l'étranger. 

Le volet international vaut aussi une gommette orange à Jean-Luc Mélenchon : le chef de file de la France Insoumise, qui a actuellement le vent en poupe dans les sondages, ne détaille pas ce qu'il ferait de la finance climat à l'international, c'est-à-dire les fonds mobilisés pour réduire les effets du changement climatique à l'échelle de la planète. Mais dans tous les autres domaines, le candidat insoumis remporte aussi des feux verts, qui saluent notamment à une division "de la consommation d’énergie par trois, grâce à la sobriété et à l’efficacité énergétique" et des propositions rodées en matière de rénovation des logements pour lutter contre la précarité énergétique. 

Sur le reste de l'échiquier politique à gauche en revanche, les résultats sont bien moins encourageants. Anne Hidalgo récolte une majorité de feux orange. Les ONG reconnaissent des objectifs "pertinents" et "ambitieux" sur plusieurs volets, mais remettent en cause le manque de précision de la candidate du PS, par exemple en matière de lutte contre l'élevage industriel, de mise en place du 100% énergies renouvelables en 2050 ou encore l'accompagnement à la rénovation des logements. Sur le plan international, la candidate socialiste reçoit même une gommette rouge : elle n'aborde pas le financement pour la lutte contre le changement climatique ni la perspective de mettre fin au financement des énergies fossiles à l'étranger.

Quant au candidat communiste Fabien Roussel, il décroche aussi un résultat mitigé : son programme est évalué avec cinq feux orange et deux feux rouges. Pour les points à améliorer, le Réseau Action Climat regrette par exemple un manque de propositions pour la réduction du trafic aérien et du parc automobile. Les points les plus inquiétants sont notamment le développement de l'industrie nucléaire, "un pari plus que hasardeux" selon les ONG, et la gestion du budget national, pas assez "vert", la faute notamment à une proposition de baisse de taxes sur l'énergie. 

Carton rouge pour Emmanuel Macron et les candidats de droite

De La République en Marche à Reconquête!, en revanche, tous les voyants sont au rouge pour les autres candidats. Du côté d'Emmanuel Macron, qui a révélé tout dernièrement son programme, les ONG critiquent entre autres un programme "très parcellaire" et qui "passe à côté de l’enjeu de la réduction des émissions" dans le domaine des transports, des lacunes criantes en matière de transition vers une alimentation plus saine et durable et une agriculture plus écologique, "aucune solution à court et moyen terme" pour les énergies renouvelables et une occultation complète des problèmes de précarité énergétique. 

Quant aux prétendants de la droite, le tableau est loin d'être plus positif : ils récoltent tous des feux rouges dans chaque domaine. Valérie Pécresse se voit reprocher notamment une transition énergétique fondée uniquement sur l'industrie nucléaire, ainsi qu'une "défiance délétère par rapport à l’énergie éolienne", qui lui font rater l'objectif de la neutralité carbone d'ici à 2050. Sur le volet des transports, la candidate LR propose de nombreuses mesures, mais "pas à la hauteur des enjeux climatiques", puisqu'elle accorde par exemple un moratoire sur la fin des ventes de véhicules thermiques pour les hybrides rechargeables jusqu'en 2040.

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Enfin, les deux concurrents d'extrême-droite Marine Le Pen et Eric Zemmour partagent aussi de mauvais scores. Les ONG leur reprochent leur mutisme sur bon nombre de sujets, comme la réduction des émissions de gaz à effets de serre dans le domaine des transports, la décarbonation de l'industrie et la transformation de l'agriculture, ou encore le déblocage de budgets pour financer la transition écologique. En matière d'énergie, tous deux mettent le cap sur le nucléaire et souhaitent démanteler les parcs éoliens, au grand dam des associations.

Dans le détail, la candidate du RN propose par exemple des aides pour améliorer la rémunération et la compétitivité des agriculteurs, mais rien pour rendre l'agriculture plus durable. Elle propose aussi de baisser la TVA sur les énergies, mesure "néfaste" pour le climat selon les ONG, qui plaident plutôt pour une hausse du montant du chèque énergie. Du côté du fondateur de Reconquête!, le réseau critique un "décrochage complet" au sujet de la rénovation énergétique des logements. En matière de transport, il ne mise que sur le développement de l'hydrogène, de l'électrique ou encore des biocarburants, des sources d'énergie insuffisantes pour les associations, d'autant qu'il reste flou sur le développement de transports collectifs. 


Maëlane Loaëc

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